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Politique monétaire : Vers un taux directeur proche de zéro ?

Politique monétaire : Vers un taux directeur proche de zéro ?

La détérioration continue des déficits jumeaux, finances publiques et comptes extérieurs, couplée à une très nette décélération de la création monétaire, justifie la politique monétaire actuelle.

Le taux interbancaire a enregistré une évolution volatile, atteignant un pic de 3,89% en date

du 12 octobre.

Au cours des six derniers mois de 2012, BAM a pris deux séries de mesures qui suscitent analyses et commentaires eu égard à la situation qui prévaut actuellement. En vue de faire ressortir l’intérêt et l’importance de ces nouvelles mesures, il convient de les analyser dans une perspective de long terme.

La première de ces mesures a concerné le taux directeur dont le niveau a été abaissé à l’issue du Conseil de la banque tenu fin mars dernier de 0,25 point de pourcentage pour le ramener à 3% au lieu de 3,25% en vigueur depuis la fin du premier trimestre de 2009. «Ce taux est considéré comme étant le plus bas comparativement aux niveaux enregistrés au cours des dix-sept dernières années», notent les conjoncturistes.

La seconde mesure prise à l’issue des travaux du Conseil de la banque, à la fin du troisième trimestre de cette année, réside dans la baisse du taux de la réserve monétaire pour se situer à 4% au lieu des 6% en vigueur depuis fin mars 2010.

D’après les analystes de l’Observatoire de Conjoncture, les seuils actuels de ces deux instruments majeurs de la politique monétaire sont à leurs planchers jamais observés depuis l’abandon, au début des années 90, de la politique de gestion administrée des financements bancaires qui consistait à fixer à la fois la structure créditrice et débitrice des taux à appliquer et les volumes de crédits à octroyer par chacune des institutions financières. Cette attitude fort accommodante de la politique monétaire trouve ses soubassements dans le contexte qui prévaut aujourd’hui. Un contexte caractérisé par une détérioration continue des déficits jumeaux (finances publiques et comptes extérieurs), couplée à une très nette décélération de la création monétaire et d’une accentuation des besoins en liquidités du système bancaire tout entier. A fin août 2012 et en glissement annuel, le rythme de progression de M3 s’est inscrit en décélération s’établissant à 4,1%, contre 5,1% en août 2011. Pour ce qui est des contreparties de M3, les créances sur l’économie ont marqué une hausse de 6,7%, contre 6,5% un an auparavant avec une décélération du rythme de progression du crédit bancaire qui s’est établi à 6,3%. Les avoirs extérieurs nets se sont réduits de 21,2%, contre une baisse limitée de 0,5% en août 2011. Ce qui explique un resserrement des trésoreries bancaires.

 

Ce resserrement s’est relativement atténué au cours du mois d’octobre 2012 sous l’effet de la réduction du taux de la réserve monétaire à 4%. De ce fait, les montants servis par BAM au titre des avances à 7 jours se sont inscrits en baisse, suite à la réduction de la demande des banques, passant en moyenne d’environ 61 Mds de DH en septembre à environ 57 Mds en octobre. Toutefois, lors de la semaine du 11 octobre, les trésoreries bancaires ont subi un resserrement de liquidité, sous l’effet conjugué de la ponction par BAM de 9 Mds de DH et de l’augmentation de la circulation fiduciaire à l’occasion de l’Aïd Al Adha. Ainsi, les banques  ont dû recourir également à cinq avances à 24 heures pour un volume moyen d’environ 4 milliards. Par la suite, les tensions au niveau du marché monétaire se sont apaisées, suite au raffermissement des interventions de BAM. Quant au taux interbancaire, il a enregistré une évolution volatile, atteignant un pic de 3,89% en date du 12 octobre. Il s’est établi en moyenne mensuelle à 3,21%, en hausse de 3 points de base par rapport au mois précédent.

 

Les éléments exposés ci-dessus expliquent pourquoi les besoins de liquidité sur le marché monétaire n’ont pas cessé de s’accentuer depuis le début de l’année pour dépasser les 71 Mds de DH en juillet 2012. A rappeler que, dans ces conditions, la Banque centrale a injecté 72,9 Mds de DH pour l’essentiel sous forme d’avances à 7 jours, ou par le biais des opérations de pension livrée à 3 mois ou les avances à 24 heures. Le taux interbancaire a augmenté de 5 points de base par rapport au mois de juin pour atteindre 3,13%.

En cas de statu quo, la politique monétaire pourrait-elle connaître un assouplissement en 2013 ? La Banque centrale pourrait-elle assouplir davantage ses outils d’intervention au point d’envisager des seuils proches de zéro pour le taux directeur et celui de la réserve monétaire ? En vue de pallier les mêmes difficultés, la Banque centrale européenne a pris les mêmes mesures pour combattre l’atonie dont souffre l’économie européenne.

 

Par S. Es-siari

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