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Avortement au Maroc : Onze ans après, le débat devrait s’accélérer

Avortement au Maroc : Onze ans après, le débat devrait s’accélérer

Chaque 28 septembre, la Journée mondiale pour le droit à l’avortement remet sur la table un sujet qui, au Maroc, demeure particulièrement sensible. Un sujet où se croisent convictions religieuses, santé publique, droit et, surtout, réalité sociale et humaine. 
 

En 2015, le Maroc avait pourtant ouvert le débat. À la suite de consultations nationales, il avait été préconisé d’élargir les exceptions à la pénalisation de l’avortement à certaines situations particulièrement graves : viol, inceste, malformations congénitales sévères ou maladies incurables du fœtus, ainsi que certaines situations mettant en cause la santé de la mère.

Plus de onze ans après, cette évolution annoncée n’a pas trouvé sa traduction dans le cadre légal attendu, alors que la réalité n’a pas attendu la loi.Des femmes continuent d’avorter clandestinement. Les estimations les plus souvent citées évoquent plusieurs centaines d’avortements par jour au Maroc, mais l’absence de statistiques officielles récentes impose de considérer ces chiffres avec prudence.

Ce que l’on sait en revanche, c’est que la clandestinité peut exposer les femmes les plus vulnérables à des pratiques dangereuses. Faute de pouvoir accéder à une prise en charge médicale encadrée, certaines peuvent recourir à des plantes et préparations traditionnelles, à des substances prises sans surveillance médicale ou à d’autres méthodes susceptibles d’entraîner hémorragies, infections et complications graves. Voire même des décès. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’environ 45% des avortements pratiqués dans le monde sont non sécurisés. Elle souligne également que les restrictions d’accès à l’avortement n’en réduisent pas nécessairement le nombre, mais peuvent affecter la possibilité d’y recourir dans des conditions sécurisées. 

C’est probablement là que se trouve l’un des véritables enjeux du débat marocain : la clandestinité ne fait pas disparaître l’avortement. Elle peut simplement le rendre plus dangereux. Et derrière cette question se trouvent d’autres réalités que notre société ne peut ignorer : grossesses issues de viols, jeunes filles mineures, mères célibataires confrontées au rejet social, enfants abandonnés et parfois des situations dramatiques concernant des nouveau-nés.

Peut-on continuer à considérer ces situations uniquement sous l’angle de l’interdit, sans examiner leurs conséquences humaines et sociales ?

À travers le monde, les législations ont considérablement évolué. Environ 77 pays autorisent aujourd’hui l’avortement à la demande, généralement dans une limite déterminée de durée de grossesse. D’autres l’autorisent uniquement dans certaines circonstances médicales ou sociales. Les modèles sont donc différents et reflètent les choix propres à chaque société. Il est temps que Maroc trouve le sien. Il ne s’agit ni de banaliser l’avortement ni d’ignorer les convictions religieuses qui traversent la société. Mais onze ans après le débat de 2015, il devient difficile de justifier le silence. 

Il faut remettre le dossier sur la table, entendre médecins, juristes, oulémas, associations, sociologues et, bien évidemment, les femmes elles-mêmes. On peut être pour ou contre l’avortement. On peut débattre de ses limites et des situations dans lesquelles il pourrait être autorisé. Mais on ne peut plus faire comme si le problème n’existait pas. Entre l’interdit et la réalité, ce sont souvent les femmes les plus fragiles qui paient le prix du silence.

 

La rédaction

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