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Droits des enfants: l’association Jood en croisade contre la mendicité infantile

Droits des enfants: l’association Jood en croisade contre la mendicité infantile

Lundi 03 Mai 2021 Par Laquotidienne

 

Créée officiellement en 2016, l’association Jood œuvre en faveur des sans-abris et lutte aussi contre la mendicité des enfants.

Rencontre avec Hind Laidi, femme entrepreneure et présidente-fondatrice de «Jood ONG».

 

 

Propos recueillis par Ibtissam. Z.

 

 

Finances News Hebdo : Une campagne grandeur nature a été lancée par l’association Jood, en mars, contre la mendicité des enfants. Pourquoi le phénomène de la mendicité infantile vous interpelle-t-il autant ?

Hind Laidi : Cette exploitation inhumaine d’enfants innocents représente une réelle violation des droits de l’enfant. Comme ce phénomène a pris de l’ampleur, notre campagne vient pour initier le citoyen marocain à cesser d’y contribuer en donnant de l’aumône à un enfant ou à un adulte le portant, pour pouvoir faire face à l’évolution de ce fléau.  

 

F.N.H. : Pour sensibiliser les citoyens à ce phénomène sociétal flagrant, vous avez lancé une pétition nationale. Quel en est l’objectif final ?

H. L. : C’est à travers la signature de la pétition, qui propose que la loi en vigueur au Maroc soit plus contraignante, que nous invitions tout citoyen marocain à agir pour des peines plus lourdes à l’encontre de toutes les personnes qui exercent la mendicité en exploitant directement un enfant. Le législateur doit se soucier davantage de la situation particulière des mineurs, en pénalisant lourdement la provocation et/ ou l'exploitation des enfants pour la mendicité. Ces enfants doivent être plus efficacement protégés pour avoir plus de chance d'adhérer à un système d'éducation ou de formation qui peut leur garantir un avenir digne d'un citoyen qui participe activement dans la société.

 

F.N.H. : Votre campagne contre la mendicité des enfants s’est achevée le 10 avril. Vous convenez qu’il faut un électrochoc pour secouer les citoyens et les sensibiliser. Quel bilan en faites-vous ?

H. L. : Notre campagne a été soutenue par une stratégie de communication conçue en suivant des étapes bien ficelées, de manière à répandre notre message et à toucher le plus grand nombre de personnes. La finalité est de susciter l’intérêt des citoyens marocains et de les sensibiliser à ce phénomène récurrent. Notre campagne a pris de l’importance et a pu gagner, vers la fin, le soutien des gens. 84% du public ont été touchés par cette action solidaire, après avoir été jugée au tout début comme étant une campagne choquante

 

F.N.H. : L'association Jood vient en aide aux sans-abris. Quelle a été votre plus grande satisfaction en accompagnant les SDF ?

H. L. : Jood offre d’abord des repas chauds, des vêtements, des couvertures, voire des médicaments aux nécessiteux qui vivent dans la rue. Mais, surtout, Jood accorde de l’attention, de l’écoute et se mobilise pour accompagner ces sans-abris dans leur prise de conscience d’une possibilité de réinsertion sociale. Et la plus grande réussite de l’association réside certainement dans sa capacité à avoir réinséré socialement et professionnellement 401 SDF.

 

F.N.H. : Nous sommes en plein mois de Ramadan où l’élan de solidarité atteint son comble. Vous avez arrêté un programme bien fourni durant ce mois. Parlez-nous en ?

H. L. : Jood travaille dur toute l’année et se permet d’habitude de se reposer pendant le mois de Ramadan, vu que plusieurs acteurs se mobilisent pour être au chevet des nécessiteux. Cette année, comme l’an dernier et à l’instar des circonstances liées à l’état d’urgence sanitaire, Jood se retrouve dans le devoir d’assurer la continuité de ses actions et augmenter la cadence pour préparer plus de 1.050 repas d’une manière quotidienne à travers quatre de nos antennes : Casablanca, Marrakech, Rabat et Tanger.

 

F.N.H. : Le bien est le fer de lance de toute action solidaire et sociale. Est-il vrai que ce ressenti a une saveur bien particulière après chaque accomplissement ou bonne action concluante ? Comment peuton inculquer cette notion du partage surtout en ces temps de pandémie ?

H. L. : Etre solidaire peut se définir comme le «sentiment d’un devoir moral envers les autres membres de notre société». Pourtant, au-delà de l’aspect du «devoir», faire preuve de solidarité est avant tout porteur de bonheur pour soi-même. Sachant que l’entraide, l’empathie et surtout la solidarité sont d’office des pratiques inculquées dans notre société marocaine, qui se sont accentuées en ces temps de crise sanitaire. 

 

La mendicité infantile au Maroc en chiffres 
Les statistiques du HCP de 2007 démontrent qu’un Marocain sur 150 est mendiant. Leur nombre s’élèverait à quelque 200.000 dont plus de 62% sont des professionnels en matière de mendicité. Depuis cette date, le phénomène a pris de l’ampleur. Le 4 décembre 2019, le Royaume s’est doté enfin d’un plan national de lutte contre la mendicité des enfants. Les villes de Rabat, Salé et Témara ont été ciblées en premier, et ce plan a été par la suite généralisé à l’ensemble du territoire national. Selon Jamila El Moussali, ministre de la Solidarité, du Développement social, de l’Egalité et de la Famille, les deux tiers des enfants victimes sont âgés de 0 à 4 ans, sachant que 27% parmi cette catégorie ont moins d’une année. Dans le bilan 2020 du plan d’action relatif à la protection de l’enfance contre l’exploitation dans la mendicité, le ministère et le parquet général ont révélé avoir sauvé, rien que dans la région de Rabat-SaléKénitra, 142 enfants (79 filles et 63 garçons) de cet enfer infernal. Les enfants sont souvent utilisés comme appât pour pousser les âmes charitables à mettre la main à la poche. Or, la démarche de l’association Jood est justement d’inciter les citoyens marocains à ne pas donner de l’argent, d’où le fameux slogan «Pour son bien, ne lui donne rien». La loi stipule que lorsqu’on exploite un enfant qui n’est pas le sien à des fins de mendicité, la peine est de 3 mois à 1 an de prison. L’association Jood considère que c’est extrêmement léger par rapport à l’ampleur des dégâts psychologiques et physiques causés, car il s’agit bel et bien de la commercialisation et de l’exploitation d’êtres humains en bas âge. L’association espère des peines contraignantes et plus sévères à l’encontre des auteurs de ces pratiques illégales, d’où sa pétition nationale. Active dans 5 villes (Casablanca, El Jadida, Rabat, Tanger et Marrakech), l’association a mis en ligne un court métrage saisissant, qui retrace la dure réalité de la mendicité infantile. Des affiches ont été placardées dans les principales artères de la capitale économique, accompagnées d’un hashtag #Sa_  place_est_en_ classe.

 

 

 

 

 

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