À Rabat, les Journées portes ouvertes (JPO) de la Direction générale de la sûreté nationale ont cette année des allures de ville miniature de la sécurité. Organisée à l’occasion du 70e anniversaire de l’institution, cette 7ème édition, qui se tient du 18 au 24 mai, attire des milliers de visiteurs venus découvrir les coulisses d’une police marocaine en pleine transformation.
D’emblée, le ton est donné. Familles, étudiants, enfants et professionnels déambulent dans les pavillons thématiques, les espaces interactifs et les démonstrations en plein air. Entre musée historique, laboratoires scientifiques, centre de commandement ultra-connecté, démonstrations d’intervention et technologies assistées par intelligence artificielle, l’événement oscille entre mémoire institutionnelle et projection futuriste. L’ambiance ressemble autant à une exposition immersive qu’à un show de force sécuritaire.
Le musée de la sûreté nationale figure parmi les principaux pôles d’attraction de cette édition, où uniformes anciens, archives, photographies historiques et équipements d’époque retracent l’évolution de la police marocaine depuis sa création en 1956. Entre motos historiques, anciens moyens de communication et uniformes d’époque, le lieu raconte la transformation progressive d’une institution passée d’une logique classique de maintien de l’ordre à une architecture sécuritaire fortement technologique.
Police scientifique, plongée dans l’univers des experts
C’est surtout dans le pavillon de la police technique et scientifique que l’immersion devient la plus saisissante. Inspiré des codes des séries criminelles, l’espace plonge les visiteurs, à travers une projection 3D, dans une véritable scène de crime reconstituée : un corps recouvert d’un drap gris, des objets renversés, des traces au sol, une cuisine figée dans le désordre et une lumière froide qui enveloppe toute la pièce. Le public cesse d’être simple spectateur pour devenir observateur d’une enquête en cours.
Guidés par des techniciens de la police scientifique, les visiteurs sont invités à rechercher les indices, analyser les traces et comprendre le rôle des experts dans l’exploitation des preuves matérielles.
«Ce pavillon a pour objectif de faire découvrir au public le rôle de la police technique et scientifique dans les enquêtes criminelles et les investigations techniques et scientifiques grâce à des moyens technologiques modernes. Il comprend un espace dédié à la scène de crime basé sur une projection en trois dimensions et une expérience virtuelle assistée par l'intelligence artificielle. Cela permet aux visiteurs de vivre des conditions d'intervention sur une scène de crime et de comprendre le rôle du technicien de scène de crime dans la recherche des traces et l'exploitation des preuves matérielles présentes sur les lieux, afin d'identifier le suspect», explique Sebihi Wafae, Commissaire de police principale.
L’expérience, réservée aux plus de 16 ans, s’articule autour de plusieurs espaces : simulation virtuelle de scène de crime, tablettes interactives, présentation des laboratoires et démonstration des techniques utilisées dans les enquêtes contemporaines. Autour des écrans tactiles, les visiteurs découvrent les procédés de relevés d’empreintes, les analyses génétiques, la reconstitution numérique des scènes de crime ou encore les méthodes d’exploitation des indices.
Au-delà de l’expérience immersive, le pavillon rappelle surtout combien une scène de crime demeure un espace fragile, où le moindre objet déplacé, la plus infime trace altérée ou un simple geste irréfléchi peuvent compromettre le cours d’une enquête judiciaire.
Centre de commandement, une sécurité ultra-connectée
Plus loin, le centre de commandement et de coordination dévoile l’autre visage de cette modernisation. Face à une série d’écrans diffusant des images de surveillance en temps réel, les agents présentent les nouveaux systèmes intelligents utilisés dans les opérations de terrain.
Les technologies présentées permettent notamment la lecture automatisée des plaques d’immatriculation, le suivi en temps réel des véhicules recherchés ou encore la coordination rapide des interventions. Utilisés lors des grands rassemblements publics, ces dispositifs illustrent la volonté de la DGSN de miser sur l’anticipation et l’analyse des données pour renforcer la sécurité.
«Ce sont des caméras qui fonctionnent avec l’intelligence artificielle», explique Ilsika Abdelhakim, Commandant de paix représentant la DGSN, lors de cette édition. Des caméras à la pointe de la technologie «détectent notamment les plaques minéralogiques et signalent lorsqu’un véhicule ou son propriétaire est recherché par la justice». Ou à titre d’exemple, «Lors d’un match de football, elles permettent d’accompagner et de faire le suivi des supporters pour prévenir les actes malveillants et préserver l’ordre public», précise le Commandant.
La plateforme de la ligne 19, dédiée aux appels d’urgence des citoyens, attire également de nombreux visiteurs. Grâce à une application développée en interne, les agents peuvent réceptionner les signalements et coordonner les interventions dans des délais réduits.
Au fil des pavillons, entre démonstrations tactiques, technologies immersives et scènes de vie policière reconstituées, les JPO donnent surtout à voir une institution qui cherche à conjuguer proximité citoyenne, modernisation technologique et culture de l’anticipation. Une police qui ne se raconte plus uniquement à travers l’intervention sur le terrain, mais aussi par la science, la donnée et l’innovation.