Société Tout voir

Le pouvoir change de visage

Le pouvoir change de visage

Le pouvoir change de genre. Pas encore nos réflexes. Voir une femme prendre la tête du gouvernement marocain, forcément, c’est un symbole fort. Mais une fois les photos officielles passées, le vrai sujet commence : comment allons-nous la regarder gouverner ?

Avant même sa nomination, on avait déjà quelques indices. Sur les réseaux, les commentaires sont très vite partis dans tous les sens. Et pas forcément sur son parcours, ses choix ou ce qu’elle pourrait faire à la tête du gouvernement.

On en est même arrivé à se demander comment elle allait prier à côté du Roi. Oui, oui. Prier. Visiblement, l’économie, l’emploi, la santé et l’école pouvaient attendre encore un peu. Il fallait d’abord régler cette question-là.

Ça fait sourire. Mais je trouve que ça dit beaucoup de notre rapport aux femmes de pouvoir. Il y a ce fameux double bind, cette double contrainte que beaucoup de femmes connaissent finalement assez bien. Une femme qui tranche ? Trop dure. Elle cherche le compromis ? Pas assez forte. Elle assume son ambition ? Elle dérange. Elle reste discrète ? Elle manque de stature.

En gros, il faut être forte mais pas trop. Ambitieuse, mais avec modération. Ferme, mais sympathique. Avoir du caractère, mais surtout pas mauvais caractère. Bon courage !

Et pourtant, les femmes de pouvoir ne datent pas d’aujourd’hui au Maroc. Feue Zoulikha Nasri a occupé une place singulière au cœur de l’État. Zineb El Adaoui exerce aujourd’hui des responsabilités institutionnelles de premier plan. Et elles sont nombreuses, dans les institutions comme ailleurs, à avoir depuis longtemps dépassé ce débat sur leur légitimité.

Ce qui change aujourd’hui, c’est surtout l’exposition. Une Cheffe de gouvernement est sous le regard de tous. Ses décisions seront commentées, ses arbitrages contestés, ses résultats jugés. Heureusement d’ailleurs. C’est le pouvoir. Mais regardons ce que nous allons commenter. Son bilan économique ? L’emploi ? L’école ? La santé ? Ses arbitrages budgétaires ? Les engagements tenus ou pas ? Ou son ton, sa tenue, son caractère, sa façon de parler, de sourire, de s’imposer ?

Parce qu’on a quand même ce petit talent bien de chez nous : commencer une discussion sur l’économie et, trois commentaires plus bas, se retrouver à parler de la tenue de quelqu’un. Ça aussi, ça fait sourire. Jusqu’à un certain point. Les mots comptent. À force de répéter les mêmes commentaires, on finit par installer une image. Et parfois cette image prend tellement de place qu’on ne regarde même plus les faits. Qu’une femme arrive à la tête du gouvernement est historique. Évidemment.

Mais à mes yeux, le vrai changement se verra après. Le jour où l’on pourra être en désaccord avec elle, critiquer ses décisions, contester son bilan, applaudir une réforme ou en démonter une autre sans que son genre ne revienne constamment dans la conversation. Finalement, c’est peut-être aussi simple que ça. Le symbole est là. Maintenant, parlons politique.

 

Kawtar Nafid

 

Articles qui pourraient vous intéresser

Mercredi 30 Septembre 2026

Formation du gouvernement : Fatima Ezzahra El Mansouri entame ses consultations avec le RNI

Mardi 29 Septembre 2026

Formation du gouvernement : le PAM entame ses consultations mercredi

S'inscrire à la Newsletter de La Quotidienne

* indicates required