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L’Europe à droite : Le temps des désunions

L’Europe à droite : Le temps des désunions

Abdelhak Najib 

Écrivain-journaliste 

Pour les observateurs qui suivent les mutations profondes qui traversent les Etats européens, du Nord au Sud, depuis plus de deux décennies se précise l’idée de la fin d’un cycle et l’entrée dans l’inconnu d’une nouvelle ère dont on ignore tous les contours, excepté le retour du nationalisme dans ses versions les plus profondes. Dans cette optique, l’Europe, dans sa globalité, de la Baltique à la Méditerranée, de la Mer Noire à la Mer du Nord, est un continent qui souffre d’une maladie chronique et incurable. L’Europe a épuisé tous les palliatifs sans succès.

 

Aujourd’hui, en 2024, elle est à bout de souffle, éreintée et hagarde. L’Europe vit les derniers moments avant une chute dans le chaos, une débâcle déjà annoncée par le retour d’une véritable guerre qui, il ne faut pas s’y tromper, n’oppose pas deux États, à savoir la Russie et l’Ukraine, mais bel et bien Vladimir Poutine face à plus de 50 États qui financent la guerre en Ukraine en tentant de déboulonner l’homme fort du Kremlin. Une Europe aux abois à cause d’une grave récession qui la frappe depuis 2008 et qui s’est installée dans la durée faisant éclater tous les garde-fous d’un continent qui vit sous perfusion depuis plus de 20 ans. Une Europe qui se débat face à des crises sociales dangereuses, résultat d’une profonde culture ségrégationniste, une culture du racisme, de la xénophobie, du rejet de tous les autres, marquée par le retour des extrémismes de tous poils et par la percée forte des extrêmes droites, un peu partout dans cette Europe de plus en plus fragile et vulnérable. Une Europe où les communautarismes sont de plus en plus exacerbés, où les stigmatisations ont droit de cité, par médias interposés et par une certaine «intelligentsia» qui a renoué avec le fascisme intellectuel et avec des relents délétères de la haine et de l’hostilité à l’égard des différences rejetant tout ce qui n’est pas vieille Europe catholique et colonialiste comme au temps des croisades et des colonies que l’on a pillées, volées, détruites, spoliées, asservies, rendues à l’esclavage le plus inhumain, au nom des fameux «droits de l’Homme».

 

La belle affaire quand on a tué des millions d’innocents dans ces colonies de la honte et de l’inhumanité la plus barbare. Et c’est cette même Europe qui donne encore des leçons à des pays comme le Maroc, à des États africains qui se sont affranchis et qui le revendiquent haut et fort, à tous ceux qui n’acceptent plus aucune forme de tutelle. C’est cette même Europe qui condamne les autres, aujourd’hui, pour faire illusion, pour détourner les regards sur ses propres réalités sociales et humaines, qui sont, bel et bien, plus graves et plus dégueulasses que ce qui se passe ailleurs dans le monde.

 

 

Pour comprendre les dessous de cette carte européenne aujourd’hui, il faut remonter un peu dans le passé. Et là, on remarque très vite que c’en est fini de l’idée de l’Occident. Oui, l’Occident est un mythe moderne qui a fait son temps. Il a d’ailleurs duré plus longtemps que prévu. «Ils sont lents, les fleuves de l’histoire», disait à juste titre Alexandre Soljenitsyne.  

Aujourd’hui, les spectres des fascismes qui ont la peau dure et qui s’incarnent dans les mouvances d’extrême droite dont l’Europe regorge encore ont pris le pouvoir et vont prendre leur revanche sur des décennies pendant lesquelles ils o y été écartés du pouvoir. Ces mouvements se positionnent déjà comme les remplaçants desdites démocraties affaiblies par l’usure de la politique, par une récession économique qui s’est installée dans la durée, et par ces vieux démons européens que sont le racisme et la xénophobie. Le vœu pieux de Victor Hugo vole en éclats et se fracasse sur le mur des réalités : «Soyons la même république, soyons les États-Unis d’Europe, soyons la fédération continentale, soyons la liberté européenne, soyons la paix universelle.» C’est dire toute la fragilité d’une Union européenne qui n’a plus d’unité que le nom, déjà écornée, à coups de conflits régionaux entre une Europe du Nord qui ne se reconnaît pas dans celle du Sud, qui, lui, de son côté, n’arrive plus à s’en sortir vivant sous perfusion par des États comme l’Allemagne, qui se dégage de ce marasme, comme la locomotive fatiguée d’une Europe finissante.

 

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