Donald Trump voulait une capitulation. Il a obtenu une négociation. Pendant des mois, le président américain a martelé que l’objectif était clair : contraindre l’Iran à renoncer à ses ambitions nucléaires, affaiblir durablement son influence régionale et rouvrir le détroit d’Ormuz sous pression militaire.
La rhétorique était celle de la force. Le résultat, lui, ressemble davantage à un compromis dicté par les réalités du terrain.
A la lecture du mémorandum signé entre Washington et Téhéran, une question s’impose : qu’a réellement concédé l’Iran ? Et, à l’inverse, qu’a obtenu Donald Trump qui justifierait les coûts politiques, militaires et diplomatiques de cette confrontation ?
La réponse est embarrassante pour la Maison Blanche.
L’Iran conserve son programme nucléaire dans son état actuel. Certes, Téhéran réaffirme qu’il ne cherchera pas à acquérir l’arme atomique. Mais cette déclaration n’a rien de nouveau.
En revanche, aucune obligation immédiate de démantèlement, aucune destruction d’installations, aucune réduction substantielle des capacités nucléaires iraniennes ne figure dans l’accord.
Les sujets les plus sensibles sont renvoyés à des négociations futures, notamment durant les soixante jours qui suivent la signature de l’accord. Autrement dit, le cœur du problème reste entier.
Plus étonnant encore, Washington accepte de ne pas imposer de nouvelles sanctions pendant cette période, tandis que la question de la levée des sanctions existantes est désormais officiellement sur la table.
Les avoirs iraniens gelés doivent être progressivement débloqués et les exportations pétrolières iraniennes retrouvent une perspective de normalisation.
Pour un pays que l’administration Trump promettait d’étrangler économiquement, le changement de posture est spectaculaire.
Le paradoxe est saisissant : après plus de cent jours de conflit, ce sont les Etats-Unis qui lèvent leur blocus naval, tandis que l’Iran retrouve progressivement l’accès à ses ressources financières et à ses débouchés énergétiques.
Et ce n’est pas tout.
Le texte évoque même un programme de reconstruction et de développement pouvant atteindre 300 milliards de dollars, avec l’appui de partenaires régionaux et internationaux.
Que ce montant soit effectivement mobilisé ou non importe peu à ce stade. Le simple fait qu’une telle disposition figure dans le document illustre l’ampleur du revirement.
Quelques mois plus tôt, Washington parlait d’asphyxie économique. Aujourd’hui, il est question de développement économique de l’Iran.
Dans ces conditions, difficile de ne pas voir dans cet accord une victoire politique pour Téhéran.
L’Iran obtient un allègement de son isolement, préserve l’essentiel de ses capacités stratégiques, récupère une marge de manœuvre économique et ressort du conflit en interlocuteur incontournable.
Même certains observateurs occidentaux soulignent que le texte apparaît largement favorable à la République islamique et que les objectifs initialement affichés par Washington n’ont pas été atteints.
Donald Trump pourra toujours mettre en avant la réouverture du détroit d’Ormuz et la baisse des tensions régionales. Ce ne sont pas des acquis négligeables. Mais ils ressemblent davantage à un retour à la normale qu’à une victoire stratégique.
L’administration américaine avait promis davantage : un changement de comportement iranien, un recul décisif du programme nucléaire et une démonstration de force susceptible de redessiner les équilibres régionaux.
Or, aucun de ces objectifs n’est aujourd’hui garanti.
Au fond, cet accord ressemble à la reconnaissance implicite d’une impasse. Washington avait les moyens militaires. Téhéran a démontré qu’il possédait le temps, la résilience et la capacité de rendre le coût de la confrontation insupportable.
L’histoire retiendra peut-être que Donald Trump a réussi à arrêter une guerre… qu’il a unilatéralement déclenchée.
Mais elle retiendra surtout qu’après avoir promis la reddition de l’Iran, il a finalement signé un texte qui permet à ce dernier d’être réhabilité.
Trump aura beau présenter cet accord comme un triomphe diplomatique, les faits montrent bien autre chose. L’Iran conserve son programme nucléaire, retrouve ses marges de manœuvre économiques et revient au centre du jeu régional.
Rarement un pays présenté comme l’adversaire à abattre aura autant gagné en signant la paix.
F. Ouriaghli