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Bab el-Mandeb : Les Houthis rebattent les cartes du pétrole

Bab el-Mandeb : Les Houthis rebattent les cartes du pétrole

Après le verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran, la prise de contrôle de Bab el-Mandeb par les Houthis bouleverse un peu plus la géographie énergétique du Moyen-Orient. Pour l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, l’étau se resserre. Une configuration qui nourrit les tensions sur un marché pétrolier où le Brent a déjà franchi la barre des 100 dollars.

Un verrou à l’est. Un autre au sud-ouest. Et, entre les deux, un oléoduc sous la menace des drones. En quelques jours, l’Arabie saoudite a vu se dégrader brutalement la sécurité des principales voies permettant d’acheminer son pétrole vers les marchés internationaux.

La dernière pièce du puzzle est tombée à Bab el-Mandeb. Les Houthis yéménites, soutenus par l’Iran, ont pris le contrôle de la côte occidentale du Yémen bordant la mer Rouge ainsi que des principales îles du détroit, au terme d’une offensive éclair.

Après la prise du port de Mokha et de l’île de Zugar, les combattants houthis se sont emparés de Mayyoun, également appelée Périm, située au cœur même de Bab el-Mandeb, avant de prendre les îles de Grande et Petite Hanish.

Une avancée militaire qui change considérablement la donne.

Bab el-Mandeb constitue la porte d’entrée méridionale de la mer Rouge et, au-delà, du canal de Suez. Les pétroliers et navires commerciaux qui l’empruntent relient l’océan Indien à la Méditerranée et donc les marchés asiatiques à l’Europe.

En cas de fermeture, les navires n’ont pratiquement qu'une solution : contourner le continent africain par le cap de Bonne-Espérance. Un trajet beaucoup plus long, synonyme de délais supplémentaires, de consommation accrue de carburant et de hausse des coûts de transport.

L’enjeu est devenu encore plus sensible depuis que l’Iran verrouille le détroit d’Ormuz dans le contexte de la guerre régionale déclenchée fin février.

Pour Riyad, Bab el-Mandeb représentait dès lors une voie de contournement d’autant plus importante que le royaume pouvait acheminer une partie de son pétrole de l’est vers l’ouest du pays, puis vers la mer Rouge.

Cette porte se trouve désormais sous le contrôle d'une force alliée à Téhéran.

Les Houthis assurent toutefois qu’ils ne comptent pas interrompre l’ensemble du trafic international. «La navigation est sûre pour toutes les compagnies à l'exception des navires saoudiens, qui ont déjà été interdits d'accès», a déclaré leur porte-parole militaire, Yahya Saree.

Une déclaration qui se veut rassurante pour le commerce mondial. Beaucoup moins pour l’Arabie saoudite.

 

Le pétrole au-dessus des 100 dollars

Car le problème de Riyad ne s’arrête plus aux détroits.

Le royaume dispose d’une autre carte pour réduire sa dépendance à Ormuz : l’oléoduc Est-Ouest, également connu sous le nom de Petroline. Cette infrastructure permet d’acheminer le pétrole produit dans l’est saoudien jusqu’à la côte de la mer Rouge, sans passer par le détroit d’Ormuz.

Mais cette voie vient elle aussi d’être fragilisée.

Le 11 septembre, le ministère saoudien de l’Energie a annoncé la fermeture temporaire, «par précaution», de l’oléoduc après des attaques de drones contre plusieurs stations de pompage. Les appareils auraient été lancés depuis l’Irak, ce que les autorités irakiennes ont confirmé.

Les marchés n’ont pas attendu pour intégrer cette nouvelle prime de risque.

Après six mois de guerre régionale, le Brent a franchi le seuil symbolique des 100 dollars le baril pour terminer la semaine autour de 105 dollars.

Cette hausse reflète désormais un risque plus large portant sur plusieurs artères du système énergétique mondial.

La prise de Bab el-Mandeb par les Houthis ajoute en particulier une nouvelle inconnue : contrôler les côtes et les îles entourant le détroit ne signifie pas nécessairement fermer le passage, mais cela donne au mouvement yéménite une capacité de pression autrement plus importante sur la navigation.

Pour les compagnies maritimes et les assureurs, la seule possibilité d’une attaque ou d'une interruption du trafic suffit à modifier les calculs. Une augmentation du risque entraîne des primes d’assurance plus élevées, des coûts de fret supplémentaires et, éventuellement, le choix de routes alternatives plus longues.

Autrement dit, le détroit peut rester officiellement ouvert tout en devenant économiquement beaucoup plus coûteux à emprunter.

Les conséquences potentielles ne concernent donc pas seulement Riyad.

Bab el-Mandeb constitue l’un des maillons de la chaîne reliant l’Asie, la mer Rouge, Suez et l’Europe. Une perturbation prolongée contraindrait davantage de navires à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, avec des effets en cascade sur les délais de livraison, le fret maritime, les assurances et, à terme, le prix de certaines marchandises.

La situation intervient alors que le conflit yéménite s’intensifie à nouveau. Les affrontements ont fait des centaines de morts dans les deux camps et déplacé près de 46.000 personnes, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a appelé le Conseil de sécurité à un «engagement actif» afin de s’éloigner de ce qui pourrait devenir le «précipice vers un conflit bien plus dangereux».

 

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