La confrontation entre Washington et Téhéran déborde désormais sur les rives omanaises du détroit d’Ormuz. Après plusieurs semaines de tensions, les États-Unis ont ouvert un nouveau front diplomatique en adressant une mise en garde directe à Oman, pourtant considéré comme l’un de leurs partenaires historiques dans le Golfe.
Jeudi 28 mai, le secrétaire d’Etat américain au Trésor, Scott Bessent, a averti que Washington ne tolérerait aucune tentative de monétisation du détroit. «Le gouvernement des États-Unis ne tolérera aucune tentative visant à instaurer un système de péage dans le détroit d’Ormuz», a-t-il martelé sur le réseau X. Le responsable américain a également ciblé explicitement Oman : «Oman, particulièrement, doit savoir que le Trésor américain s’attaquera agressivement à tout acteur impliqué, directement ou indirectement, dans la mise en place d’un péage dans le détroit, et que tout partenaire complice sera sanctionné», ajouta-t-il.
À travers cette mise en garde sans ambages, Washington semble vouloir empêcher l'émergence d'un nouveau rapport de force économique dans lequel l'Iran transformerait Ormuz en corridor d'influence à même de peser durablement sur les échanges énergétiques internationaux, et à plus grande échelle, sur le commerce international.
Trump tire l'oreille de son allié omanais
Donald Trump a choisi de tancer publiquement Oman lors d'une réunion de son gouvernement à la Maison Blanche, une sortie aussi inattendue que frappante à l'égard d'un allié historique des États-Unis dans le Golfe. Interrogé sur l'avenir du détroit d'Ormuz et sur l'éventualité d'un contrôle exercé par les États riverains, le président américain a rejeté sans tergiversation cette perspective. «Le détroit demeurera ouvert à tout le monde. Ce sont des eaux internationales. Nous le surveillerons, mais personne ne le contrôlera», a-t-il affirmé.
Mais c'est surtout la fermeté inhabituelle de son ton à l'égard du Sultanat qui a retenu l'attention. «Oman se comportera comme les autres ou alors il faudra les pulvériser. Ils le savent», a-t-il lancé, dans une déclaration qui a immédiatement suscité l'émoi bien au-delà de la région.
La véhémence de cette sortie tranche avec la place particulière qu'occupe Oman dans l'échiquier régional. Fidèle partenaire des États-Unis sans jamais rompre le dialogue avec l'Iran, le Sultanat s'est imposé au fil des années comme l'un des rares canaux de communication entre deux adversaires que tout oppose. Une posture de médiateur qui a souvent permis de désamorcer certaines tensions dans la région.
Ormuz, théâtre d'un nouveau rapport de force
Derrière cet échange inhabituellement virulent se dessine une bataille plus profonde autour de l'avenir du détroit. Le gouvernement américain a annoncé, quelques heures après les déclarations de Donald Trump, des sanctions contre la Persian Gulf Strait Authority (PGSA), une nouvelle structure créée par Téhéran le 18 mai dernier afin d’administrer les droits de navigation dans le détroit d'Ormuz.
Dans un message publié sur le réseau X, le secrétaire d’Etat au Trésor, Scott Bessent, a revendiqué la poursuite de ce qu'il qualifie de campagne de pression économique contre l'Iran. «La PGSA est une plaisanterie, et aujourd'hui le Trésor l'a sanctionnée», a-t-il déclaré. Le responsable américain a également adressé une mise en garde explicite aux acteurs susceptibles de coopérer avec le dispositif iranien. «Nous avons averti toutes les entités étatiques et privées de ne pas verser de péages ni de tenter de les dissimuler sous la forme de paiements humanitaires», a-t-il affirmé.
Scott Bessent a par ailleurs assuré que la stratégie américaine produisait déjà ses effets. Selon lui, le blocus maritime mis en place par Washington a permis de ramener à un niveau historiquement bas les exportations iraniennes de brut par voie maritime. «L'économie iranienne et sa monnaie sont en chute libre», a-t-il ajouté, tout en annonçant de nouvelles restrictions visant les compagnies aériennes iraniennes.
Le secrétaire d’Etat au Trésor a enfin prévenu que seule «une issue satisfaisante aux négociations» permettrait d'enrayer ce qu'il a qualifié de spirale descendante pour l'économie iranienne.
Le détroit qui ébranle les certitudes américaines
Le choix d'Oman d'explorer une coopération avec l'Iran autour du détroit constitue un développement inédit pour un pays longtemps considéré comme l'un des partenaires les plus fiables de Washington dans la région. En réponse, les États-Unis n'ont pas hésité à hausser publiquement le ton, quitte à exposer au grand jour des divergences habituellement traitées avec davantage de discrétion.
Cette séquence dépasse le seul cadre de la crise actuelle. Elle fait montre des arbitrages de plus en plus complexes auxquels sont confrontées les monarchies du Golfe, partagées entre leur alliance historique avec Washington et la nécessité de composer avec de nouvelles réalités régionales.
Assiste-t-on aux premiers signes d'un délitement du pacte stratégique qui lie depuis des décennies les États-Unis à leurs alliés du Golfe ?
M.A.L