Après 4,9% en 2025 et 4,4% cette année, la croissance devrait tomber à 2,9% en 2027, selon Bank Al-Maghrib. Pourquoi une telle chute ?
L'agriculture. En effet, la valeur ajoutée agricole devrait bondir de 16% cette année, portée notamment par une récolte céréalière estimée à 93 millions de quintaux. Mais Bank Al-Maghrib retient pour 2027 l'hypothèse d'un retour de la production céréalière à 50 millions de quintaux.
Résultat : la valeur ajoutée agricole reculerait de 7,6%. Et la croissance nationale tomberait à 2,9%. Depuis des décennies, le poids de l’agriculture dans les variations de la croissance reste une constante de l’économie marocaine, avec une pluviométrie qui continue de faire et de défaire une partie du rythme de l’activité.
Le problème est que le changement climatique rend cette vieille mécanique de plus en plus inconfortable. Une économie qui ambitionne de franchir un nouveau palier de développement ne peut continuer à voir sa trajectoire de croissance aussi fortement conditionnée par les aléas climatiques. D'autant que derrière le spectaculaire rebond agricole, il y a un chiffre autrement plus révélateur : 3,1%.
C'est le rythme auquel progresseraient les activités non agricoles en 2026 contre 4,5% en 2025. Bank Al-Maghrib explique cette décélération par une évolution moins favorable que prévu de certaines branches, notamment les industries extractives et manufacturières. Le non-agricole devrait toutefois retrouver une croissance de 4% en 2027.
C'est probablement ici que se trouve le véritable thermomètre de l'économie marocaine. Car l'enjeu n'est pas seulement de faire 4, 5 ou même 6% une année donnée. Il est de savoir d'où vient cette croissance, combien de temps elle peut durer et ce qu'elle produit réellement. Sur ce dernier point, les signaux sont plutôt encourageants. Au deuxième trimestre 2026, 406.000 emplois ont été créés en glissement annuel et le taux de chômage au sens strict a reculé à 9,5% contre 11,9% dans les villes et 5,4% dans le monde rural.
Cette amélioration est certes une bonne nouvelle, mais n’est guère la preuve que la bataille de l'emploi est gagnée. Une croissance durablement créatrice d'emplois suppose précisément que les moteurs non agricoles (industrie, services à forte valeur ajoutée, numérique, exportations, investissement privé…) gagnent en puissance pour transformer les poussées conjoncturelles en véritable changement de régime économique. Or, l'environnement devient plus exigeant. La facture énergétique devrait bondir de 28,4% cette année pour atteindre 138,1 milliards de dirhams.
Le déficit du compte courant passerait de 2,4% du PIB en 2025 à 4,6% en 2026. Certes, les exportations de phosphates bénéficient de cours élevés, les recettes touristiques restent dynamiques et les transferts des MRE demeurent solides. Mais l'économie marocaine doit désormais composer avec une croissance mondiale moins vigoureuse et une énergie plus chère.
Dans ce contexte, le défi est de construire une économie capable de tenir un certain rythme de croissance lorsque la pluie se fait rare, que l'énergie renchérit ou que la demande mondiale ralentit. Cela suppose de déplacer progressivement le centre de gravité de la croissance vers l'industrie, les services à forte valeur ajoutée, l'innovation, l'export et surtout l'investissement privé.
Bref, vers des moteurs que l'on peut davantage maîtriser que la pluviométrie ou les cours internationaux. Car tous les points de croissance ne se valent pas. Certains tombent du ciel, d'autres se construisent. Les premiers peuvent embellir une statistique pendant quelques trimestres, tandis que les seconds transforment durablement une économie, créent des emplois et améliorent les revenus.
D.Wiliam