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2026 marque une rupture : Les renouvelables dépassent le nucléaire

2026 marque une rupture : Les renouvelables dépassent le nucléaire

La transition énergétique mondiale vient de franchir un seuil critique. En 2025, la production photovoltaïque a bondi de 30% à l’échelle mondiale, couvrant à elle seule près des trois quarts de la hausse de la demande d’électricité, selon Ember. Dans le même temps, les projections convergent : dès 2026, le solaire et l’éolien devraient dépasser le nucléaire en volume de production.

Ce basculement n’est plus théorique. Il redéfinit déjà les rapports de force énergétiques, industriels et géopolitiques. Car si les énergies fossiles restent dominantes dans l’absolu, la dynamique de croissance, elle, a changé de camp.

Le signal est sans ambiguïté : plus de 90% de la croissance de la demande mondiale d’électricité sont désormais couvertes par les renouvelables. À horizon immédiat, la production combinée du solaire et de l’éolien devrait atteindre près de 6.000 TWh, soit le double du nucléaire, qui se stabilise autour de 3.000 TWh malgré un léger rebond. La lecture stratégique est claire : le débat ne porte plus sur la pertinence des renouvelables, mais sur leur capacité à structurer un système énergétique complet.

Derrière cette accélération, plusieurs dynamiques lourdes sont à l’œuvre. La chute spectaculaire des coûts du solaire a transformé cette technologie en solution compétitive à grande échelle. L’éolien, de son côté, a atteint une maturité industrielle permettant des déploiements massifs. Mais cette montée en puissance révèle en creux les limites structurelles du modèle : intermittence, tension sur les réseaux électriques et dépendance critique aux capacités de stockage.

 

 

Le véritable enjeu devient alors systémique : comment articuler volume et stabilité ? Comment combiner des énergies pilotables -nucléaire, hydraulique - avec des flux renouvelables par nature variables ? Et surtout, comment sécuriser les chaînes de valeur dans un contexte de forte dépendance industrielle, notamment vis-à-vis de l’Asie pour les équipements stratégiques ?

Autrement dit, la transition énergétique n’est plus une question environnementale. Elle est devenue une question d’architecture industrielle et de souveraineté.

 

Le Maroc, de la vision stratégique à l’opportunité géopolitique

Dans ce contexte de recomposition globale, le Maroc apparaît aujourd’hui comme un cas d’école. Bien avant que cette bascule ne devienne évidente, le Royaume, sous l’impulsion du Roi Mohammed VI, a fait le pari stratégique des énergies renouvelables.

Ce choix, longtemps perçu comme anticipatif, révèle aujourd’hui toute sa pertinence. En investissant massivement dans le solaire et l’éolien, le Maroc ne s’est pas seulement engagé dans une transition énergétique. Il a posé les bases d’une souveraineté énergétique progressive et d’un positionnement industriel à forte valeur ajoutée. Car les gains potentiels dépassent largement la seule réduction de la dépendance aux hydrocarbures importés. Ils se situent à trois niveaux.

D’abord, un gain de souveraineté. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d’Ormuz-  point névralgique du commerce mondial d’hydrocarbures - la vulnérabilité des économies dépendantes apparaît au grand jour. Le Maroc, importateur net d’énergie, subit directement ces chocs. Le développement des renouvelables constitue ainsi une réponse structurelle à ce risque externe.

Ensuite, un gain industriel. La montée en puissance des renouvelables ouvre la voie à l’émergence d’un écosystème complet : ingénierie, maintenance, production d’équipements, stockage, hydrogène vert. Autant de segments où le Maroc peut progressivement acquérir un savoir-faire différenciant et construire une expertise exportable.

Enfin, un levier géopolitique. Dans un monde où l’énergie redéfinit les alliances et les rapports de force, la capacité à produire une énergie propre, compétitive et potentiellement exportable devient un instrument d’influence. Le Royaume peut ainsi se positionner comme un hub énergétique régional, à la croisée de l’Europe et de l’Afrique.

La guerre autour du détroit d’Ormuz agit ici comme un révélateur brutal : la dépendance aux hydrocarbures n’est pas seulement une contrainte économique, c’est un piège stratégique. À l’inverse, l’investissement dans les renouvelables devient un outil de projection et de sécurisation à long terme.

En définitive, la transition énergétique mondiale entre dans une nouvelle phase. La question n’est plus de produire une énergie propre. Elle est de la piloter, de la maîtriser et d’en capter la valeur industrielle et géopolitique. Et sur ce terrain, les pays qui ont anticipé - à l’image du Maroc - pourraient bien transformer une contrainte structurelle en avantage stratégique décisif.

 

M. Benchekroun

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