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PLF 2027 : Le budget piège du prochain gouvernement

PLF 2027 : Le budget piège du prochain gouvernement

Croissance de 4,1%, déficit ramené à 3% du PIB, dette sur une trajectoire descendante : sur le papier, le cadrage du Projet de loi de finances 2027 donne une équation plutôt maîtrisée. Mais ce budget présente une singularité politique, en ce sens qu’il a été préparé par le gouvernement sortant, tandis que sa finalisation et surtout son exécution incomberont à l’équipe issue des législatives du 23 septembre.

 

Par D. William

Le PLF 2027 est préparé par un gouvernement qui ne sera plus nécessairement aux commandes lorsqu’il faudra l’exécuter. A quelques jours des législatives du 23 septembre, c’est toute la singularité de cet exercice budgétaire. Le gouvernement sortant en a déjà défini le cadrage macroéconomique, fixé les grandes orientations et engagé la programmation budgétaire triennale 2027- 2029.

Mais c’est l’Exécutif issu des urnes qui devra reprendre le dossier, procéder aux derniers arbitrages et, surtout, assumer l’exécution du Budget 2027. Autrement dit, l’un prépare en grande partie la piste; l’autre devra y faire décoller l’avion. Et le premier sujet de discussion sera probablement l’hypothèse de croissance.

Dans son Rapport d’exécution budgétaire et de cadrage macroéconomique triennal au titre du PLF 2027, publié le 11 septembre, le ministère de l’Economie et des Finances table sur une progression du PIB de 5,3% en 2026, suivie d’un ralentissement à 4,1% en 2027. La croissance ressortirait ensuite à 4,2% en moyenne en 2028 et 2029.

Pour 2027, la valeur ajoutée non agricole progresserait de 4,3%. Le secteur secondaire avancerait de 4,9% et le tertiaire de 4,1%. L’agriculture afficherait une hausse beaucoup plus modeste de 1,2%, avec une hypothèse de production céréalière de 70 millions de quintaux. Mais un autre organisme public a fait des projections différentes. Dans son Budget économique exploratoire 2027 publié en juillet, le HCP retient une croissance de seulement 3% en 2027, après 4,8% en 2026.

Le ralentissement serait notamment lié au retour à l’hypothèse d’une campagne agricole moyenne, dans un environnement extérieur lui-même peu porteur : la demande étrangère adressée au Maroc ne progresserait que de 2,9%. Entre le gouvernement et le HCP, l’écart atteint donc 1,1 point de PIB en 2027. Ce n’est pas une querelle de décimales. Pour le prochain gouvernement, cette différence pourrait déterminer une partie de la marge budgétaire disponible. Car davantage de croissance signifie généralement davantage de revenus, de consommation et de bénéfices, et donc une assiette fiscale plus dynamique.

A l’inverse, une croissance inférieure aux prévisions peut rapidement compliquer une trajectoire de réduction du déficit. Le PLF 2027 contient ainsi, avant même son adoption, son premier facteur d’incertitude : et si la croissance se rapprochait davantage des 3% du HCP que des 4,1% retenus par le gouvernement ? La question est d’autant plus importante que le cadrage budgétaire fixe une cible exigeante. Le gouvernement prévoit, en effet, de ramener le déficit à 3% du PIB dès 2027, puis de le maintenir à ce niveau en 2028 et 2029. La dette du Trésor poursuivrait parallèlement sa décrue pour revenir aux alentours de 63% du PIB en 2029.

Le HCP est légèrement plus prudent. Il anticipe un déficit de 3,4% du PIB en 2026, puis de 3,2% en 2027, après 3,5% en 2025. Dans les deux scénarios, le message est cependant similaire : le prochain gouvernement devra poursuivre l’assainissement des finances publiques. Or, les premiers enseignements de l’exécution 2026 montrent que l’exercice ne sera pas mécanique.

A fin juillet, les recettes de l’Etat atteignaient 253,75 milliards de dirhams, en hausse substantielle de 12,5% sur un an. Mais les dépenses courantes augmentaient encore plus rapidement: +14,2% à 242,62 milliards de dirhams. Le déficit budgétaire s’établissait ainsi à 50,5 milliards de dirhams contre 54,74 milliards un an plus tôt. La progression des recettes est donc réelle. Mais elle ne constitue pas une cagnotte disponible pour financer sans arbitrage de nouvelles politiques publiques. D’autant que le service de la dette absorbe une part croissante des ressources. A fin juillet, les intérêts de la dette intérieure représentaient déjà 23,6 milliards de dirhams, en augmentation de 14,5%. Ceux de la dette extérieure atteignaient 6,17 milliards, en hausse de 12%. Au total, près de 30 milliards de dirhams d’intérêts ont été supportés en sept mois.

 

Promesses électorales vs calculette

C’est à ce niveau que le PLF 2027 prend toute sa dimension politique. Les partis engagés dans la campagne des législatives multiplient les engagements autour du pouvoir d’achat, de l’emploi, de la santé, de l’éducation, des retraites, du logement, de la protection sociale, de l’investissement ou de la fiscalité.

Rien d’inhabituel dans une campagne électorale. Mais le gouvernement issu du scrutin devra rapidement confronter ces promesses à une équation autrement moins électorale : davantage de dépenses sociales, poursuite des investissements, éventuels allègements fiscaux, déficit limité à 3% et réduction du ratio d’endettement.

Sur le papier, ces objectifs ne sont pas incompatibles. Ils supposent néanmoins que plusieurs conditions soient réunies : des recettes fiscales durablement dynamiques, une croissance suffisamment robuste, une meilleure efficacité de la dépense publique et, probablement, des arbitrages entre les différentes priorités.

Le second piège serait de croire que le prochain gouvernement disposera d’une feuille budgétaire blanche. Il héritera au contraire d’un portefeuille particulièrement lourd de politiques publiques et de programmes pluriannuels. La généralisation de la protection sociale doit être financée. La réforme du système de santé doit se poursuivre. Même impératif pour l’éducation, l’aide directe au logement ou la reconstruction des zones touchées par le séisme.

S’y ajoutent les besoins liés à la réduction des disparités territoriales et, surtout, au stress hydrique. Et puis il y a les infrastructures (réseau ferroviaire, routes, aéroports, équipements urbains et sportifs) : la préparation de la Coupe du monde 2030 inscrit une partie de la dépense publique dans un calendrier qui dépasse largement celui d’une seule Loi de Finances. Une fraction significative des dépenses des prochaines années est ainsi déjà prédéterminée par des décisions antérieures ou par des projets dont l’exécution est engagée.

Le futur gouvernement pourra modifier des priorités, mais ne pourra pas remettre tous les compteurs à zéro. Il devra par ailleurs décider quels engagements électoraux peuvent être financés immédiatement, lesquels doivent être étalés dans le temps et lesquels devront éventuellement être abandonnés ou redimensionnés. En cela, deux chiffres permettent de résumer l’équation du PLF 2027 : 4,1% de croissance et 3% de déficit. Le premier conditionne en partie le second.

Si la croissance atteint ou dépasse l’hypothèse gouvernementale, les recettes continuent de progresser fortement et la dépense est maîtrisée, le prochain gouvernement pourra disposer d’une marge pour financer certaines nouvelles priorités tout en poursuivant la consolidation budgétaire. Mais si l’économie se rapproche plutôt des 3% anticipés par le HCP, l’équation deviendra beaucoup plus serrée. Il faudra alors choisir entre réduire certaines dépenses, différer des promesses, trouver de nouvelles recettes, accepter un déficit supérieur à la cible ou combiner ces différentes options. Et c’est peut-être là le véritable intérêt du PLF 2027. Il sera le premier test grandeur nature des programmes électoraux de 2026. Pendant la campagne, les partis expliquent ce qu’ils veulent faire. Après le 23 septembre, la Loi de Finances dira surtout ce qu’ils peuvent réellement se permettre de faire. 

 

 

 

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