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Souveraineté hydrique : le dessalement ciblé à 1,8 milliard de m³ par an d’ici 2030

Souveraineté hydrique : le dessalement ciblé à 1,8 milliard de m³ par an d’ici 2030

Un séminaire scientifique international s’est ouvert mercredi 21 octobre à l’Université Euromed de Fès sur l’interdépendance entre l’eau, l’énergie et l’agriculture. Organisé avec l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques, il réunit des académiciens, des chercheurs et des experts marocains et étrangers autour de la souveraineté hydrique.

 

Traiter l’eau, l’énergie et l’agriculture chacune de son côté revient à déplacer les contraintes plutôt qu’à les résoudre. C’est le message d’Omar Fassi-Fehri, secrétaire perpétuel de l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques, à l’ouverture de la rencontre. Selon lui, la démarche scientifique a précisément vocation à connecter ces trois dimensions pour concevoir des réponses intégrées. Il a rappelé que la dotation en eau par habitant au Maroc a été divisée par plus de trois en quelques décennies, une situation aggravée par des sécheresses répétées.

La rencontre, qui dure deux jours, est organisée par l’Université Euromed de Fès et l’Académie Hassan II, en partenariat avec le Groupe interacadémique pour le développement, le Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes et plusieurs académies scientifiques européennes.

Quatre leviers scientifiques pour accompagner les politiques publiques

Omar Fassi-Fehri a mis en avant les mesures d’anticipation déployées par le Royaume : le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation, l’autoroute de l’eau reliant les bassins du Sebou et du Bouregreg, la valorisation des eaux usées traitées et la stratégie agricole Génération Green. Pour les accompagner, il a détaillé quatre leviers scientifiques : l’optimisation énergétique de l’osmose inverse, la valorisation de la saumure selon les principes de l’économie circulaire afin de protéger les écosystèmes marins, le déploiement d’une agriculture de précision adossée à l’intelligence artificielle, et la recherche agronomique et génétique pour sélectionner des variétés adaptées au climat aride.

Dessalement et hydrogène vert : les objectifs avancés

Pour Mostapha Bousmina, président de l’Université Euromed de Fès et chancelier de l’Académie Hassan II, le séminaire s’inscrit dans le prolongement des orientations royales qui ont placé l’eau et le développement durable au centre des priorités nationales. Il a rappelé que l’essor économique du pays se déroule dans un contexte de rareté hydrique et avec une dépendance énergétique extérieure de 88 %.

Sur le dessalement, il a exposé l’objectif d’un volume global de 1,8 milliard de mètres cubes par an à l’horizon 2030. Selon lui, la moitié de cette capacité servira à l’eau potable, avec une couverture intégrale des besoins urbains, 30 % à l’irrigation agricole et 20 % à l’industrie. Côté énergie, il a cité des investissements projetés de 32 milliards de dollars dans l’hydrogène vert, destinés en priorité à la production d’ammoniac vert, avec un palier fixé à un million de tonnes en 2027 puis à trois millions de tonnes en 2032. L’objectif est de décarboner la production des fertilisants nationaux et de renforcer l’autonomie agricole du pays.

Mostapha Bousmina a aussi insisté sur la nécessité pour le Maroc de développer ses propres technologies. Il a cité les recherches appliquées menées à l’Université Euromed de Fès sur la fabrication locale d’électrolyseurs, la conception de batteries à électrolyte solide et la mise au point de membranes de filtration nanométriques, destinées à réduire le coût et l’empreinte environnementale du dessalement.

Coopération universitaire et suite des travaux

Dans une déclaration à la MAP, Jacques Brulhet, président honoraire de l’Académie d’agriculture de France et vice-président du Groupe interacadémique pour le développement, a salué le rôle précurseur du Maroc dans l’utilisation de l’eau dessalée pour l’agriculture. Il a annoncé le lancement de coopérations de recherche et de programmes d’échanges d’enseignants et d’étudiants entre l’Université Euromed de Fès et des institutions universitaires françaises.

Les travaux se poursuivent avec des panels d’experts consacrés aux technologies de rupture, aux énergies renouvelables et aux mécanismes de financement de l’agriculture durable en Méditerranée.

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