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Architecture : «Il faut mettre en valeur les richesses patrimoniales et identitaires des villes africaines»

Architecture : «Il faut mettre en valeur les richesses patrimoniales et identitaires des villes africaines»

Le Congrès de l’Union des architectes d’Afrique qui est à sa 13ème édition cette année, fait escale à Rabat. Pendant deux jours, une pléiade d’architectes, de penseurs et d’experts débattront de l’Afrique sous le prisme de son architecture notamment pour ce qui est de la nécessité de construire aujourd’hui des villes durables et inclusives où les conditions de vie sont meilleures pour les populations. 

Initié par le Conseil national de l’Ordre des architectes du Maroc (CNOA) sous le thème «l’architecte et les nouveaux défis de l’Afrique», en partenariat avec le ministère de l'Aménagement du territoire national, de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Politique de la ville, cette édition dont les travaux se sont ouverts lundi 4 juillet, place le métier de l’architecte dans la pluralité des enjeux et des défis auxquels le continent africain est confronté. Lesdits défis sont en effet de plusieurs ordres : environnemental, écologique, urbain, architectural, culturel et socio-politique. L’architecture est non seulement au cœur de ces enjeux; elle en est le reflet. Elle reflète l’évolution et les mutations et la richesse de tout un continent. 
 
A cette occasion, la ministre de l'Aménagement du territoire national, de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Politique de la ville, Fatima Zahra Mansouri, a indiqué que son département, pour accompagner, anticiper et tirer profit de l’urbanisation, a opté pour une planification urbaine renouvelée, anticipative et prospective d’échelles différenciées basée sur des règles hiérarchiques de subordination.
 
«Le ministère est aujourd’hui en phase de mettre en place une politique urbaine rénovée centrée sur le bien-être du citoyen, sur la qualité du cadre de vie, sur l’inclusion socioéconomique, la résilience et la durabilité urbaine, dans un contexte de relance post-Covid», a-t-elle dit dans une allocution lue en son nom par le secrétaire général du ministère, Abdellatif Nahli.
 
Et de poursuivre que cette politique urbaine exige de façon prioritaire la révision du système de planification territorial à travers i) la mise en place d’une nouvelle génération de documents d’urbanisme.
 
Pour sa part, le président du CNOA, Chakib Benabdallah, a affirmé que le choix du Maroc comme pays organisateur du congrès émane de son engagement et son enracinement réel et concret en Afrique à travers sa position géographique, ses investissements socioéconomiques et ses réalisations dans divers domaines stratégiques, notant que «notre ambition est de faire de l’architecte africain un acteur incontournable et engagé pour l’émergence et le développement de l’Afrique». Il a proposé, à cette occasion, la création de l'Observatoire africain de l'architecture, comme espace de réflexion, d'échange et de valorisation de nombreuses initiatives entreprises au sein du continent pour une architecture moderne et plus forte».
 
De son côté, Victor Miguel, président de l'Union des architectes d'Afrique (AUA), a souligné le rôle des architectes dans la réalisation du bien-être des citoyens, en contribuant à construire un meilleur cadre de vie et en assurant un environnement meilleur et plus qualitatif qui réponde aux normes sanitaires, insistant sur la nécessité de mettre l'architecture au service du citoyen.
 
A cet égard, le président de l'AUA a mis en avant le potentiel énergétique inégalé de l'Afrique, notamment la capacité «de plus en plus évidente» du continent à développer les énergies renouvelables, en plus de son potentiel hydraulique et éolien.
 
La rencontre a été l'occasion d’examiner les moyens à même de conserver et mettre en valeur les richesses patrimoniales et identitaires des villes africaines face aux défis environnementaux, écologiques, sociologiques, démographiques et urbanistiques majeurs que connaît le continent. Et de débattre les enjeux de la métropolisation dans les pays africains, de discuter des nouvelles orientations pour les politiques publiques et la gouvernance urbaine, et de se pencher sur les défis énergétiques pour une Afrique résiliente.
 
Intervenant sur la question des villes africaines en quête de nouveaux modèles urbanistiques, Jérôme Chenal, architecte et urbaniste suisse, spécialiste des villes africaines, a affirmé que pour faire des villes nouvelles ou pour agrandir les villes intermédiaires, il est essentiel de «prendre au sérieux les prospectives démographiques sur l’Afrique subsaharienne et sa population qui est amené à doubler dans vingt ans. Nous allons donc devoir trouver de nouvelles formes d’urbanisation mais encore faut-il que les officiels nous accordent le temps nécessaire afin de vérifier le degré de réussite du projet en perspective. Nous avons tendance aujourd’hui à regarder après 5 ans si la ville nouvelle fonctionne ou pas. Or, cela ne peut se faire qu’au bout d’une trentaine voire une quarantaine d’années avant d’émettre un jugement définitif. Nous sommes obligés de repenser cette ville en fonction de son usage, la société qui y vit et sa morphologie. Il y a des villes dont les structures urbaines permettraient de construire dans les villes intermédiaires, c’est le cas par exemple du Maroc». 
 
Pour Mehdi Alioua, doyen de l’Institut d’études politiques, Sociology and Migration Studies-Maroc, le point de départ est celui de la mobilité. «La ville moderne est d’abord et avant tout le produit des migrations régionales, intérieures, internationales. Celle-ci n’existe pas sans les autres villes puisque cela crée une forme d’économie de la circulation qui permet aux urbains de vivre, de survivre ou même de prospérer. Les villes pour se nourrir ont besoin de leurs campagnes environnantes mais quid des mégapoles africaines qui ne peuvent pas se nourrir avec simplement les campagnes environnantes ? Même en Afrique centrale où la nature est extrêmement généreuse, s’il n’y a pas d’interconnexion avec des alliés pour alimenter cette ville, rien ne fonctionne. Un modèle de ville africain est avant tout dans la mobilité notamment migratoire, résidentielle, logistique, déplacement de la population mais aussi des marchandises», précise-t-il. 
 
Les autres interventions ont mis l'accent sur les mutations socio-spatiales importantes en Afrique, dues à l’accroissement rapide de sa population. Ce processus d’urbanisation, à la fois rapide et récent, doit interpeller les architectes-urbanistes, puisqu’il est perceptible et palpable à travers des dynamiques d’étalement urbain qui génèrent des défis majeurs pour les aires métropolitaines en Afrique (épuisement des ressources naturelles, prolifération de l’habitat non réglementaire, dévalorisation du cadre bâti, marginalisation d’une partie de la population urbaine, etc.

 

M. B. 

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