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Baisse continue du taux d’activité des femmes au Maroc : La situation exige des actions concrètes

Baisse continue du taux d’activité des femmes au Maroc : La situation exige des actions concrètes

En dépit des nombreuses initiatives visant à encourager l’employabilité des femmes, le taux d’activité de la gent féminine au Maroc a connu une nette régression au cours de ces dernières années. Selon les statistiques du haut-commissariat au Plan, ce taux est passé de 28,1% en 2000 à 19% en 2023, demeurant nettement inférieur à celui des hommes qui se situait à 69% en 2023.

A cet égard, la Société financière internationale (IFC) et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), ont organisé, mardi 21 mai 2024 à Casablanca, une conférence sous le thème : «Promouvoir l’emploi des femmes au Maroc : des solutions pour accompagner les entreprises». 

Dans son mot d’ouverture, Mehdi Tazi, vice-président de la CGEM, a relevé que la contribution des femmes au marché du travail est cruciale pour la croissance économique du pays, soulignant ainsi l'importance de favoriser l'emploi féminin dans les prochaines années. Déplorant le fait que le taux de chômage féminin ait presque doublé en une décennie, Tazi a mis en avant un constat alarmant selon lequel, 50% des femmes actives au Maroc ne sont pas déclarées à la CNSS. 

«Il est évident que l'économie ne peut se développer pleinement sans une participation accrue des femmes au marché du travail. Il est donc impératif d'augmenter activement le nombre de femmes employées, car leur contribution est essentielle au développement économique global», poursuit-il. 

Ainsi, le vice-président de la CGEM a mis en exergue la nécessité d'identifier les causes sous-jacentes de ce problème et d’affiner l’analyse afin de proposer des solutions tangibles. «Tandis que des pays comme l'Arabie Saoudite font des progrès significatifs en la matière, le Maroc recule, ce qui est inadmissible. Il est temps de cesser les discussions et de passer à l'action avec des solutions concrètes», insiste-t-il. 

De son côté, Xavier Reille, directeur de l'IFC pour le Maghreb et Djibouti, a mis en lumière l’importance d'une mobilisation globale, impliquant le gouvernement, la société civile et le secteur privé, en vue de générer un impact réel et d’encourager la participation des femmes à l'économie. «En égalisant le taux d'activité des femmes avec celui des hommes, le Maroc pourrait bénéficier d'une hausse notable de son PNB», a-t-il assuré. 

«Aujourd'hui, il est essentiel de changer les paradigmes afin de permettre aux femmes de s'intégrer pleinement à l'économie. La promotion du niveau de participation des femmes au marché du travail est, surtout, avantageuse pour les entreprises. Cela favorise l'innovation, la compétitivité et la performance globale, et contribue à renforcer l'équité sociale et à favoriser l'émergence d'une classe moyenne prospère», surenchérit-il.

Pour sa part, Khalid Lahbabi, directeur des ressources humaines chez International Paper, a mis en avant les politiques adoptées par l’entreprise pour pouvoir assurer la parité au sein d’un secteur industriel particulièrement masculin. 
«Nous sommes passés de 0 à 120 femmes dans nos usines, mais lors de la phase de recrutement, nous avons fait face à des obstacles liés à la pénibilité du travail, aux compétences techniques requises et aux contraintes familiales des femmes cheffes de ménage qui ne peuvent pas travailler en soirée», a-t-il expliqué. 

«Nous avons donc dû revoir notre politique de recrutement en adaptant notre process à chaque région, en améliorant nos infrastructures à travers la mise en place de nouveaux vestiaires et sanitaires, mais notre plus grand obstacle c’était la culture. Ainsi, nous avons initié de nombreux ateliers, des moments d’écoute à travers lesquels nous avons essayé de comprendre ce qui fait peur aux hommes en intégrant des femmes dans leurs équipes et ce que craignent les femmes dans un environnement considéré purement masculin. Finalement, nous avons aujourd'hui des femmes dans plusieurs postes de travail, ce qui modifie les statistiques, mais nous restons encore très loin de nos ambitions», détaille-t-il.

Lors d’un panel intitulé : «Comment inverser la courbe de la participation économique des femmes», Siham Bouziane, cheffe de service des études statistiques à l’Observatoire marocain de la TPME (OMTPME), a mis la lumière sur les résultats d’une récente étude sur l'employabilité des femmes au Maroc. Il en ressort que 51,2% des femmes employées gagnent un salaire inférieur à 2.800 dirhams, contre  40,5% pour les hommes. L’étude menée par l’Observatoire a également démontré que seuls 16,2% des dirigeants des entreprises au Maroc sont des femmes. 

De son côté, Doha Sahraoui, professeure à l'université Cadi Ayyad, a souligné : «Au Maroc, ce qui est véritablement préoccupant n'est pas la diminution du taux d’activité des femmes, mais plutôt sa persistance dans le temps. Il est impératif d'intervenir au niveau législatif, en tenant compte des particularités propres à chaque contexte. Aujourd'hui, le défi pour le Maroc réside dans sa capacité à innover afin de développer sa propre politique. Le Code du travail doit être adapté de manière à favoriser l'employabilité des femmes et à combattre le harcèlement. Les politiques organisationnelles des entreprises doivent également être repensées, car elles considèrent souvent que toutes les femmes suivent la même trajectoire professionnelle, alors que ce n’est pas le cas». 

Cette rencontre a également été marquée par le lancement de la deuxième phase de la plateforme Morocco4Diversity, qui a permis, depuis 2020, l'engagement de plus de 70 entreprises marocaines à prendre des mesures concrètes en faveur de l'égalité des sexes au travail. Lancée conjointement par l’IFC et la CGEM, cette nouvelle étape s'appuie sur les résultats et les enseignements tirés de la première phase, et vise à continuer à éliminer les obstacles à l'emploi et au leadership des femmes, à travers la massification des efforts par le biais d'une forte collaboration entre toutes les parties prenantes concernées.

 

Par M. Ait Ouaanna

 

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