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Gouvernance publique : L’exigence d’exemplarité

Gouvernance publique : L’exigence d’exemplarité

L'intégrité s’impose désormais comme un instrument de puissance publique et économique. Le rapport «Perspectives de l’OCDE sur l’intégrité et la lutte contre la corruption 2026» le dit sans détour : les pays qui réussissent ne sont pas forcément ceux qui empilent les lois, mais ceux qui les appliquent réellement. Or, partout, le même mal persiste, à savoir un décalage entre l’arsenal juridique et sa traduction concrète.

Ce déficit d’exécution atteint en moyenne 19 points dans les 62 pays étudiés, signe que la lutte contre la corruption reste souvent théorique. Pour le Maroc, ce constat interpelle, d’autant que le pays est engagé dans une phase de transformation profonde. Infrastructures, industrialisation, transition énergétique ou encore montée en gamme des filières exportatrices sont autant d’initiatives qui reposent sur un facteur souvent sous-estimé : la crédibilité institutionnelle.

L’OCDE rappelle, à ce titre, que la corruption ne freine pas seulement l’éthique publique, elle pénalise directement l’investissement, fausse la concurrence et renchérit les coûts.

Dans un contexte où le Royaume ambitionne de devenir un hub régional, cette dimension prend une importance particulière. Les investisseurs ne cherchent pas seulement des incitations fiscales ou des infrastructures modernes. Ils recherchent un environnement prévisible, où les règles du jeu sont claires et respectées.

Le Maroc dispose certes d’atouts indéniables, notamment la stabilité politique, la position géographique ou encore un climat des affaires qui s’améliore constamment.

Mais ces avantages peuvent être érodés si la perception d’un écart entre la norme et la pratique persiste.

L’enjeu est donc économique, faisant de l’intégrité un facteur de compétitivité. Le rapport souligne également que les pays les plus performants abandonnent progressivement une approche bureaucratique pour adopter une logique fondée sur les résultats.

Autrement dit, il ne s’agit plus de multiplier les procédures, mais de cibler les facteurs de vulnérabilité comme les marchés publics, le financement politique et les conflits d’intérêts qui sont autant de terrains où l’efficacité se mesure à la capacité de prévenir plutôt que de sanctionner. Pour le Maroc, cela implique un changement de culture administrative.

Cela suppose, entre autres, une meilleure exploitation des données et des outils numériques, que l’OCDE identifie comme des leviers décisifs pour détecter les anomalies et rationaliser les contrôles.

Le Royaume a déjà engagé des chantiers dans ce sens, notamment avec la digitalisation des services publics. Mais le défi reste d’intégrer ces outils dans une stratégie globale de gouvernance et non comme des initiatives isolées. Un autre enseignement du rapport mérite attention : la corruption prospère souvent là où il y a des fragilités.

Là où le contrôle est faible, là où les interactions entre public et privé sont nombreuses et là où les montants sont élevés. Les marchés publics en sont l’exemple le plus frappant.

A l’échelle mondiale, jusqu’à un quart des investissements publics peuvent être affectés par des pratiques inefficaces ou frauduleuses. Dans un pays comme le Maroc, où les investissements publics structurent la dynamique économique, l’enjeu est immense. Chaque Dirham mal alloué est une opportunité perdue en matière de croissance, d’emploi ou de cohésion sociale.

Enfin, la question de la confiance reste centrale. Le rapport note que, globalement, les citoyens font de moins en moins confiance à leurs institutions.

Cette défiance n’est pas anodine. Elle fragilise le contrat social, alimente le scepticisme et réduit l’efficacité des politiques publiques. Au Maroc, cette dimension est particulièrement sensible.

Le pays avance vite, mais il avance sous le regard d’une société de plus en plus exigeante. Les attentes en matière de transparence, d’équité et de responsabilité sont élevées. Et elles continueront de croître.

L’intégrité, dans ce contexte, devient un marqueur de maturité institutionnelle qui se construit dans la durée et par des pratiques cohérentes et visibles. Et c’est sur ce registre que les Marocains attendent leurs gouvernants, car l’intégrité ne doit pas être une notion creuse utilisée abusivement pour embellir des discours cosmétiques, mais une habitude ancrée dans les actes quotidiens.

Parce que, in fine, il s’agit de consolider la confiance, d’attirer durablement les investissements et de renforcer la solidité même du modèle économique. 

 

Par D. William

 

 

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