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Législatives 2026 : Le RNI joue la carte de l’Etat social et promet un million d’emplois

Législatives 2026 : Le RNI joue la carte de l’Etat social et promet un million d’emplois

Pour la période 2026-2031, le Rassemblement national des indépendants (RNI) articule son programme autour de trois engagements et douze mesures.

Avec une ligne directrice : faire évoluer l’Etat social d’une logique d’assistance vers un accompagnement favorisant l’autonomie économique.

«Dignité et opportunités pour tous». Le RNI a choisi de placer son programme 2026-2031 sous une bannière essentiellement sociale. Le document présente une «feuille de route» destinée à accompagner les familles sur l’ensemble du territoire et revendique une ambition : construire «un projet fédérateur de consolidation sociale et économique, de dignité et de mobilité sociale». Surtout, le parti entend faire évoluer la conception de l’Etat social, en passant «d’une logique d’assistance à un accompagnement actif vers l’autonomie». 

Cette philosophie se décline en trois engagements : protéger durablement le pouvoir d’achat, garantir des services publics de qualité sur l’ensemble du territoire et réussir l’inclusion économique. Douze mesures viennent donner corps à cette architecture. 

Le pouvoir d’achat en première ligne

Le premier bloc du programme est consacré à une préoccupation qui devrait occuper une place centrale dans la campagne électorale : le niveau de vie des ménages. Le RNI propose quatre «boucliers» portant respectivement sur la protection sociale, l’épargne, les salaires et pensions ainsi que l’éducation. 

La mesure la plus structurante consiste à indexer les aides sociales directes sur l’inflation. Un mécanisme d’ajustement automatique serait déclenché lorsque celle-ci dépasse un seuil prédéfini. 
Le dispositif distinguerait les tendances inflationnistes durables des chocs exceptionnels et intégrerait notamment les prix de l’énergie et de l’électricité. Son coût resterait encadré par un plafond fixé chaque année dans la Loi de Finances. 

Selon le programme, quelque 4 millions de ménages, représentant près de 12 millions de Marocains, dont plus de 5,5 millions d’enfants, seraient concernés. 

Deuxième innovation : la création d’un «bouclier épargne» destiné notamment aux travailleurs de l’informel. Le compte serait accessible par téléphone mobile ou par un guichet de proximité et comprendrait deux compartiments. 

Une épargne de précaution resterait disponible à tout moment, tandis qu’une épargne d’avenir serait bloquée pendant 24 mois et bénéficierait d'un abondement public de 0,25 DH pour chaque dirham déposé. 

Sur les revenus, le parti promet de revaloriser le SMIG, de poursuivre la convergence du SMAG vers le SMIG et de revaloriser les pensions de retraite. Le document estime que la hausse du SMIG et du SMAG améliorerait les revenus des deux tiers des salariés du secteur formel. 

A destination de la classe moyenne, le RNI avance également une mesure fiscale : un crédit d’impôt pouvant atteindre 5.000 DH par an et par enfant au titre des frais de scolarité. 

Territorialiser l’Etat social

Le deuxième engagement repose sur une idée forte : faire de 2026-2031 la période de la «territorialisation de l’Etat social». Eau, énergie, école et santé constituent les quatre piliers de ce chantier. 
Sur l’eau, le programme combine accélération des barrages, interconnexions et dessalement avec des solutions locales : raccordements individuels dans les zones de stress hydrique, collecte des eaux de pluie et soutien à l’irrigation de proximité. 

L’objectif affiché est de transformer la contrainte hydrique en instrument de développement territorial et de stabilisation des revenus ruraux. 

En matière énergétique, le parti propose un programme national d’autoproduction solaire sans paiement initial. L’investissement serait remboursé progressivement grâce aux économies réalisées sur la facture et les ménages pourraient revendre leur surplus d’électricité. Pour les foyers modestes, le programme prévoit aussi le maintien des tarifs sur les plus faibles tranches de consommation en cas de choc énergétique exceptionnel. 

Le programme entend par ailleurs généraliser le transport scolaire dans les zones rurales et les cantines pour les enfants du préscolaire et du primaire publics. Il prévoit aussi le soutien scolaire individualisé grâce aux technologies éducatives, ainsi que l'élargissement de la carte universitaire de 12 à 27 universités.

Le RNI fixe surtout deux échéances : généraliser les écoles et collèges pionniers d’ici 2028 et les lycées pionniers à l’horizon 2031. L’objectif annoncé est de réduire de moitié l’abandon scolaire. 
Le chantier sanitaire est tout aussi ambitieux. Le parti propose de généraliser les Groupements sanitaires territoriaux dès 2027 et de faire du médecin de famille le pivot du parcours de soins. 5.000 agents de santé ruraux seraient déployés pendant la mandature.

La densité médicale devrait passer de 30 à 45 professionnels de santé pour 10.000 habitants d’ici 2030. 

Le programme prévoit également l’achèvement de tous les CHU en 2029, la mise à niveau de 1.600 établissements de soins primaires, la création de 200 structures supplémentaires dans les déserts médicaux et le déploiement de 100 unités mobiles. 

La télémédecine serait remboursée à 100% par l’AMO et le tiers-payant progressivement introduit dans le secteur public. 

Le pari du million d’emplois

Le troisième pilier constitue le versant économique du projet. Le RNI veut faire de la protection sociale non plus seulement un filet de sécurité, mais «un tremplin vers l’autonomie». 
L’objectif est particulièrement volontariste : ramener le chômage de 10,8% à 9% d’ici 2030, mobiliser 15 milliards de DH entre 2026 et 2031 et maintenir l’investissement à 33% du PIB. 

Surtout, le parti promet un million d’emplois : 300.000 dans l’industrie, 250.000 dans le numérique, 150.000 dans l’agriculture et le monde rural, 100.000 dans le tourisme, 100.000 dans l’artisanat et les services et 100.000 par an liés à la Coupe du monde 2030, selon la ventilation présentée dans le document. 

Cette politique serait adossée à une croissance économique de 5% par an et à près de 250.000 insertions professionnelles annuelles à travers les programmes Tadrij, Idmaj, Tahfiz et Taahil. 

Autre proposition majeure : remplacer l’actuelle Indemnité pour perte d’emploi (IPE) par une Allocation pour le retour à l’emploi (ARE).

La durée d’indemnisation passerait de six à douze mois. Les salariés formels percevraient 70% du salaire de référence pendant un an, avec un plafond porté à quatre fois le SMIG. Le seuil d’éligibilité serait parallèlement abaissé à 520 jours cotisés sur trois ans contre 780 pour l'IPE. 

Le programme s’attaque également à une catégorie souvent située aux marges de la protection sociale : les travailleurs saisonniers. 

Une carte du travailleur saisonnier permettrait à chaque journée déclarée de générer des droits à l’AMO, à la retraite, aux allocations familiales et à une allocation chômage saisonnière.  Cette dernière représenterait 70% du salaire de référence, dans la limite de deux fois le SMIG et pour une durée maximale de six mois. 

Dernière pièce du dispositif : un Fonds de prêts productifs gratuits. Il accorderait des financements à taux zéro garantis par l’Etat aux personnes vulnérables souhaitant lancer une activité productive. 
Les Marocains résidant à l’étranger pourraient également en bénéficier pour investir au Maroc. 

Aucun collatéral ne serait exigé, la garantie publique se substituant à la garantie personnelle. Le financement serait accompagné d’un dispositif d’assistance à la formulation du projet, de formation et de suivi au démarrage. 

Pris dans son ensemble, le programme du RNI affiche une cohérence : lier protection du revenu, accès aux services publics et retour vers l’activité économique. 

Le parti ne présente plus seulement la protection sociale comme un mécanisme de redistribution, mais comme le point de départ d'une trajectoire d'autonomie.

C’est aussi là que se situera l’un des principaux enjeux du programme. Car plusieurs propositions (indexation des aides, abondement public de l’épargne, crédit d’impôt scolaire, extension de l’assurance chômage, investissements sanitaires ou prêts garantis par l’Etat) impliquent des engagements financiers dont le document expose les mécanismes mais ne fournit pas, pour chaque mesure, un chiffrage budgétaire détaillé.

Par D. W.

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