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Marchés de gros de fruits et légumes : Le Conseil de la concurrence pointe du doigt les failles

Marchés de gros de fruits et légumes : Le Conseil de la concurrence pointe du doigt les failles

Prédominance des intermédiaires, spéculation, absence d’un cadre juridique, vétusté des infrastructures … : les marchés de fruits et légumes du Royaume souffrent d’une série de maux qui nuit notamment à la compétitivité et à la fluidité des échanges.

 

Par M. Ait Ouaanna

Le Maroc est l'un des principaux producteurs et exportateurs de fruits et légumes de la région. Néanmoins, en dépit de cette position avantageuse, les marchés de gros de fruits et légumes du pays, dont le nombre avoisine la quarantaine, sont confrontés à plusieurs défis et dysfonctionnements qui entravent leur efficacité. Au cœur de ces dysfonctionnements, la forte présence des intermédiaires constitue une véritable épine dans le pied.

Cette situation impacte non seulement la qualité des produits, mais affecte également la rentabilité des producteurs et se traduit inévitablement par une hausse des prix. Ces intermédiaires, qui agissent souvent en tant que courtiers entre les agriculteurs et les revendeurs, remplissent certes une fonction logistique en facilitant le processus de distribution, mais leur prédominance entraîne souvent des injustices et affecte l’équilibre des marchés.

Spéculation et prolifération des intermédiaires ….

Dans son récent avis relatif à l’état de la concurrence dans les marchés de fruits et légumes au Maroc, le Conseil de la concurrence a mis à nu les divers dysfonctionnements dont souffre ledit marché, notamment la problématique des intermédiaires. Des dysfonctionnements qui, d’après le Conseil, entravent l’intégration du secteur agricole d’amont en aval et allongent les circuits de commercialisation des fruits et légumes. «Ces problèmes sont caractérisés par la présence d’une multitude d’intermédiaires, qui pratiqueraient de la spéculation en ponctionnant des marges excessives et injustifiées, supportées in fine par les consommateurs», indique la même source.

Dans le détail, le rapport du Conseil indique que la commercialisation des fruits et légumes au Maroc se fait notamment à travers «des circuits longs» qui se caractérisent par l’existence d’une multitude d’intermédiaires, qui œuvrent tout au long de l’acheminement du produit, du producteur jusqu’au consommateur final. Ces circuits demeurent toujours critiqués dans la mesure où ils conduisent à la détérioration du pouvoir d’achat du consommateur final, sous l’effet de l’incidence des marges commerciales de chaque intermédiaire sur le prix de vente en détail. Ils entraînent également la perte de contact entre producteurs, détaillants et clients finaux, en plus de l’augmentation des coûts des contrôles d’hygiène par les services compétents (ONSSA) au niveau de chaque stade du processus de distribution et de commercialisation.

«Hormis le fait qu’ils détiennent un pouvoir de marché et agissent en faiseurs de prix, la présence de multiples acteurs d’intermédiation dans le circuit de distribution (grossistes, semi-grossistes, commissionnaires, etc.) est critiquée pour son manque de structuration et son impact sur les prix pour le consommateur final. Chaque acteur ajoute sa propre marge brute au prix d’achat, ce qui peut représenter une part importante du prix payé par le consommateur», insiste le Conseil. Dans la même veine, l’institution constitutionnelle fait savoir que la prédominance des intermédiaires donne lieu à «une inégalité flagrante» dans la répartition de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne de valeur. «Alors que les producteurs, souvent confrontés aux défis agricoles et économiques, luttent pour maintenir leur rentabilité, les intermédiaires semblent profiter d’une part disproportionnée des profits. Cette situation soulève des préoccupations concernant l’équité et la durabilité de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, et appelle à une réflexion sur les mécanismes de fixation des prix et la distribution équitable des bénéfices entre les différents acteurs», poursuit la même source.

Le cadre juridique fait défaut

Par ailleurs, le Conseil de la concurrence pointe du doigt l’absence d’un cadre juridique régissant l’organisation et le fonctionnement des marchés de gros de fruits et légumes du Royaume. «Au niveau global du secteur, le cadre juridique demeure incomplet et peu clair. S’agissant des marchés de gros de fruits et légumes, il convient de noter l’absence d’un cadre juridique spécifique les régissant. Seuls des aspects parcellaires relatifs à leur création et à leur gestion figurent dans des dispositions de lois disparates, dont certaines sont datées. Il s’agit notamment de la loi relative à l’attribution des charges de mandataires datant du 7 février 1962. Ce texte régit l’exploitation desdits marchés à travers des agréments octroyés gratuitement par l’Etat à des mandataires désignés par le ministre de l’Intérieur et qui comptent pour moitié des personnes ayant contribué au mouvement de la résistance nationale. Ce régime de mandataires est souvent considéré comme archaïque et limité dans sa pratique», peut-on lire dans le document.

Manque de fluidité des circuits de commercialisation

Par ailleurs, le rapport signale que les résultats de l’analyse concurrentielle font état d’une «mauvaise articulation» entre les marchés de gros et les bassins de production d’un côté, et les bassins de consommation de l’autre. Et de préciser que cette désynchronisation entrave la circulation fluide des produits entre les différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement, ce qui peut entraîner des retards, des pertes de qualité et une augmentation des coûts. En outre, le Conseil relève que le développement des circuits parallèles et informels constitue un défi supplémentaire. «Souvent caractérisés par une concurrence déloyale et des pratiques commerciales douteuses, ces circuits sapent la crédibilité et l’efficacité des circuits formels, ce qui nuit à l’ensemble de la filière», alerte l’institution.

Vétusté des infrastructures

Le Conseil de la concurrence a également mis en lumière la vétusté des infrastructures des marchés de gros, ainsi que le manque de contrôle phytosanitaire. Dans ce sens, l’institution dirigée par Ahmed Rahhou a souligné que «les déficits de normalisation» constatés au sein des marchés de gros persistent malgré les diverses initiatives entreprises pour moderniser leurs infrastructures et leurs processus de fonctionnement. Et de préciser que les acteurs du marché s’accordent sur le constat que «les espaces actuels ne répondent pas aux exigences économiques, sanitaires et urbanistiques contemporaines», en raison notamment de l’augmentation de l’offre et de la demande dans la métropole. Aussi, le Conseil a mis en évidence un manque de traçabilité des produits, depuis l’agriculteurproducteur jusqu’au consommateur final, ce qui, selon l’institution, pose des défis supplémentaires en matière de contrôle sanitaire.

«Sans une traçabilité adéquate, il est difficile de garantir la qualité et la sécurité des produits, ce qui peut entraîner des risques pour la santé publique et nuire à la réputation de toute la filière. La combinaison de la faible prédictibilité de l’offre et de la demande, de l’autorégulation complexe des marchés et du manque de traçabilité des produits est de nature à créer un environnement difficile pour les acteurs de la filière des fruits et légumes», insiste la même source. La formule du Conseil Afin de pallier ces multiples dysfonctionnements, le Conseil de la concurrence appelle notamment à la révision du cadre juridique régissant l’ensemble des maillons de la chaîne, à la lutte contre les pertes et le gaspillage, ainsi qu’au renforcement de la traçabilité des produits par le recours à des solutions intelligentes.

Il est également question de renforcer les normes et standards de qualité, de promouvoir la contractualisation des transactions entre les différents maillons de la chaîne et de mettre en place un système d’information intégré et un système de veille stratégique pour le suivi et l’analyse du marché des fruits et légumes. Pour ce qui est du stade de la production, l’institution recommande, entre autres, d’encourager le regroupement des producteurs, d'impulser la transformation digitale dans le secteur agricole «Agritech» et d’étoffer l’offre bancaire et assurantielle au profit des agriculteurs. Aussi, le Conseil préconise la réforme des espaces de commercialisation, la promotion des circuits courts et la digitalisation des circuits de commercialisation. 

 

 

 

 

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