La situation au Moyen-Orient est toujours extrêmement tendue. D’un côté, une diplomatie fébrile tente de maintenir sous perfusion un cessez-le-feu déjà vacillant.
De l’autre, les discours martiaux, les démonstrations de force et les tensions autour du détroit d’Ormuz rappellent chaque jour que la région demeure assise sur l’un des foyers géopolitiques les plus inflammables de la planète. Une inflammabilité au demeurant confirmée par le durcissement de ton du Qatar, qui demande publiquement à l’Iran de ne pas utiliser Ormuz pour «faire chanter» les monarchies du Golfe.
Il faut savoir que, pendant longtemps, les pétromonarchies ont cru pouvoir naviguer entre les tempêtes régionales grâce à la diplomatie, aux milliards de dollars et aux garanties sécuritaires américaines. Mais la guerre déclenchée le 28 février a subitement rappelé que cette région est en réalité une véritable poudrière.
Les Emirats arabes unis en savent désormais quelque chose, eux qui ont été frappés par plus de 2.800 missiles et drones iraniens en quarante jours, selon Abou Dhabi. Mais le plus cocasse dans cette guerre est de constater qu’Israël, il n’y a pas si longtemps ennemi juré d’une partie du monde arabe, livre aujourd’hui des batteries de défense antiaérienne aux Emirats.
Si les accords d’Abraham avaient ouvert une porte diplomatique, la guerre actuelle est ainsi en train de transformer cette ouverture en véritable alliance sécuritaire régionale. Dans cette nouvelle architecture du MoyenOrient, les anciens tabous tombent donc les uns après les autres. Les intérêts stratégiques remplacent progressivement les vieux slogans idéologiques.
Au point que, désormais, plusieurs capitales arabes perçoivent davantage l’Iran et son influence régionale comme le principal facteur de déstabilisation, bien plus qu’Israël. Pendant ce temps, à Téhéran, le ton se durcit encore davantage. Dans le cadre des discussions en cours pour mettre définitivement fin à la guerre, la proposition iranienne est «à prendre ou à laisser», disent les Gardiens de la révolution.
Traduction diplomatique : il n’y aura pas de recul, et certains parlementaires évoquent même ouvertement un enrichissement d’uranium à 90%. De son côté, Donald Trump, fidèle à son style, jette les propositions iraniennes «à la poubelle», affirmant que le cessez-le-feu n’a que «1% de chances» de survivre.
Et pourtant, malgré les surenchères verbales, personne ne semble réellement vouloir franchir le point de non-retour. En effet, tous les acteurs agitent la menace d’un embrasement total tout en essayant discrètement d’éviter qu’il ne survienne réellement. Les Etats-Unis veulent maintenir leur domination stratégique sans s’enliser dans une guerre régionale incontrôlable.
Israël veut neutraliser la menace iranienne sans provoquer un chaos énergétique mondial qui se retournerait contre ses alliés occidentaux. Les monarchies du Golfe veulent protéger leurs infrastructures tout en évitant d’être transformées en champ de bataille permanent. Quant à l’Iran, il veut démontrer sa capacité de nuisance sans provoquer une destruction totale de son économie déjà asphyxiée.
Et à côté, le Hezbollah promet «l’enfer» à Israël, tout en refusant toute discussion sur son désarmement. Alors ? Alors le monde s’accommode de cette instabilité qui perdure. En espérant que l’on ne bascule pas brutalement d’une guerre contenue à un embrasement régional généralisé, dont les secousses politiques, sécuritaires et économiques dépasseraient largement les frontières du Moyen-Orient.
D.William