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Cisjordanie : La dépossession par la violence

Cisjordanie : La dépossession par la violence

Des colons attaquent des paysans, détruisent leurs oliviers, volent leurs récoltes, saccagent leurs maisons et les poussent à partir. En Cisjordanie occupée, ces violences accompagnent une colonisation qui avance chaque jour et réduit d’autant le territoire sur lequel pourrait naître un Etat palestinien.

Les chiffres documentés par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) donnent la mesure des exactions : 2.159 attaques de colons ayant fait des victimes (18 Palestiniens tués entre le 1er janvier et le 20 juillet 2026) ou des dégâts matériels depuis le début de l’année, selon son bilan arrêté au 19 octobre. La récolte des olives concentre cette brutalité.

Des familles sont agressées sur leurs terres, des arbres détruits et des journalistes et des observateurs venus accompagner les agriculteurs sont eux-mêmes pris pour cibles. Ces attaques ont un effet concret : elles rendent la vie insupportable et provoquent des départs. Comment rester lorsque travailler son champ expose aux coups, lorsque les enfants vivent dans la peur et que les biens peuvent être détruits à tout moment, sous le regard complice des autorités ?

Chaque famille chassée laisse derrière elle une maison, une parcelle, un espace que la colonisation peut investir. La violence devient ainsi un instrument de dépossession. La responsabilité du pouvoir israélien est directement engagée. Il doit protéger les populations vivant sous occupation et poursuivre les auteurs d’exactions. Or, les violences persistent, tandis que les implantations s’étendent et que les avant-postes se multiplient. Des membres du gouvernement soutiennent ouvertement cette expansion.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, en assume la finalité politique : empêcher la création d’un Etat palestinien. Le projet se lit sur le terrain. Les colonies et leurs routes fragmentent la Cisjordanie. Les barrages entravent les déplacements. Les confiscations et les démolitions fragilisent la présence palestinienne. Les villes et les villages se retrouvent enfermés dans des espaces discontinus, séparés les uns des autres. Dans ces conditions, où établir un Etat viable ? Sur quelles terres exercerait-il sa souveraineté ? Comment sa population circulerait-elle ?

La colonisation continue rend progressivement impossible la solution à deux Etats que tant de gouvernements prétendent encore défendre. Chaque nouvelle implantation compromet sa réalisation. Répéter son attachement à cette perspective tout en laissant détruire ses fondements relève désormais de la contradiction politique.

Les conclusions de la commission d’enquête mandatée par l’ONU imposent de regarder cette réalité en face. Elle accuse les autorités et les forces israéliennes de crimes contre l’humanité en Cisjordanie, dont l’extermination, la torture et la persécution. Ces accusations ne constituent pas un jugement de justice. Leur gravité exige des enquêtes indépendantes et l’établissement des responsabilités.

Le rejet israélien du rapport ne dispense personne d’examiner les faits documentés. Aucun impératif de sécurité ne justifie les agressions de colons, la dépossession des paysans ou les sanctions infligées à des familles entières. Le droit de protéger sa population n’autorise ni à chasser celle d’un autre territoire ni à s’emparer de ses terres.

Les partenaires d’Israël doivent passer des déclarations aux actes : sanctionner les responsables des exactions, agir contre les soutiens à la colonisation et faire pression pour arrêter son expansion. Condamner les violences tout en laissant leurs auteurs poursuivre leur entreprise entretient l’impunité. A force de tolérer la colonisation, la communauté internationale laisse se fermer la possibilité d’un partage territorial. Elle devra alors répondre d’une politique qui promet deux Etats pendant qu’elle laisse l’un empêcher l’autre d’exister. 

 

 

D.William

 

 

 

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