Plus de 2,7 millions de Marocains du monde ont déjà rejoint le Royaume cet été. Les pouvoirs publics cherchent désormais à faire de cette présence estivale un moment de rapprochement économique avec une diaspora dont les transferts dépassent 120 milliards de dirhams par an. La Semaine de l’investissement, qui démarre ce 10 août, illustre cette évolution.
Chaque été, le même mouvement se reproduit à grande échelle. Au 3 août, 2.741.570 Marocains résidant à l’étranger avaient rejoint le Royaume dans le cadre de l’opération Marhaba 2026, en légère hausse de 0,45% par rapport à la même période de l’année précédente. Un peu plus de la moitié des arrivées ont été enregistrées par voie maritime et le reste par les différents aéroports du pays.
Ces flux restent d’abord ceux des vacances, des retrouvailles familiales et du retour au pays d’origine. Mais la période estivale prend aussi progressivement une dimension économique plus affirmée. Le 10 août, Journée nationale des Marocains résidant à l’étranger, est célébré cette année sous le thème des MRE «au service des chantiers Maroc 2030». Le même jour démarre une Semaine de l’investissement qui leur est spécialement consacrée.
Du 10 au 13 août, les Centres régionaux d’investissement doivent ainsi accueillir les porteurs de projets, présenter les opportunités économiques de leurs territoires, détailler les mécanismes d’aide et les critères d’éligibilité prévus notamment pour les TPME. L’objectif affiché est de rapprocher l’investisseur potentiel de l’écosystème local et de l’accompagner depuis la préparation du projet jusqu’à sa concrétisation.
Des transferts qui continuent de progresser
Cette volonté de renforcer l’investissement des MRE s'appuie d'abord sur leur poids financier dans l’économie nationale.
En 2025, leurs transferts ont dépassé 122 milliards de dirhams. Et la dynamique s’est encore accélérée depuis le début de l’année : à fin juin 2026, les transferts ont atteint 61,48 milliards de dirhams, contre 55,95 milliards un an auparavant, soit une progression de 9,9%.
Le montant est considérable. Mais transfert et investissement ne recouvrent pas la même réalité. Une grande partie de ces fonds continue naturellement de répondre à des besoins familiaux : dépenses courantes, santé, logement ou soutien aux proches.
L'enquête nationale sur la migration internationale menée par le HCP en 2018-2019, qui reste l'une des études détaillées disponibles sur l'utilisation de ces fonds, montrait ainsi que 75,2% de l'argent envoyé par les MRE interrogés servait aux dépenses quotidiennes du ménage d'attache au Maroc.
Autrement dit, considérer les quelque 120 milliards de dirhams transférés chaque année comme un réservoir directement mobilisable pour financer des entreprises serait trompeur. Ces transferts remplissent d'abord une fonction sociale et familiale majeure.
Le potentiel économique existe néanmoins au-delà de ces flux.
L'immobilier reste le premier réflexe
Le principal enjeu consiste plutôt à diversifier la manière dont les Marocains du monde investissent leur épargne au Maroc.
Les données du HCP donnent, là encore, un ordre de grandeur utile, même si elles reposent sur une enquête réalisée il y a plusieurs années. À l'époque, seuls 2,9% des migrants interrogés déclaraient avoir réalisé un projet d'investissement au Maroc. Parmi ceux qui avaient investi, 40,7% s'étaient tournés vers l'immobilier, devant l'agriculture (19%), la construction (16,6%), le commerce (5,5%) et les cafés-restaurants (4,5%). En intégrant la construction et l'acquisition de terrains non agricoles, l'immobilier au sens large représentait 60,4% des investissements recensés.
Le choix est assez logique. Pour un Marocain vivant à plusieurs milliers de kilomètres, acheter un appartement ou un terrain est souvent plus simple à appréhender que créer et suivre une entreprise. L'immobilier répond aussi à une logique patrimoniale, à la préparation d'un éventuel retour ou simplement au souhait de conserver un actif dans le pays d'origine.
L'investissement productif suppose, lui, davantage d'informations sur le marché, un suivi administratif, un financement, des partenaires locaux et parfois une présence régulière sur place.
C'est précisément sur cette distance que les dispositifs actuels cherchent à agir.
L’enjeu de l’après-été
Dans l'enquête du HCP, l'insuffisance de capital arrivait en tête des raisons invoquées pour ne pas investir au Maroc, citée par 38,9% des répondants. Les procédures administratives compliquées et la corruption arrivaient ensuite à 21,5%, devant le manque d'appui financier ou d'incitations fiscales, à 8,6%.
Depuis, l'environnement institutionnel de l'investissement a évolué, avec la réforme des CRI et l'entrée en vigueur de la nouvelle Charte de l'investissement. La Semaine organisée du 10 au 13 août s'inscrit directement dans ce dispositif : information sur les incitations, accompagnement personnalisé, présentation de projets régionaux et mise en relation avec les acteurs locaux.
La période est également particulière. Les infrastructures, l'énergie, le numérique, le tourisme, l'eau ou encore les chantiers liés à l'horizon 2030 multiplient les besoins d'investissement et de compétences. Le gouvernement cherche ainsi à ne plus aborder la diaspora uniquement sous l'angle des transferts de fonds, mais également sous celui du capital, de l'entrepreneuriat et du savoir-faire acquis à l'étranger. Le Département des MRE estime aujourd'hui à plus de 6,1 millions le nombre de Marocains vivant à travers le monde.
La réussite de cette politique ne se mesurera toutefois pas au nombre de rencontres organisées au mois d'août. Le véritable indicateur sera la capacité à transformer les intentions en projets effectivement réalisés, puis à accompagner ces investisseurs une fois retournés dans leur pays de résidence.
Car si l'été reste le moment où le lien avec le Maroc est le plus visible, le passage du retour au pays à l'investissement se joue, lui, toute l'année.