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Retour des pluies : L’étau économique se desserre

Retour des pluies : L’étau économique se desserre

Les précipitations abondantes de cette saison ont mis fin à un cycle de sécheresse qui pesait lourdement sur l’économie nationale. Cette situation favorable améliore les perspectives de croissance à court terme, mais montre également combien la trajectoire économique du Royaume reste suspendue à la variabilité climatique.

 

Par D. William

Après une longue sécheresse, le Maroc connaît actuellement une belle embellie hydrique. Avec un taux de remplissage des barrages qui dépasse 55% et des réserves en eau de plus de 9,26 milliards de m³ au 28 janvier, le pays retrouve une marge de manœuvre que beaucoup n’osaient plus espérer il y a encore un an. Rappelons qu’à la même période en 2025, les stocks étaient inférieurs de près de moitié.

Cette bascule quantitative est d’abord un fait climatique. Mais ses répercussions sont économiques, budgétaires et sociales. Car au Maroc, l’eau reste le premier carburant de la croissance. En effet, l’amélioration des ressources hydriques reconfigure immédiatement la campagne agricole. Les semis ont été rattrapés, les emblavures étendues, les pâturages régénérés et la reconstitution du cheptel engagée dans de meilleures conditions.

Le haut Commissariat au Plan (HCP) table ainsi sur une progression de plus de 10% de la valeur ajoutée agricole en 2026. Ce seul chiffre suffit à rappeler une réalité structurelle: malgré la montée en puissance des secteurs non agricoles, la trajectoire du PIB national demeure sensible au ciel. Une bonne pluviométrie accélère la croissance, alors qu’une sécheresse la comprime. Le Maroc vit donc encore au rythme de cette variabilité.

Cette dépendance s’explique par le poids économique et social de l’agriculture. Elle représente autour de 13% du PIB en moyenne et emploie près de quatre actifs sur dix, principalement en milieu rural. Quand la campagne agricole est bonne, l’ensemble de la demande intérieure s’en ressent. Quand elle est mauvaise, la croissance ralentit, les revenus ruraux chutent, les tensions sociales s’exacerbent et l’Etat est appelé à intervenir. Les années de sécheresse récente en ont donné une démonstration coûteuse.

Plans d’urgence, subventions à l’alimentation du bétail, aides directes aux agriculteurs ou encore importations massives de céréales sont autant de filets de sécurité budgétivores qui ont été déployés. Rien qu’en 2022, le plan anti-sécheresse mis en œuvre a mobilisé 10 milliards de dirhams. Ces dépenses imprévues pèsent sur le déficit, mobilisent des ressources qui auraient pu être orientées vers l’investissement productif et réduisent les marges budgétaires de l’Etat.

Un modèle encore fragile

C’est dire que que les précipitations actuelles offrent donc un double dividende. D’abord, elles soutiennent directement la production agricole et contribuent indirectement à la consolidation budgétaire. Ensuite, elles viennent renforcer les prévisions de croissance autour de 5% en 2026, portées à la fois par la reprise agricole et par la bonne tenue des secteurs non agricoles (industrie, BTP et services) dopés par l’investissement et les grands chantiers d’infrastructures. Mais ce sursaut hydrique ne doit pas masquer la fragilité du modèle économique actuel.

La dépendance de la croissance marocaine au climat est bien présente, quand bien même elle a été atténuée par la progression du PIB non-agricole. Standard Chartered anticipe d’ailleurs une croissance de 4,5% en 2026 tirée principalement par les services et l’industrie, preuve que la diversification avance.

Toutefois, le secteur agricole conserve un pouvoir de perturbation élevé sur l’ensemble des indicateurs macroéconomiques. Les précipitations abondantes enregistrées par le Royaume renforcent aussi une autre lecture : la politique des barrages et des infrastructures hydrauliques a permis de capter efficacement l’abondance pluviométrique. Plusieurs ouvrages sont aujourd’hui remplis à 100%. Cette capacité de stockage protège l’approvisionnement en eau potable, sécurise l’irrigation et réduit la vulnérabilité immédiate.

Mais elle pose aussi une question de gouvernance : comment gérer cette ressource dans la durée, face à des cycles climatiques de plus en plus erratiques ? Car l’épisode 2025-2026, aussi favorable soit-il, reste exceptionnel après sept années de sécheresse quasi continue. La tentation serait grande d’y voir un retour durable à la normale.

Mais l’histoire récente invite plutôt à la prudence. Le changement climatique accroît la fréquence des chocs, alternant périodes de stress hydrique sévère et épisodes de précipitations intenses. La sécurité hydrique devient ainsi une variable stratégique de la sécurité économique. Et tant que l’agriculture restera fortement tributaire de la pluviométrie, la croissance marocaine conservera une part d’imprévisibilité. 

 

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