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Souveraineté économique: La guerre qu’il faut gagner

Souveraineté économique: La guerre qu’il faut gagner

Objectif : réduire autant que possible la dépendance du Maroc vis-à-vis de l’étranger.

Cela commence par repenser les modèles économiques de nombreux secteurs afin de les prémunir contre les chocs externes.

 

Par D.W

La crise sanitaire a profondément remis en cause les théories et autres croyances économiques établies. La souveraineté, qu’elle soit énergétique, alimentaire, sanitaire, industrielle, numérique… dépasse désormais le cadre d’un slogan politicien creux pour devenir un enjeu de développement majeur. Car en mettant à nu les imperfections de l’univers multidimensionnel de la mondialisation, la pandémie a brutalement réveillé les consciences.

Et, partout, les dirigeants des pays se sont appropriés des concepts qui meublaient jadis les discours de ceux qu’on qualifiait de «populistes». Ainsi, aujourd’hui, défendre le principe de la préférence nationale et favoriser le protectionnisme participent de ce qu’on appelle fièrement le patriotisme économique.

Le Maroc n’échappe pas à cette nécessité. Objectif  : réduire autant que possible sa dépendance vis-à-vis de l’étranger. C’est la guerre qu’il faut gagner. Et le Roi a déjà fixé le cap, puisqu’il a appelé à «la création d’un dispositif national intégré ayant pour objet la réserve stratégique de produits de première nécessité, notamment alimentaires, sanitaires et énergétiques et à la mise à jour continue des besoins nationaux en la matière».

 

Le conflit en Ukraine, un accélérateur

Alors que les économies laminées par la pandémie liée à la Covid-19 luttent encore pour se refaire une santé, la guerre russo-ukrainienne est venue accentuer les tensions sur les chaînes de valeur mondiales.

Les équilibres précaires de l’économie mondiale sont ainsi secoués par un conflit qui a exacerbé les tensions sur les prix des produits énergétiques et alimentaires. Et l’onde de choc se ressent partout, surtout au niveau des pays importateurs de produits énergétiques (pétrole, gaz…) et de céréales comme le Maroc.

Rien que pour le mois de janvier, les achats de blé du Royaume ont atteint 2,6 Mds de DH contre 901 MDH en janvier 2021, sanctionnés par une hausse des prix de 21,3% (3.238 DH/T à fin janvier 2022 contre 2.669 DH/T à fin janvier 2021).

De même, les charges de compensation ont augmenté de 2,4 milliards de dirhams à fin février 2022, en liaison notamment avec la hausse du cours du gaz butane qui a atteint une moyenne de 856 $/T contre près de 539 $/T à fin février 2021.

Si la pandémie a servi d’électrochoc pour asseoir la souveraineté comme socle de développement, les perturbations géopolitiques internationales, en général, et le conflit ukrainien, en particulier, doivent servir d’accélérateur pour des transformations structurelles majeures devant permettre à l’économie nationale de moins prêter le flanc à ces facteurs exogènes.

Et l’on s’y achemine, puisque la notion de souveraineté est désormais reprise en chœur par l’équipe gouvernementale.

Selon le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Mohamed Sadiki, la souveraineté alimentaire est au cœur de la stratégie agricole du gouvernement marocain.

La problématique du système alimentaire occupe d’ailleurs un rôle central dans la stratégie Generation Green arrêtée pour la prochaine décennie.

Cette stratégie consolide cette souveraineté alimentaire «par rapport à la production nationale, en harmonie avec les potentialités qu'offrent les régions et les territoires marocains», a-t-il fait savoir en marge de sa participation au Salon international de l’agriculture de Paris.

«Aujourd'hui, en termes de production, on a optimisé les choses. Le travail et l'effort vont maintenant être concentrés sur l'aval des filières en termes de valorisation et de transformation agroalimentaire pour pouvoir réguler le stockage et les stocks stratégiques», ajoute-t-il.

L’objectif final est de renforcer l’offre «Made in Morocco», conformément à l’ambition du Royaume de réduire de 183 à 100 Mds de DH les importations, pour produire sur le territoire national l’équivalent de 83 Mds de DH.

Dans cette perspective, le 9 mars courant, plusieurs conventions ont été signées dans l’agroalimentaire, portant sur la réalisation de 10 projets d’un montant d’investissement de plus 1,2 milliard de dirhams, qui devront générer plus de 1.500 emplois directs et 2.400 indirects. 

De même, dans le secteur pharmaceutique, ont été signées des conventions d’investissement portant sur 3 projets d’un montant de 531,4 millions de dirhams, qui permettront de créer 280 emplois directs et 300 indirects.

A travers ces conventions, qui s'inscrivent dans le cadre du renforcement de la souveraineté alimentaire et sanitaire du Royaume, «le Made in Morocco se fraie un chemin sûr vers le succès», assure à cet effet, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour.

Convenons-en : le chemin vers la souveraineté économique sera néanmoins long. Et les premiers virages stratégiques à mener seront de repenser les modèles économiques de nombreux secteurs afin de les rendre plus résilients face aux chocs externes, qu’ils soient sanitaires ou géopolitiques. 

 

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