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Bassirou Diomaye Faye: Le triomphe de l’inattendu

Bassirou Diomaye Faye: Le triomphe de l’inattendu

L'élection présidentielle au Sénégal : une saga politique aux rebondissements aussi saisissants qu'un roman épique. Ni plus ni moins. Dans cette théâtralité de la démocratie, un protagoniste émerge des limbes de l'opposition pour accéder aux ors du pouvoir : Bassirou Diomaye Faye, qui n’a jamais occupé de fonction élective, encore moins ministérielle.

Surgissant des cendres de l'opposition, Faye cristallise les aspirations d'une bonne partie de la population sénégalaise, notamment cette jeunesse désabusée, et incarne l'espoir d'une nation assoiffée de changement.

Une nation qui ouvre un nouveau chapitre de son histoire politique, avec la défaite cuisante des ténors du pouvoir traditionnel au profit d'un candidat «antisystème».

Son ascension fulgurante met en lumière le désir du peuple de voir émerger de nouveaux visages et de nouvelles idées au sein du paysage politique. Le portrait de cet homme politique intrigue autant qu'il fascine.

À 44 ans, cet énarque, qui a posé ses baluchons à la Direction générale des impôts et domaines, accède au sommet de l'État, devenant ainsi le plus jeune Président de l'histoire du Sénégal.

Son âge en fait un symbole de la nouvelle génération politique, portant en lui l'espoir d'une rupture avec les pratiques du passé. Sa récente libération de prison après 11 mois derrière les barreaux, dans le sillage d'une loi d'amnistie, ajoute une dimension dramatique à son ascension politique.

 

Antisystème, dites-vous ?

Faye se présente comme le champion du «changement de système» et d'un panafricanisme éclairé, et ses partisans voient en lui le messie capable de secouer les fondements de l'establishment politique.

Mais dans cet élan de renouveau, l'ambiguïté demeure quant à la signification réelle du terme «antisystème», que son camp et lui revendiquent âprement. Sachant que tous, à des degrés et échelles divers, ont bénéficié, à un moment ou un autre, du système, cette posture semble plus être une stratégie de communication.

De même, ses discours qui convoquent les promesses de restauration de la souveraineté nationale, la lutte contre la corruption et une meilleure répartition des richesses, sont autant d’objectifs en phase avec une population désireuse de reprendre le contrôle de son destin.

Cependant, ses assertions restent parfois énigmatiques, laissant planer le doute sur la substance concrète de ses propositions.

 

L’espoir de toute une jeunesse

Bassirou Diomaye Faye sera-t-il à la hauteur de la tâche qui l'attend, ou sa victoire ne sera-t-elle qu'un chapitre éphémère dans le microcosme politique sénégalais ?

Car, derrière les slogans enflammés et les discours envoûtants, se cachent des défis socioéconomiques colossaux, notamment le chômage endémique et un endettement public important, avec un ratio dette publique/PIB qui a grimpé à environ 79,6% l'année dernière, dopé par les investissements massifs dans les infrastructures.

Au seuil d'un changement potentiellement radical, le peuple sénégalais se tient donc, à l’évidence, en équilibre, entre l'espoir d'un avenir meilleur et la crainte des désillusions à venir.

Faye incarne en effet l'espoir pour une jeunesse en quête d'opportunités face à un taux de chômage élevé, qui tourne autour de 20% en 2023. Malgré les progrès économiques réalisés ces dernières années, le Sénégal, avec une population où 50% ont moins de 19 ans et 75% moins de 35 ans, demeure confronté à une crise de l'emploi qui frappe particulièrement la jeunesse.

Le programme de Diomaye Faye, sobrement intitulé «Le Projet» et articulé entre autres autour de la formalisation du secteur informel et de l'insertion professionnelle des jeunes, promet des lendemains radieux.

Mais le réalisme impose de se demander si ces promesses sont réalisables ou s'il s'agit simplement d'une rhétorique électorale bien ficelée, destinée à séduire les électeurs.

En tout cas, il devra trouver un équilibre délicat entre la poursuite du développement économique et la gestion prudente des finances publiques, afin de créer les conditions d’une croissance inclusive susceptible d’absorber la masse de jeunes qui se retrouvent chaque année sur le marché du travail, mais aussi ceux qui usent, depuis fort longtemps, leurs pantalons sur les bancs du chômage.

Il semble utile de le rappeler de temps à autre : au-delà des promesses électorales, se profile l'ombre des déceptions passées. L'histoire politique regorge d'hommes et de femmes qui, une fois au pouvoir, ont oublié les engagements pris lors des campagnes électorales, choisissant de faire de leurs électeurs de parfaits cocus.

En cela, les dissonances entre les discours flamboyants pré-électoraux et les réalités post-électorales doivent servir de marqueur aux citoyens sénégalais, appelés à être vigilants face aux promesses mirifiques des politiciens.

Dès lors, Bassirou Diomaye Faye doit s’inspirer de l’histoire politique récente du Sénégal pour tirer les bons enseignements de cette alternance, qui marque la maturité d'une nation résolument engagée sur la voie du progrès  : ces citoyens qui portaient en bandoulière le dégagisme en 2012 et ont délogé Abdoulaye Wade pour installer Macky Sall, sont les mêmes qui, aujourd’hui, se sont retournés contre ce dernier parce que déçus et désabusés, pour le porter, lui, le novice en politique, en triomphe….

Alors, à lui de prouver que les Sénégalais ont voté pour lui et non contre Macky Sall, afin que les livres d’histoire ne donnent à lire : «Bassirou Diomaye Faye, président par défaut». Voire… par accident.

 

Par D. William

 

 

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