Le Premier président de la Cour des comptes, Zineb El Adaoui, a livré, mardi devant les deux Chambres du Parlement, une intervention dense et structurée, dressant un état des lieux approfondi de l’action des juridictions financières, tout en esquissant les grands chantiers à venir en matière de gouvernance publique, de développement territorial et de protection sociale.
Au cœur de son exposé, El Adaoui a réaffirmé l’attachement des juridictions financières à la consolidation du sentiment de sécurité judiciaire et financière, considéré comme un levier essentiel pour renforcer la confiance des citoyens dans les institutions et améliorer l’efficacité des politiques publiques.
Dans un contexte national marqué par de multiples réformes structurelles, elle a souligné la détermination de la Cour à poursuivre le perfectionnement de ses méthodologies de travail afin d’accompagner la dynamique de développement en cours dans le Royaume.
La Premier président a insisté sur le rôle des juridictions financières dans la lutte contre la corruption, tout en précisant que leur action vise également à protéger les gestionnaires publics, en distinguant clairement les erreurs de gestion des infractions pénales.
Elle a rappelé que les affaires relatives à la discipline budgétaire et financière ne portent pas atteinte à l’intégrité des personnes concernées, soulignant que les dommages liés à une perception exagérée de la corruption peuvent être aussi préjudiciables que la corruption elle-même.
Dans ce cadre, El Adaoui a appelé à éviter toute interprétation erronée ou exploitation politique des travaux de la Cour, notamment à l’approche des prochaines échéances électorales, afin de préserver la crédibilité des institutions et la confiance dans le processus démocratique.
Réformes institutionnelles et rayonnement international
Sur le plan institutionnel, El Adaoui a annoncé que les juridictions financières travaillent actuellement à l’élaboration de leurs orientations stratégiques pour la période 2027-2031, parallèlement à l’examen d’un projet de loi portant réforme des juridictions financières, actuellement au Secrétariat général du gouvernement.
Ce projet vise à adapter les procédures aux normes d’efficacité et aux principes du procès équitable, en tenant compte des évolutions de la gestion publique.
Elle s’est également félicitée du rayonnement international de la Cour des comptes, illustré par son accession à des postes de responsabilité au sein de l’Organisation africaine des institutions supérieures de contrôle des finances publiques (AFROSAI) et de l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle financier à fonctions juridictionnelles (JURISAI).
Abordant la question de la mise à niveau des territoires, El Adaoui a plaidé pour l’adoption d’une stratégie foncière nationale intégrée, afin de faciliter l’accès au foncier pour les investisseurs et de garantir la cohérence des interventions publiques.
Elle a insisté sur la nécessité de récupérer les biens immobiliers publics spoliés ou exploités illégalement, y compris par des mesures coercitives lorsque cela s’avère nécessaire.
La Premier président a également mis en avant le potentiel énergétique des territoires, rappelant que si les énergies renouvelables représentaient 45,3% du mix électrique en 2024, leur contribution effective à la production d’électricité restait limitée à 26,7%.
Elle a, à ce titre, recommandé d’accélérer les investissements dans le solaire et dans les infrastructures de transport, notamment le projet d’«autoroute électrique» reliant Dakhla à Casablanca.
Capital humain et formation
Considérant les ressources humaines comme un pilier fondamental du développement, El Adaoui a appelé à l’élaboration d’une stratégie nationale de mise à niveau de la fonction publique territoriale, intégrant des mécanismes incitatifs pour attirer et stabiliser les compétences.
Elle a également évoqué la nécessité d’une meilleure coordination entre l’Etat et les régions, dans le cadre de la régionalisation avancée.
Concernant la formation professionnelle, elle a rappelé les avancées et les retards enregistrés dans la réalisation des Cités des Métiers et des Compétences, tout en appelant à une contractualisation renforcée entre l’État et l’OFPPT, afin de sécuriser le financement et d’assurer un suivi rigoureux des résultats.
Sur le volet social, El Adaoui a présenté un diagnostic détaillé du chantier royal de la protection sociale, mettant en lumière les déséquilibres financiers affectant les régimes de l’Assurance maladie obligatoire (AMO). Bien que près de 31,94 millions de personnes soient enregistrées à fin 2024, le taux de couverture réelle demeure limité à environ 70%.
Elle a alerté sur l’augmentation rapide des dépenses, l’insuffisance des mécanismes de maîtrise des coûts et la fragilité financière de certains régimes, appelant à une mise à jour des mécanismes de ciblage des bénéficiaires et à la diversification des sources de financement durables.
Enfin, El Adaoui a replacé l’action des juridictions financières dans le cadre plus large de la conjoncture nationale, marquée par la poursuite de la mise en œuvre des hautes orientations royales visant à garantir un développement inclusif et équitable dans toutes les régions du Royaume.
Elle a souligné que le tournant historique de la question de l’intégrité territoriale ouvre de nouvelles perspectives d’investissement, notamment dans les provinces du Sud.
Concluant son intervention, la Premier président de la Cour des comptes a appelé à une mobilisation collective, responsable et citoyenne, afin de consacrer les acquis institutionnels, renforcer la confiance dans les institutions et accompagner durablement la dynamique de développement du Maroc.