En présidant, mercredi 4 novembre, une séance de travail consacrée à l’après-Minurso, le Roi Mohammed VI a fixé les priorités d’une nouvelle étape dans le dossier du Sahara. Sécurité nationale, respect du cessez-le-feu, coopération avec les Nations unies et poursuite des grands projets de développement constituent les piliers de cette stratégie.
Trente-cinq ans après son déploiement, la mission onusienne a cessé ses opérations. Une évolution majeure dans un dossier qui a longtemps rythmé l'agenda diplomatique du Royaume et mobilisé une part considérable de son énergie politique.
Mais au-delà de sa portée symbolique, cette nouvelle donne soulève une interrogation fondamentale : que faire de cet acquis diplomatique et comment en assurer la pérennité ?
La séance de travail présidée mercredi 4 novembre par le Roi Mohammed VI au palais royal de Rabat apporte de premiers éléments de réponse. Et le message qui s'en dégage est sans ambiguïté : le Maroc entend aborder l'après-Minurso avec fermeté sur les principes, vigilance sur le plan sécuritaire, responsabilité dans ses rapports avec les Nations unies et détermination dans la poursuite du développement des provinces du Sud.
Quatre exigences qui dessinent les contours d'une nouvelle étape. Car si la fin du mandat de la Minurso modifie profondément les paramètres du dossier, elle ne dispense nullement le Royaume de gérer les défis politiques, sécuritaires et économiques qui subsistent. D’autant que cette fin de mission ne règle pas toutes les dimensions du différend.
La fermeté sans la rupture
Ainsi, la première leçon de la réunion royale tient à la hiérarchie des priorités.
Le communiqué du cabinet royal place au premier rang le respect de l'intégrité territoriale, la sécurité nationale et la quiétude des citoyens, particulièrement ceux des provinces du Sud. Le Souverain a donné des instructions pour que ces orientations soient mises en œuvre avec fermeté et vigilance, chacun dans son domaine de compétence.
La présence, lors de cette séance, de la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, du ministre de l'Intérieur Abdelouafi Laftit, du conseiller royal Fouad Ali El Himma, et du Général de corps d'armée, Mohammed Berrid, Inspecteur général des Forces armées royales et Commandant la Zone Sud, illustre le caractère transversal de cette nouvelle étape.
Le dossier du Sahara demeure une question de souveraineté, mais sa gestion exige une articulation permanente entre décisions politiques, impératifs sécuritaires et action gouvernementale.
Pour autant, Rabat ne semble pas vouloir inscrire cette nouvelle étape dans une logique de rupture avec l'organisation internationale. Bien au contraire.
Le Roi a réaffirmé l'attachement du Maroc au cessez-le-feu, indépendamment de la disparition du dispositif onusien qui était chargé d'en surveiller le respect.
Une précision loin d'être anodine, car elle signifie que le Royaume entend dissocier la fin du mandat de la Minurso de ses propres engagements en faveur de la stabilité régionale.
Dans une région où les tensions demeurent réelles, cette position constitue un signal adressé aussi bien aux partenaires internationaux qu'aux autres protagonistes du différend.
La fermeté sur la souveraineté n'exclut donc ni la retenue ni la coopération.
Autre décision significative de la réunion du 4 novembre : les instructions royales confient au Bureau de coordination avec la Minurso, relevant du ministère de l'Intérieur, la mission d'accompagner et de faciliter les opérations de liquidation et de retrait de la mission. Cette disposition administrative renferme un enjeu politique et diplomatique autrement plus important.
En effet, le Maroc aurait pu considérer que la non-reconduction du mandat suffisait à clore le chapitre de sa coopération opérationnelle avec la mission. Il a choisi, au contraire, d'organiser et de faciliter son départ.
Ce choix mérite d'être souligné, puisqu’il traduit une volonté de maîtriser la transition, d'éviter les frictions inutiles et de préserver une relation constructive avec les Nations unies.
Reste une question de fond : quels mécanismes permettront, à l'avenir, de prévenir les incidents et de limiter les risques d'escalade dans une zone où le cessez-le-feu demeure un engagement politique et sécuritaire majeur ?
La réponse ne dépend pas uniquement de Rabat. Mais le Maroc aura intérêt à démontrer qu'il demeure un acteur de stabilité, même en l'absence de la mission onusienne.
Le développement, véritable juge de paix
La séance royale a également réaffirmé une orientation qui mérite une attention particulière : la poursuite du projet de développement des provinces du Sud et des grands chantiers structurants qui l'accompagnent. C'est probablement sur ce terrain que la nouvelle étape prendra sa dimension la plus concrète.
Depuis plusieurs années, le Maroc mobilise des investissements considérables pour transformer les provinces sahariennes en pôles économiques capables de rayonner au-delà de leurs frontières.
Infrastructures routières, équipements portuaires, projets énergétiques, zones d'activités et programmes sociaux constituent les principaux leviers de cette ambition. En témoigne le futur port de Dakhla Atlantique, qui pourrait devenir un point d'ancrage de nouvelles chaînes logistiques et industrielles, un levier d'attractivité pour les investisseurs et un instrument d'intégration économique africaine.
D’ailleurs, le développement des provinces du Sud s'inscrit dans une vision géoéconomique plus large.
A travers sa façade atlantique, le Maroc ambitionne de renforcer les connexions entre son économie, les pays du Sahel et les marchés internationaux.
Dans cette perspective, les provinces sahariennes pourraient progressivement s'affirmer comme une plateforme d'échanges, de logistique, d'énergie et d'investissements à l'échelle africaine.
Cette ambition est cohérente avec la stratégie d'ouverture du Royaume sur son continent. Mais elle suppose de franchir une étape supplémentaire : celle d'une implication plus importante du secteur privé.
L'investissement public peut construire les infrastructures et préparer le terrain, mais ne peut, à lui seul, garantir l'émergence d'une économie régionale diversifiée et compétitive.
Banques, assurances, industriels, opérateurs logistiques, investisseurs institutionnels et PME devront prendre une part croissante dans cette dynamique.
Cela nécessitera un environnement des affaires attractif, des compétences adaptées, une meilleure intégration des entreprises locales et des perspectives de rentabilité suffisamment solides pour attirer des capitaux sur le long terme.
Le défi est considérable. Mais il est aussi à la mesure des ambitions affichées.
L'après-MINURSO ne sera donc pas simplement une affaire de souveraineté ou de géopolitique. Il sera aussi une affaire d'emplois, d'investissements, de gouvernance et de confiance.
Et c'est peut-être là que réside le véritable changement de paradigme.
F. Ouriaghli