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PPS : Un «pacte de dignité» à 575 milliards de dirhams pour gouverner le Maroc

PPS : Un «pacte de dignité» à 575 milliards de dirhams pour gouverner le Maroc

Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) décline, dans son programme de gouvernement 2027-2031, une feuille de route particulièrement dense. Avec l’ambition de remettre l’Etat social et l’investissement public au centre du modèle de développement.

Le PPS met les chiffres sur la table. Et ils sont imposants. Son programme de gouvernement pour la période 2027-2031 prévoit environ 574,4 milliards de dirhams de dépenses budgétaires supplémentaires sur cinq ans.

En face, le parti estime pouvoir mobiliser 621,5 milliards de dirhams de recettes additionnelles, soit un solde cumulé positif d'un peu plus de 47 milliards de dirhams. 

Au-delà de cette arithmétique budgétaire, se dessine surtout un projet politique. Le document est organisé autour de quatre axes : développement humain, économie et écologie, démocratie et moralisation de la vie publique et positionnement géopolitique du Royaume. 

Le fil rouge est résumé par Mohamed Nabil Benabdallah, secrétaire général du parti, sous la formule de «pacte national de la dignité» : reconstruire les classes moyennes, protéger les populations vulnérables, favoriser l'émancipation de la jeunesse, instaurer une égalité effective entre les femmes et les hommes et renforcer les services publics. 

Santé et éducation : le retour en force du public

C'est probablement sur le terrain social que le PPS affiche ses ambitions les plus fortes. En matière de santé, le parti fait de «l'hôpital public d'abord» son principe directeur.

Il prévoit notamment de porter à plus de 50% la part des dépenses de santé consacrée à l'hôpital public et aux fondations, de recruter 15.000 médecins et 33.500 infirmiers et de créer 9.000 lits supplémentaires.

Il promet également la généralisation de l'AMO, dès fin 2028, aux 8,5 millions de Marocains qu'il considère encore exclus du dispositif et veut ramener le reste à charge des ménages à 25% au maximum. L'effort additionnel annoncé atteint 47 Mds de DH sur cinq ans. 

Même volontarisme dans l'éducation. Le PPS prévoit une enveloppe supplémentaire de 118 Mds de DH, le recrutement de 18.000 enseignants par an dans le primaire et le collège, l'équipement de 30.000 classes supplémentaires et la réduction de moitié du décrochage scolaire. 
Il ambitionne parallèlement de porter les dépenses de recherche et développement à 1,5% du PIB et de faire entrer au moins une université publique marocaine dans le Top 500 mondial. 

Sur le front social, l'objectif phare tient en un chiffre : un million d'emplois en cinq ans, avec pour ambition de ramener le chômage national de 13% à moins de 10%.

Le PPS propose également de relever de 15% le SMIG, le SMAG et les salaires des fonctionnaires, en deux étapes, puis d'indexer les revalorisations salariales sur l'inflation. 

Le «bouclier social» destiné aux ménages en situation de pauvreté multidimensionnelle serait porté à 1.000 DH par mois, tandis qu'une allocation de rentrée scolaire de 1.000 DH par enfant serait instaurée pour les familles à revenu modeste. 

L'indemnité pour perte d'emploi serait, elle, versée jusqu'à douze mois, avec un plafond de 7.500 DH mensuels. 

Le dossier des retraites n'est pas éludé. Le parti promet des Assises nationales de la retraite dans les six premiers mois de la mandature, avec l'objectif affiché de garantir la soutenabilité des régimes. Le programme prévoit par ailleurs que la pension minimale soit alignée sur le SMIG. 

Une politique industrielle beaucoup plus offensive

Sur le terrain économique, le PPS assume une doctrine de «souveraineté productive». Il veut porter la contribution de l'industrie à 20% du PIB, créer 500.000 emplois industriels nets, atteindre un taux d'intégration locale de 60% et réduire de moitié le déficit commercial pour le ramener à 10% du PIB. 

Le parti propose même un audit des accords de libre-échange, suivi, le cas échéant, de négociations pour leur révision. 

La stratégie passe également par la réhabilitation de 20 zones industrielles sous-utilisées, la création de cinq nouvelles zones dans les secteurs d'avenir, le financement de la recherche industrielle à travers le PNARDI à hauteur de 1 Md de DH par an et la constitution de douze clusters territoriaux ou sectoriels. 

Pour les entreprises, le PPS veut parallèlement combattre les situations oligopolistiques, intégrer 20% des unités informelles dans le secteur formel et créer 15.000 TPME par an. 

Reste la question qui accompagne inévitablement un programme de cette ampleur : qui paie ?
La réponse du PPS tient largement dans la fiscalité.

Le parti estime pouvoir dégager plus de 600 Mds de DH de recettes fiscales supplémentaires sur la mandature en élargissant l'assiette, en réduisant les dépenses fiscales et en renforçant la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales. 
La réforme proposée est fortement redistributive.

Le seuil d'exonération de l'IR serait relevé à 60.000 DH, tandis qu'une tranche de solidarité de 40% serait instaurée pour les revenus supérieurs à 500.000 DH par an. 

Le taux d'IS des TPE réalisant moins de 500.000 DH de bénéfice serait ramené à 10%. A l'autre bout du spectre, le PPS propose un impôt de solidarité sur la fortune, avec des taux progressifs allant de 0,3% à 0,5%. 

Le montage financier est toutefois progressif. Les projections du parti font apparaître des déficits additionnels de 41,2 Mds de DH en 2027 puis 18,8 Mds de DH en 2028, avant un retour à des soldes positifs à partir de 2029. Sur l'ensemble de la mandature, le PPS aboutit à son excédent cumulé de 47,1 Mds de DH. 

Eau, énergie et agriculture : changer de modèle

L'autre inflexion importante concerne l'environnement. Face au stress hydrique, le PPS propose de porter la capacité de dessalement à 1,7 milliard de m³ par an, de réutiliser 50% des eaux usées traitées et de ramener les pertes dans les réseaux hydrauliques sous les 20%.

Sur l'énergie, l'objectif est de porter les renouvelables à 55% de la capacité électrique installée, d'ajouter 4 GW de capacités et de réduire la dépendance énergétique extérieure de 90% à 80%.

L'enveloppe supplémentaire annoncée pour la transition énergétique, l'eau et la justice climatique s'élève à 40 Mds de DH. 

La doctrine se prolonge dans l'agriculture. Le PPS veut notamment réduire de 25% la consommation d'eau agricole, augmenter de 50% l'irrigation localisée et réorienter la politique agricole vers les cultures considérées comme stratégiques (céréales, huiles végétales et sucre), avec l'objectif de porter de 40 à 50% le taux de couverture des besoins alimentaires de base par la production nationale. 

Le programme ne se limite cependant pas à l'économie. Le PPS fait de la gouvernance et de la moralisation de la vie publique un axe politique à part entière.

Une charte éthique impose aux responsables du parti nommés à de hautes fonctions la transparence patrimoniale, la prévention des conflits d'intérêts et la reddition des comptes. 

La déclaration de patrimoine et d'intérêts devrait être publiée dès la prise de fonction et renouvelée chaque année. 
A l'échelle de l'État, le PPS propose une loi de moralisation de la vie publique, l'interdiction pour les membres du gouvernement de conserver le contrôle effectif d'entreprises privées et la création d'une task-force contre la fraude et la corruption électorales. 

Le programme entend également élargir les libertés publiques, renforcer l'indépendance des médias et revoir les dispositions du Code pénal susceptibles, selon le parti, de criminaliser l'expression d'opinion. 

Au fond, le document du PPS ne cherche guère à masquer son orientation. Là où d'autres programmes électoraux peuvent privilégier des formulations suffisamment larges pour ménager plusieurs lectures, celui-ci multiplie les engagements chiffrés et assume une intervention accrue de l'Etat.

Plus de dépenses publiques dans la santé et l'éducation, hausse des salaires, bouclier social renforcé, politique industrielle volontariste, fiscalité plus progressive, régulation des rentes, protection des services publics : le programme proposé est celui d'un Etat social, stratège et régulateur, combiné à une économie productive dans laquelle l'entreprise privée conserve sa place.

C'est aussi ce qui permettra de juger ce programme sur pièces. Car en annonçant 575 Mds de DH de dépenses nouvelles tout en promettant 622 Mds de DH de ressources supplémentaires et un excédent cumulé de 47 Mds de DH, le PPS prend un risque politique intéressant : celui de rendre ses promesses mesurables. 

Et c'est peut-être là que se situe le véritable enjeu de cette feuille de route 2027-2031. 

Par D. W.

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