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Retrait d’Akhannouch de la présidence du RNI : Une transition plutôt qu’une rupture

Retrait d’Akhannouch de la présidence du RNI : Une transition plutôt qu’une rupture

L’annonce du retrait d’Aziz Akhannouch de la présidence du Rassemblement national des indépendants (RNI) intervient à un moment politique particulièrement sensible. À la veille d’une échéance électorale déterminante et dans un contexte international marqué par de lourds enjeux pour le Royaume, cette décision a immédiatement suscité interrogations et interprétations.

 

Par R. Mouhsine

La déclaration d’Aziz Akhannouch de ne pas se représenter à la tête du parti s’inscrit dans la continuité d’un usage politique au Maroc, celui qui veut qu’un chef de gouvernement n’exerce pas plus d’un mandat à la présidence de son parti», explique la politologue Khadija Lemouir.

Un geste qui, selon elle, n’a rien d’exceptionnel, mais qui prend une dimension particulière du fait du calendrier électoral et des défis auxquels le pays est confronté. Mais si Akhannouch quitte officiellement la présidence du RNI, son influence demeure réelle.

La politologue insiste sur le caractère essentiellement symbolique de ce retrait. «Certes, Akhannouch a quitté la présidence du parti, mais il a laissé derrière lui de nombreux fidèles au sein du RNI. Et surtout, il reste présent dans le parti», souligne-t-elle. Dans ces conditions, parler d’une rupture ou d’un dépassement de «l’ère Akhannouch» n’a, selon elle, que peu de sens.

«Le pari du dépassement de la phase Akhannouch n’est pas réellement posé. On est davantage face à une continuité implicite», affirme Khadija Lemouir, rappelant que l’absence de concurrence dans la course à la succession confirme l’existence de solides consensus internes destinés à préserver la cohésion du parti. La candidature unique de Mohamed Choukri à la présidence du RNI a surpris, d’autant que plusieurs noms circulaient ces dernières semaines. Pour la politologue, ce choix n’est toutefois pas le fruit du hasard.

«La candidature de Mohamed Choukri a été surprenante, surtout après la circulation de plusieurs autres noms. Mais elle s’inscrit clairement dans une logique de consensus interne», analyse-t-elle. Ce choix traduit, selon elle, une orientation stratégique claire. «Le fait de retenir ce nom, plutôt que d’autres profils ayant déjà occupé des postes de responsabilité, montre que le RNI parie sur la prochaine échéance électorale en se positionnant au centre du jeu politique, mais avec de nouveaux visages», explique Khadija Lemouir. Une manière de renouveler l’image du parti sans remettre en cause ses équilibres internes.

L’Istiqlal, principal bénéficiaire politique

Au sein de la majorité, ce retrait pourrait profiter à d’autres formations, en particulier au parti de l’Istiqlal. «Le parti de l’Istiqlal est, à mon sens, l’un des principaux bénéficiaires du retrait d’Aziz Akhannouch de la présidence du RNI», estime la politologue. Elle rappelle que même au sein de la coalition gouvernementale, l’Istiqlal a souvent adopté une posture de distanciation. «À plusieurs moments de la mandature, le parti a cherché à se démarquer, à préserver son image et à rester à l’écart des polémiques liées à certains dossiers qui ont émergé durant l’action gouvernementale», observe-t-elle.

Une stratégie qui pourrait aujourd’hui lui permettre de «tenter de se repositionner pour aborder la prochaine échéance électorale en position de force». Pour Khadija Lemouir, il serait en revanche erroné de voir dans cette séquence la fin de la technocratie dans la vie politique marocaine.

«Il est difficile de parler d’une fin de la technocratie, car celle-ci ne date pas de l’actuelle mandature ni de l’arrivée d’Aziz Akhannouch à la tête du gouvernement», rappelle-t-elle. De même, l’idée d’une recomposition politique rapide lui paraît prématurée. «Il est encore trop tôt pour évoquer la naissance d’un nouveau bloc politique.

Les sorties actuelles des partis relèvent surtout d’une logique de préparation anticipée des élections et restent, pour l’instant, très individuelles», explique-t-elle, notant que ces prises de position peuvent parfois fragiliser la crédibilité de certains acteurs.

Restaurer la confiance politique

Au-delà des calculs partisans, la politologue insiste sur un enjeu plus profond. «Le véritable retour de la politique ne pourra se faire que par la restauration de la confiance des citoyens dans l’action politique et dans les acteurs qui la portent», explique Khadija Lemouir. Selon elle, cela passe nécessairement par le renouvellement des élites.

«Il faut donner leur chance à de nouveaux profils compétents et responsables, capables de redonner du sens à l’engagement politique et d’améliorer la qualité de l’action publique», conclutelle. Une condition indispensable, selon elle, pour réconcilier les citoyens avec le jeu politique et redonner de la crédibilité aux institutions représentatives.

 

 

 

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