La scène artistique et culturelle marocaine est de nouveau frappée par le deuil. Après la disparition du cinéaste et homme de théâtre Nabil Lahlou, puis celle du chanteur Abdelwahab Doukkali, c’est au tour de la créatrice Samira Haddouchi de tirer sa révérence.
Figure incontournable du caftan marocain haute couture, elle est décédée dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 mai 2026 à Rabat, laissant derrière elle une œuvre profondément enracinée dans l’identité marocaine et une empreinte singulière dans l’univers de la mode.
Originaire de Tanger, Samira Haddouchi avait grandi dans un environnement nourri de culture andalouse et méditerranéenne. Très tôt, elle développe une fascination pour la couture et les travaux d’aiguille.
Dans une interview accordée à Finances News Hebdo en décembre 2023, elle racontait avec émotion ses premiers pas dans cet univers : «Je dépensais mon argent de poche non pas en friandises, comme le faisaient habituellement les filles de mon âge, mais en investissant dans des crochets, de la laine, des toiles, des fils et des aiguilles».
Cette passion précoce allait rapidement se transformer en vocation. Son parcours académique témoigne d’une détermination rare : CAP, BEP, spécialisation en stylisme et modélisme au Collège LaSalle, avant un perfectionnement à la Chambre syndicale de la couture à Paris.
Première de sa promotion, elle est nommée professeure seulement quelques mois après l’obtention de son diplôme.
Au fil des années, Samira Haddouchi s’est imposée comme l’une des grandes signatures du caftan marocain.
Broderies minutieuses, coupes raffinées, matériaux nobles et parfois inattendus : ses créations racontaient un Maroc élégant, vivant et ouvert sur le monde.
Dans cette même interview, elle résumait d’ailleurs sa démarche créative en une phrase devenue emblématique de son travail : «fière de mes racines, je m'efforce de les sublimer. Je constate un manque d'appréciation de notre singularité culturelle et je m'engage à lui rendre justice à travers mes créations».
Samira Haddouchi appartenait à cette génération de créatrices qui ont contribué à faire du caftan marocain un véritable langage de mode reconnu bien au-delà des frontières nationales.
Ses créations ont habillé plusieurs personnalités du monde artistique, parmi lesquelles Whitney Houston, Haïfa Wehbé ou encore Abderrahim Souiri.
Elle avait également participé à de nombreux défilés internationaux, notamment au Carrousel du Louvre à Paris.
Son travail avait été salué par plusieurs distinctions, dont le Trophée Femme et Leadership, ainsi que des reconnaissances de l’Unesco et d’Unarts.
Mais au-delà de la styliste reconnue, beaucoup rendent hommage aujourd’hui à une femme décrite comme généreuse, passionnée et profondément attachée à l’artisanat marocain.
Sa disparition laisse un vide dans le paysage de la création marocaine.
En quelques jours seulement, le Maroc a perdu trois figures majeures de son univers culturel. Trois noms issus de disciplines différentes, mais réunis par une même passion : celle de faire rayonner la culture marocaine, chacun à sa manière, avec exigence, créativité et transmission.