La situation à Ksar El Kébir a franchi un seuil critique. Après une nuit qualifiée de cauchemardesque par les habitants, les autorités locales ont déclenché des mesures d’urgence face au risque imminent de crues majeures, ordonnant l’évacuation immédiate de plusieurs quartiers de la ville.
Dans la nuit de lundi à mardi, les résidents des quartiers Sidi Abdellah, El Ouarhani, Zkakra, d’une partie de Hay Zoubida, ainsi que de l’avenue de la prison civile, Derb Siki, Hay Al Arouba, Hay Al Mouadafine et Hay Al Amal, ont été sommés de quitter leurs logements avant 8 heures du matin, en raison de leur proximité avec une zone d’hébergement d’urgence située sur l’un des points les plus élevés de la ville.
Ces décisions ont provoqué une vague de panique parmi les familles concernées, déjà éprouvées par la montée rapide des eaux et l’incertitude quant à l’évolution de la situation.
Sur place, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une mobilisation totale de l’État afin d’assurer un hébergement digne aux habitants contraints de fuir, la majorité d’entre eux appartenant à des catégories sociales fragiles.
Sur les réseaux sociaux, les appels à la solidarité se multiplient. Des acteurs associatifs et des citoyens de Ksar El Kébir exhortent la population à respecter les consignes d’évacuation, tout en appelant les villes voisines — notamment Asilah, Tanger et Larache — à accueillir temporairement les familles sinistrées. Pour beaucoup, la ville traverse « l’épreuve la plus grave de son histoire ».
Le climat d’angoisse est renforcé par les scénarios redoutés pour les prochaines heures. Les prévisions font état d’un risque élevé de submersion de larges zones urbaines, avec des niveaux d’eau difficiles à anticiper précisément.
Selon plusieurs sources, les mesures engagées par les autorités s’inscrivent dans une logique de prévention face aux pires hypothèses possibles. Le barrage en amont serait en effet sur le point d’atteindre des niveaux de remplissage exceptionnels, conséquence directe des fortes précipitations enregistrées dans la région.
D’après des données concordantes, l’entrée en phase de déversement automatique des excédents pourrait porter le débit à 1.500 m³ par seconde, sans compter les volumes évacués par les canaux habituels. Un niveau trois fois supérieur à celui observé lors des précédentes inondations, ce qui laisserait craindre une montée des eaux pouvant atteindre trois mètres dans des quartiers où un mètre avait suffi à provoquer d’importants dégâts.
Les mêmes sources estiment qu’un scénario où l’eau atteindrait cinq mètres dans certaines zones n’est plus hypothétique, mais bel et bien plausible au vu des données actuelles.
La journée de ce mardi, ainsi que celle de mercredi, pourraient ainsi marquer les heures les plus sombres pour la ville. Les prévisions météorologiques annoncent un pic des précipitations dans les provinces de Larache, Ouazzane et Chefchaouen, dont les eaux convergent vers un barrage dont le taux de remplissage dépasserait désormais 140 %, constituant une menace directe pour Ksar El Kébir et ses environs.