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Requiem pour une femme

Requiem pour une femme

Non. Jamais. En aucune manière. Je refuse avec toute la force de mon destin d’être une femme. Pour rien au monde, je ne voudrais être une femme dans ce pays.

Pour rien au monde, je n’accepterais d’être une femme dans tous ces pays voisins de cette Arabie si arriérée, si anachronique, si à la traîne, ni dans aucune autre terre où la femme est toujours synonyme de malheur, de fatalité et de rejet. 
 
Non, je ne veux en aucun cas être une femme en terre d’Islam où l’on ne voit en moi que la moitié d’un être humain, où l’on dit de moi que je suis venue au monde avec un peu de cervelle en moins et surtout avec un peu de religiosité en moins.  Non, je m’insurge sur tout cet état de fait, consacré par le temps, consolidé par les régimes en place, conforté par tous ces hommes qui édictent à tour de bras et qui font la loi à leur guise, pour servir leurs intérêts d’hommes et de machos dans une société à plusieurs vitesses, une société où l’absurde le dispute à l’aberration. 
 
Non, je ne veux plus servir d’offrande monnayable sur l’autel des archaïsmes dans un monde arabe multi-céphale, une terre si embourbée dans le déni et la négation de la femme et de tout ce qu’elle incarne comme liberté, comme beauté et comme espoir pour les générations futures. Non, pour rien au monde, je ne voudrais donner naissance à d’autres filles qui seront condamnées de facto à être d’autres copies de ce que j’ai été, de ce que tous mes ancêtres femmes ont toujours été, des entités inférieures, des êtres de seconde zone, une sous-catégorie posant problème et que l’on écrase à satiété. 
 
Non, je ne veux pas qu’au nom d’une croyance ou de quelques valeurs éculées et surannées, que la majorité des hommes me traitent comme un produit, telle une marchandise sur laquelle on met un prix et que l’on peut assujettir avec l’aval de toute une société obscurantiste et déphasée. Non, pour tout l’or du monde, je n’accepterais que l’on met une dote sur mon front pour me fourguer au premier venu, capable de payer et qui me traite comme sa chose, comme son bien, comme son trophée et sa récompense. Non, je refuse de voir encore et toujours dans le regard des hommes cette concupiscence crade, cette cupidité nauséabonde, ce désir primal de me posséder comme une terre conquise. 
 
Non, je ne veux pas enfanter comme si cela était ma marque de fabrique et ma destinée. Car, il est temps de savoir que je ne suis pas venue au monde uniquement pour porter des enfants. Je ne suis pas née pour être une génitrice, parmi d’autres. Je ne veux pour rien au monde porter ma peur d’être femme et celle de ma fille qui le sera un jour, dans un cycle fermé et infernal où toute la société est complice. Oui, je refuse mon statut de femelle quand le mâle me lacère de toutes parts.
 
Parce que pour moi, depuis toujours, à plus forte raison aujourd’hui, être femme, c’est d’abord être un être humain libre. Libre d’être à soi et au monde. Libre d’être celle que l’on veut. Libre de porter un idéal. Libre de vivre avec cet espoir de transmettre aux femmes futures cet élan du cœur et cette volonté certaine d’être le socle mobile de toute une société qui croit que la femme est un des piliers les plus solides de toute communauté  digne de ce nom. 
 
Oui, être femme, c’est être aimée, comprise, respectée, estimée comme on estime sa propre mère, comme on aime et qu’on protège sa propre fille. Oui, je veux bien être femme, si ma place au sein de la «société» est la mienne, celle que j’ai choisie, celle qui me valorise,  celle qui me porte plus haut dans mon estime et dans l’estime de tous. Oui, je veux bien être une femme dans une société qui doit d’abord faire le solde de tous comptes de toutes les formes de stigmatisation et d’avilissement dont les femmes sont victimes, chaque jour davantage, sans aucun espoir de répit. 
 
Oui, je veux être une femme libre. Une femme qui jouit pleinement de la liberté de son corps. Je veux être une femme libre dans mes désirs. Je veux être une femme libre dans mes erreurs. Oui, je veux et je revendique d’être une femme libre dans mes choix. Oui, je veux être cette femme forte qui peut dire oui et non. Je veux être libre d’apporter ma pierre à cet édifice que vous appelez société et qui ne peut s’échafauder que sur un socle dont l’assise mobile est aussi portée par une femme. Je serai une femme quand le religieux verra en moi la promesse de tant d’avenirs. Je serai une femme quand le politicien verra en moi autre chose qu’un poids d’équilibre sur un échiquier électoral branlant. Je serais une femme quand la femme pourra être. Mais au-delà de tout autre désir et volonté, je serai femme, ici et maintenant, si je savais qu’il y aurait des hommes…demain.
 
 
Par Abdelhak Najib
Écrivain-journaliste
 
 
 
 
 

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