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Pourquoi il est risqué d’être journaliste en Algérie

Pourquoi il est risqué d’être journaliste en Algérie

Les eurodéputés ont adopté, jeudi dernier, lors d’une séance plénière du Parlement européen à Strasbourg, une résolution invitant les institutions de l’UE et les États membres à condamner ouvertement la répression exercée contre la liberté des médias en Algérie.

Il ne fait pas bon d’être journaliste en Algérie en ce moment. Le régime en place a pris la ferme décision de museler la presse. Celle qui est dissonante. Celle qui réclame notamment des réformes politiques et une meilleure prise en compte des droits de l'Homme. Celle qui dénonce les dérives d’un pouvoir autocratique qui n’est aux affaires que pour satisfaire ses intérêts au détriment de ceux de la collectivité. 

Depuis 2019, date à laquelle Abdelmadjid Tebboune a pris le pouvoir, la liberté de la presse est littéralement torpillée en Algérie, dans le sillage de la répression du Hirak. Entre intimidations, censures et arrestations arbitraires, les plumes braillardes sont réduites au silence, bâillonnées, embastillées, tandis que se multiplient les dissolutions d’organisations de la société civile et les poursuites contre les défenseurs des droits de l’Homme.

Cette situation préoccupante suscite l'inquiétude de l'Union européenne qui, par la voix du haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Joseph Borell, avait déjà appelé, lors de sa visite à Alger les 12 et 13 mars dernier, les autorités algériennes à respecter la liberté de la presse et à garantir un environnement propice au travail des journalistes. 

Mais rien n’y fait. Le régime reste sourd à ces objurgations. Au point que le mercredi 10 mai, les cas de violation des droits de l’Homme, de la démocratie et de l’État de droit en Algérie se sont invités dans le débat lors de la séance plénière du Parlement européen à Strasbourg. Les intervenants ont ainsi dénoncé la situation désastreuse de la liberté des médias et de la liberté d’expression dans ce pays, à travers le cas du journaliste algérien Ihsane El Kadi, condamné à cinq ans de prison par le tribunal de Sidi M’Hamed à Alger, le 2 avril dernier.
Le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders, de rappeler que l’UE a constaté plusieurs arrestations et détentions de journalistes et défenseurs des droits de l’Homme en Algérie. 

Ces dérives autoritaires sont largement favorisées par l’adoption par le pouvoir algérien d’une nouvelle loi durcissant les sanctions contre la presse indépendante. Une loi liberticide, taillée sur-mesure pour préserver les intérêts politiques du régime et qui empêche l’expression plurielle des courants d’opinion. 

Eurodéputés : tir groupé sur l’Algérie

Les transgressions répétitives de la liberté de la presse ont poussé, le jeudi 11 mai, les eurodéputés à adopter, lors d’une séance plénière du Parlement européen à Strasbourg, une résolution invitant les institutions de l’UE et les États membres à condamner ouvertement la répression exercée contre la liberté des médias en Algérie.
Cette résolution, approuvée à la majorité écrasante des voix (536 pour, 4 contre et 18 abstentions) et qui porte sur le cas du journaliste Ihsane El Kadi, appelle à la libération «immédiate et inconditionnelle» de ce journaliste et de toutes les personnes «détenues et inculpées arbitrairement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression». De même, le Parlement européen engage les autorités algériennes à mettre un terme aux arrestations et aux détentions d’activistes politiques, de journalistes, de défenseurs des droits de l’Homme et de syndicalistes, tout en témoignant sa solidarité aux citoyens algériens qui manifestent pacifiquement depuis 2019.
«Depuis 2019, au moins 11 autres journalistes et professionnels des médias ont été poursuivis et placés en détention», relève-t-on. De plus, les autorités algériennes bloquent de plus en plus de sites d’information et de publications critiques vis-à-vis du gouvernement. La résolution appelle ainsi les autorités algériennes à modifier les dispositions du code pénal algérien, notamment les articles 95 bis et 196 bis, «qui ont trait à la sécurité et qui sont utilisées pour criminaliser la liberté d’expression». Elle les appelle aussi à aligner les lois restreignant la liberté d’expression sur les normes internationales en matière de droits de l’Homme. Les eurodéputés demandent également aux institutions de l’Union et aux États membres d’exhorter les autorités algériennes à garantir l’octroi, sans retard injustifié, de visas et d’accréditations aux journalistes étrangers et de laisser ces derniers travailler librement. Tout autant, ils incitent les délégations de l’Union et les ambassades des États membres en Algérie à demander à avoir accès aux journalistes emprisonnés et à pouvoir observer leurs procès.

Le régime algérien, un récidiviste 

Ce n’est pas la première que le pouvoir algérien est épinglé par les instances internationales. En novembre dernier, il s’est pris une véritable volée de bois vert au Conseil des droits humains à Genève. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et  l’Allemagne ont vertement critiqué Alger, lui demandant précisément d’abroger les amendements de l’article 87 bis du Code pénal qui «contiennent une définition exagérément vaste du terrorisme». 
Appréciez : ces amendements, adoptés en juin 2021, assimilent désormais à du «terrorisme» ou à du
«sabotage» tout appel à «changer le système de gouvernance par des moyens non constitutionnels». De fait, aujourd’hui, les geôles algériennes sont peuplées de quelque 300 prisonniers d’opinion, la plupart accusés de terrorisme.
Avec une loi sur les réunions et les rassemblements publics jugée trop restrictive, le pouvoir s’autorise presque tout et musèle les esprits rebelles en bafouant de façon cynique les droits des citoyens algériens de s’exprimer librement. Une manière de s’offrir, par la force, une paix sociale de façade.

F. Ouriaghli

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