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Ormuz : La fin de la gratuité?

Ormuz : La fin de la gratuité?

Le détroit d’Ormuz est rouvert, ou du moins en voie de l’être. Après plus de cent jours de guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, l’accord de paix annoncé entre Washington et Téhéran redonne un peu d’oxygène aux marchés, aux armateurs et aux pays importateurs d’énergie.

Mais au-delà du soulagement immédiat, se pose une question qui pourrait redessiner durablement les règles du commerce mondial : l’Iran pourra-t-il faire payer le passage dans le détroit d’Ormuz ? Pour l’heure, personne ne semble détenir la réponse définitive. Les Américains affirment que le détroit sera rouvert sans péage et de manière permanente.

Les Iraniens, eux, évoquent désormais non pas un droit de passage classique, mais des «frais de services maritimes» liés à la sécurité, la navigation, l’assurance ou la protection environnementale. La nuance est diplomatique. La facture, elle, serait bien réelle. En réalité, le débat dépasse largement le Golfe. Ormuz est l’une des artères vitales de l’économie mondiale.

Près d’un quart du pétrole consommé dans le monde et une part considérable du gaz naturel liquéfié y transitent chaque jour. Lorsqu’il est fermé, les prix flambent. Lorsqu’il est rouvert, les marchés sont soulagés. Lorsqu’il devient payant, c’est toute la chaîne économique mondiale qui encaisse le choc. Certes, certains observateurs minimisent l’impact potentiel d’un péage. Quelques dollars par tonne transportée ne bouleverseraient pas à eux seuls les équilibres mondiaux.

Mais ce raisonnement oublie l’essentiel : ce n’est pas tant le montant qui compte que le précédent qu’il créerait. Car si l’Iran obtient le droit de monétiser le passage dans Ormuz, pourquoi d’autres puissances maritimes ne suivraient-elles pas le même chemin ? Pékin pourrait être tenté d’appliquer une logique similaire en mer de Chine méridionale ou autour du détroit de Taïwan.

D’autres Etats pourraient revendiquer des droits comparables dans des passages stratégiques. Le risque n’est donc pas seulement économique, mais plutôt géopolitique et juridique. Il touche au principe même de la liberté de navigation qui constitue l’un des fondements de la mondialisation contemporaine. L’autre conséquence serait plus immédiate : l’énergie coûterait plus cher. Même modérés, les frais imposés aux navires finiraient par être répercutés sur les affréteurs, puis sur les raffineurs, et enfin sur les consommateurs.

Le pétrole, le gaz, mais aussi une multitude de marchandises verraient leurs coûts logistiques augmenter. Dans un monde déjà confronté à des tensions inflationnistes récurrentes, ce serait un nouveau facteur de renchérissement. Plus profondément encore, un Ormuz payant consacrerait une mondialisation devenue plus coûteuse. C’est sans doute la véritable leçon de cette guerre.

C’est dire que même rouvert, Ormuz ne redeviendra jamais ce qu’il était avant février 2026. Les assureurs, les armateurs et les investisseurs ont découvert qu’une simple bande d’eau de quelques dizaines de kilomètres pouvait mettre l’économie mondiale sous tension pendant plusieurs mois. Et au-delà du fait de savoir si l’Iran obtiendra un péage ou des frais de service, la question est de savoir si le monde acceptera que les artères du commerce international soient transformées en instruments de rapport de force géopolitique. That is the question.

 

Par D. William

 

 

 

 

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