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Programme Villes sans bidonvilles: Un serpent qui se mord la queue

Ce programme devait être bouclé en 2010, mais la population éligible n’a cessé de se multiplier au fil des ans.

L’approche de relogement a montré ses limites. Il est temps d’investir de nouvelles pistes plus innovantes.

 

Par C. Jaidani

 

Initié en 2004 sous le gouvernement Jettou, le programme Villes sans bidonvilles (VSB) a été conçu pour atteindre ses objectifs à l’horizon 2010. Depuis cette date, il a été à maintes reprises prolongé. 11 ans plus tard, le nombre de villes assainies ne dépasse pas une soixantaine sur un total de 85. Les villes restantes sont de grandes métropoles comme Casablanca, qui concentre près de 50% de la population ciblée.

Invitée à s’exprimer à ce sujet à la Chambre des représentants (Commission de contrôle et des finances publiques) pour répondre au rapport de la Cour des comptes, Nouzha Bouchareb, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Habitat et de la Politique de la ville, a donné plus de précisions sur ce programme. «La lutte contre les bidonvilles ne relève pas uniquement des compétences de son département, mais également du ministère de l’Intérieur, responsable du recensement de la population éligible, et aussi des collectivités locales qui mobilisent le foncier et donnent les autorisations à construire», se défendelle.

Lors de cette rencontre, les députés présents ont manifesté leur mécontentement à cause de l’absence du ministre de l’Intérieur, qui doit, lui aussi, donner des explications sur cette problématique qui traîne depuis des années, et ce malgré les moyens gigantesques mobilisés.

Dans une correspondance adressée au président de la Commission, Abdelouafi Laftif, ministre de l’Intérieur, a expliqué que son département n’est pas concerné par le programme VSB et son rôle consiste à apporter un soutien au ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Habitat.

«La lutte contre les bidonvilles est une chaîne qui implique plusieurs intervenants et la responsabilité de l’Intérieur est engagée à plusieurs niveaux. La délivrance du certificat de résidence est du ressort de ce département. Il est également responsable du recensement. Cette opération connaît des fraudes où la population éligible est constamment gonflée», souligne Driss Effina, expert en immobilier et professeur universitaire.

Au départ, VSB a été lancé sur la base de 270.000 ménages à reloger, soit près de 1,5 million d’habitants. Le programme a bénéficié d’une dotation budgétaire de 30 milliards de DH, dont 10 milliards de DH de la part de l’Etat. En termes de réalisations, le programme a pu dépasser les objectifs qui lui ont été tracés sans pour autant mettre un terme au phénomène des bidonvilles.

 

Un business juteux
C’est un business bien organisé que celui des logements de recasement. Certains bidonvilles ont vu leur nombre d’habitants doubler en un temps record, dépassant largement la moyenne nationale. Le nombre des bidonvillois ne cesse d’augmenter malgré les recensements effectués et arrêtés. Certains agents d’autorité, aidés par des élus locaux, procèdent illégalement à l’inscription de personnes dans la listes des éligibles au relogement. Des patelins périphériques de Casablanca (comme Lahraouyine et douar Tkalya) ont connu une expansion fulgurante, qui a suscité la colère royale et conduit à l’éviction de plusieurs agents d’autorité, dont un wali et des gouverneurs. Ces derniers temps, le ministère de l’Intérieur a démis de leurs fonctions plusieurs présidents de commune et autres conseillers à cause de la prolifération des habitats clandestins. Cette mesure peut s’avérer dissuasive pour donner l’exemple et inciter les autres représentants locaux à se conformer à la loi. Mais dans les faits, le «business» du logement clandestin est tellement lucratif qu’il continuera de séduire bon nombre de personnes.


 

 

 

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