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Nouveau gouvernement : Place à l’arithmétique politicienne !

Nouveau gouvernement : Place à l’arithmétique politicienne !

Le scrutin du 23 septembre a redistribué les cartes sans donner à personne les pleins pouvoirs. Commence désormais le jeu des alliances et des compromis. Mais au-delà des savants calculs pour atteindre la majorité, le prochain gouvernement devra surtout trouver une cohérence politique et programmatique.

 

Par D. William

Les urnes ont parlé. Place maintenant aux calculettes. Depuis les législatives du 23 septembre, Rabat est entrée dans cette période très particulière de l’arithmétique politicienne. Avec 97 sièges sur 395, le PAM est arrivé en tête, mais reste très loin des 198 députés nécessaires pour disposer de la majorité absolue à la Chambre des représentants. Derrière, le RNI compte 66 sièges, l’Istiqlal 65 et le PJD 54. Sur le papier donc, les combinaisons ne manquent pas. Mais former un gouvernement n’est pas résoudre un problème de mathématiques.

C’est même là que commence le véritable défi. Car la question n’est pas simplement de savoir qui acceptera de gouverner avec qui, mais plutôt pour faire quoi. Le Maroc sort d’une législature durant laquelle l’Exécutif disposait d’une majorité parlementaire particulièrement confortable. RNI, PAM et Istiqlal gouvernaient ensemble.

Cette coalition disposait des moyens numériques pour agir. Toutefois, le scrutin du 23 septembre a modifié les rapports de force: le PAM est désormais premier, le RNI second, tandis que le PJD devient la 4ème force politique du pays. Impossible, alors, de faire comme si rien ne s’était passé. Reconduire mécaniquement la même architecture politique, en changeant simplement le conducteur, serait certes l'une des solutions arithmétiques possibles. Mais elle poserait immédiatement une question : comment incarner le changement promis pendant la campagne avec pratiquement les mêmes partenaires qu’hier ?

A l’inverse, construire une coalition totalement nouvelle pourrait envoyer un signal de rupture, mais au prix d’une autre difficulté : trouver suffisamment de convergences programmatiques pour gouverner cinq ans sans transformer chaque Conseil de gouvernement en séance de négociation. Voilà le piège. Une coalition trop homogène avec le passé risque de donner une impression de continuité. Une coalition trop hétérogène risque de produire l’immobilisme.

Le programme avant les portefeuilles

Dans les prochains jours, les regards se porteront inévitablement sur les noms. Qui à l’Economie et aux Finances ? Qui à l’Agriculture ? Qui à l’Industrie ?... C’est le feuilleton traditionnel des formations gouvernementales. Il alimentera les rédactions et fera tourner à plein régime la grande machine à rumeurs. Mais avant de distribuer les ministères, il faudrait savoir quelle politique le prochain gouvernement entend mener. Car le calendrier ne laissera pratiquement aucun temps d’apprentissage au nouvel Exécutif.

La rentrée parlementaire arrive et, surtout, le projet de Loi de Finances 2027 doit être déposé au Parlement au plus tard le 20 octobre. Autrement dit, le prochain gouvernement devra presque immédiatement transformer une coalition politique en arbitrages budgétaires. Et c’est là que les choses sérieuses commenceront. Car l’expérience politique marocaine l’a souvent montré : disposer d’une majorité parlementaire est une chose, mais disposer d’une majorité politiquement cohérente en est une autre. On peut additionner des sièges sans additionner les visions. Un parti peut vouloir réduire certains impôts quand un autre privilégie l’augmentation des dépenses sociales.

L’un peut défendre une accélération des réformes structurelles quand son partenaire réclame davantage de prudence sociale. Et tout le monde peut être favorable à l’investissement, à l’emploi et au pouvoir d’achat jusqu’au moment où arrive la question qui fâche : qui paie ? C’est précisément pour cette raison que les tractations vont largement dépasser la répartition des portefeuilles et amener à répondre à quelques questions simples. Quelle politique économique pour les cinq prochaines années ?

Quelle trajectoire pour les finances publiques ? Jusqu’où poursuivre l’extension de l’Etat social ? Comment financer les engagements pris pendant la campagne ? Que faire du dossier explosif des retraites ? Comment accélérer la création d’emplois alors que la croissance économique ne se traduit pas automatiquement par suffisamment d’opportunités sur le marché du travail ? Et comment concilier les investissements massifs liés aux infrastructures et aux échéances internationales avec les attentes sociales immédiates ? Voilà le véritable contrat de coalition.

Le retour d’une opposition plus consistante

Autre donnée nouvelle : le prochain gouvernement pourrait avoir face à lui une opposition plus visible. Le PJD, qui ne disposait que de 13 sièges après les élections de 2021, en compte désormais 54. Le contraste avec le précédent scrutin est saisissant, d’autant qu’il multiplie par plus de quatre sa représentation parlementaire.

Ce résultat replace incontestablement le PJD dans le jeu politique national. Il lui permet surtout de retrouver une assise parlementaire suffisante pour peser davantage dans les débats de la prochaine législature. Malgré cette remontée, le PJD ne participera pas aux tractations visant à constituer la prochaine majorité gouvernementale. Réuni en session extraordinaire samedi 26 septembre, son Conseil national a approuvé à l’unanimité la décision de ne pas participer au prochain gouvernement et de siéger dans l’opposition.

Une orientation que le secrétaire général, Abdelilah Benkirane, avait défendue dès l’annonce des résultats, en excluant notamment toute participation à un gouvernement dirigé par le PAM. Le choix est politiquement cohérent avec la stratégie suivie durant la législature écoulée. Après son effondrement de 2021, le PJD avait fait de l’opposition le principal terrain de sa reconstruction.

Les urnes montrent qu’une partie de cette stratégie a porté ses fruits. Son choix de rester dans l’opposition lui offre désormais une autre opportunité: capitaliser sur cette dynamique et tenter de s’imposer comme le principal contrepoids politique à la future majorité. Cela change la physionomie du Parlement. Une majorité confortable peut parfois s’installer dans une forme de tranquillité politique. Une opposition renforcée oblige davantage à expliquer, défendre et justifier les décisions. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle.

La démocratie parlementaire fonctionne aussi avec du bruit. Parfois beaucoup de bruit. Les prochains jours seront donc ceux des rencontres, des déclarations soigneusement calibrées, des portes entrouvertes et des portes officiellement fermées mais que l’on évitera probablement de verrouiller. C’est la politique. Les partis négocieront leur place, leurs priorités et leurs ministères.

Rien de plus normal dans un régime parlementaire où aucune formation ne détient seule la majorité. Mais une fois les fauteuils attribués, une réalité beaucoup moins protocolaire attendra le prochain Exécutif. Cette réalité, c’est le pouvoir d’achat qui s’érode, le chômage des jeunes ou encore l’urgence de réformer le système de retraite.

 

 

 

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