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Aid al-Adha: Des moutons hors de prix

Aid al-Adha: Des moutons hors de prix

Dans un contexte d’inflation généralisée, le prix des moutons a été affecté.

Celui qui coûtait 2.000 dirhams un an auparavant, peut valoir cette année jusqu'à 3.000 dirhams.

 

Par M. Ait Ouaanna

Conflit russo-ukrainien et déficit pluviométrique : la convergence de ces deux facteurs a suffi pour que le Maroc plonge dans une inflation record. Au grand dam des consommateurs dont le pouvoir d’achat ne cesse de s’éroder. Bien avant Aid al-Adha, les citoyens marocains ont exprimé, notamment à travers les réseaux sociaux, leurs craintes face à une éventuelle hausse des prix des moutons. Ces craintes se sont davantage accentuées, début mai, après que le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Mohamed Sadiki, a déclaré que les prix des ovins et caprins destinés à l’abattage de l’Aïd al-Adha pourraient connaître une hausse allant de 15 à 25%.

Une semaine tout juste nous sépare de l'Aïd et les craintes des consommateurs se sont finalement avérées : la flambée des prix est bien présente. Afin de s’enquérir de la situation, Finances News Hebdo est allé à la rencontre de certains éleveurs et acheteurs de la région de CasablancaSettat. Dans une ferme spécialisée dans l’élevage de moutons destinés à l’abattage, située à Ziaida, une commune rurale de la province de Ben Slimane, nous avons rencontré Seddik El Aatouani, propriétaire de l’établissement, qui nous fait savoir que les prix ont connu cette année «une légère» hausse.

«Ça ne nous surprend guère, on s’attendait à une telle augmentation ! Celle-ci est essentiellement due à la hausse des frais de carburant et des prix de l’aliment du bétail. Cependant, en dépit de cette légère hausse qui est de l'ordre de 500 dirhams, l’offre demeure diversifiée et adaptée à tous les pouvoirs d’achat, à partir de 2.500 dirhams», précise-t-il.

Les Marocains débourseront beaucoup plus !

Afin d’éviter l’encombrement que connaissent les souks à l’approche de l’Aïd al-Adha, plusieurs sont ceux qui préfèrent acquérir leur mouton des fermes. C’est le cas de Hassan, un trentenaire venant de Casablanca, qui nous indique avoir galéré pour trouver un petit «sardi» correspondant à son budget. «Je pensais sincèrement que l’Etat allait mettre en place des mesures afin que les prix restent inchangés par rapport aux années précédentes, mais que nenni ! Dans ma recherche effrénée pour trouver un mouton de bonne qualité à un prix correct, j'étais choqué de constater que toutes les fermes et tous les points de vente que j'ai sillonnés ces derniers jours proposent des prix exorbitants. Par exemple, pour le sardi, le prix du kilogramme se situait auparavant entre 49 et 55 dirhams. Cette année, il faut compter au moins 70 dirhams. Cela laisse les acheteurs sans aucune alternative et sans espoir de trouver le mouton dont ils ont besoin», se désole-t-il.

Craignant une insuffisance de l’offre face à la demande qui devrait se situer cette année à 5,6 millions de têtes, et afin de garantir que les prix soient à la portée de tous, la tutelle a exceptionnellement procédé à l’importation de plusieurs milliers de moutons, notamment de l’Espagne et du Portugal. Ainsi, une exonération de l’importation d’ovins de droits de douane a été mise en place, en plus de l’octroi d’une prime forfaitaire fixée à 500 DH par tête. En revanche, l’impact de cette mesure sur les prix n’a pas vraiment été ressenti.

«Les moutons importés de l’étranger sont également trop chers, alors qu’ils sont subventionnés par l’Etat. Le prix du kilogramme varie entre 60 et 63 dirhams, ce qui est exagéré. A mon avis, le prix de cette catégorie ne doit pas dépasser 50 DH par kilogramme», souligne Hassan. Après cette virée à la ferme de Ziaida, nous nous sommes cette fois-ci rendus à un souk de moutons temporaire, situé à Mohammédia. Aménagé spécialement à l’occasion de l’Aid al-Adha, cet espace accueille des éleveurs venant de plusieurs régions du Royaume. L’offre est visiblement assez diversifiée, mais les expressions sur les visages des clients révèlent la déception de devoir réajuster leur budget.

«Cette année, l'Aïd n’est pas pour les petites bourses; les prix proposés sont synonymes d’un luxe inaccessible pour bon nombre de citoyens. Le mouton qui coûtait un an auparavant 2.000 dirhams vaut cette année au minimum 3.000 dirhams. Cette hausse des prix affecte gravement les familles à bas revenus, qui se trouvent souvent contraintes d’emprunter de l’argent pour pouvoir acheter le mouton de l'Aïd, sans oublier que cet achat s’accompagne de plusieurs autres dépenses», nous confie Ahmed, quadragénaire et père de trois enfants.

De son côté, Abderrahim Serghini, vendeur de bétail, nous livre plus de détails concernant cette flambée des prix. «En me basant sur les dernières ventes que j’ai pu effectuer, je peux dire avec certitude que le pouvoir d’achat des consommateurs se situe cette année entre 2.600 et 3.200 dirhams. Face à cette conjoncture très difficile à cause de laquelle le prix de l’aliment des animaux a connu une hausse historique, nous étions obligés d’ajouter entre 500 et 700 dirhams par tête».

 

Le cheptel local, la vedette

Concernant l’importation par le gouvernement d’ovins de l’étranger, l’éleveur nous fait part de son désaccord vis-à-vis de cette décision. «Au lieu d'accompagner les éleveurs et de les aider à surmonter les difficultés qu’ils rencontrent à cause de cette sécheresse, l'exécutif a plutôt choisi d’importer du cheptel de l’étranger, une décision qui risque de mettre en péril l’offre locale. Fort heureusement, les Marocains sont fidèles à leurs habitudes et traditions et finiront par préférer un sardi, un bergui ou encore un boujaad à une race provenant de l’étranger. Le produit local reste donc privilégié», assure-t-il.

Si le Maroc a procédé à l’importation pour pouvoir couvrir la demande, l’offre locale s’est finalement avérée, elle seule, largement suffisante pour répondre au besoin de la population. C’est ce que nous confirme Abderrahmane Mejdoubi, président de l’Association nationale ovine et caprine (ANOC), que nous avons rencontré au siège de l'association basée à Rabat.

«L’opération d’identification du cheptel ovin et caprin destiné à l’abattage menée par l’ANOC et la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges (FIVIAR), sous la supervision de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), nous a permis jusqu’à présent d’identifier à titre provisoire plus de 6,8 millions de têtes. Étant donné que la demande est d’environ 5,6 millions, nous pouvons donc dire que l’offre est largement suffisante». A cette occasion, je tiens à saluer les éleveurs pour leurs grands efforts ainsi que le ministère qui a préparé près de 34 souks à travers le Royaume en vue de permettre aux consommateurs qui ne peuvent pas se déplacer en dehors des villes, de se procurer facilement le mouton», affirme le président de l’ANOC, soulignant par ailleurs que la hausse des prix varie entre 10 et 12%. 

 

 

 

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