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Aziz Akhannouch: Quand le discours triomphant se heurte à la réalité économique

Aziz Akhannouch: Quand le discours triomphant se heurte à la réalité économique

Le patron du RNI et chef du gouvernement vient de dresser un bilan autocongratulatoire de l'action gouvernementale à mi-mandat. Cependant, certains chiffres invitent à une réflexion sur l'efficacité réelle des actions gouvernementales.

 

Par D. William

On ne pouvait s’attendre à autre chose, samedi à Rabat, lors du Conseil national du Rassemblement national des indépendants (RNI). Le président du RNI et chef du gouvernement, s’est livré, sans surprise, à une séance d’autocongratulation en dressant le bilan de l’action gouvernementale à mi-mandat. Le gouvernement et la majorité ont pu, «grâce à une gestion responsable et intégrée, relever le défi de notre engagement collectif à poursuivre la consolidation des fondements de l’État social, l’incitation à l’investissement et la réalisation de la prospérité économique», a-t-il affirmé.

Et Akhannouch de se féliciter de la mise en œuvre minutieuse des réformes structurelles, notamment l'aide au logement et la réforme du système de santé, tout en rappelant l'achèvement du projet d'autoroute de l'eau concernant l'interconnexion des bassins du Sebou et du Bouregreg pour approvisionner en eau potable la population de l'axe RabatCasablanca.

De même, outre la poursuite de la mise en œuvre du programme d'urgence pour l'approvisionnement en eau potable et l'irrigation 2020- 2027, le chef du gouvernement se réjouit d’avoir pu mettre en œuvre tous les cadres réglementaires pour aller de l’avant dans la consécration de la réforme du système éducatif. Effectivement, des progrès importants ont été accomplis dans différents domaines socioéconomiques, notamment pour consolider l’Etat social. Mais Akhannouch et son gouvernement peuvent-ils, eux seuls, en revendiquer la paternité ? Non. Car, il semble utile de le rappeler, pratiquement tous les grands chantiers structurels lancés au Maroc procèdent d’une décision et d’une volonté royales. Et, surtout, font l’objet d’un suivi régulier et rigoureux de la part du Roi.

Deux exemples édifiants : la généralisation de la protection sociale, qui est en soi une véritable révolution sociale. On peut également citer l’épineuse question du stress hydrique, qui a fait l’objet d’une séance de travail présidée par le Roi, le 16 janvier 2024 à Rabat, à l’issue de laquelle il a donné un certain nombre d’instructions. Dans son discours au Parlement quelques mois plus tôt, le Souverain soulignait d’ailleurs que les différentes séances de travail consacrées à l’examen de cette question «ont abouti à l’élaboration du Programme national prioritaire de l’Eau 2022-2027».

Un bilan à nuancer

Dès lors, il faut opposer le récit quelque peu triomphant des réalisations du gouvernement Akhannouch à la réalité économique et sociale actuelle du Maroc. L’on se rend compte ainsi, que le tableau est bien plus nuancé que cela. D’ailleurs, le chef du gouvernement l’admet subtilement, du bout des lèvres. Selon lui, le contexte actuel impose à toutes les parties de poursuivre la mise en œuvre des projets de réforme avec la même efficience volontaire et de faire face aux problèmes complexes, tels que la gestion de la pénurie de l'eau et la création de davantage d'opportunités d'emploi au profit des jeunes marocains...

Le mot est lâché : l’emploi. Ou disons plutôt le chômage massif des jeunes. L'une des promesses phares d'Akhannouch était la création de 200.000 emplois par an, soit un million d'emplois sur cinq ans. Cependant, les derniers chiffres relatifs au marché du travail révèlent une réalité bien différente. Le taux de chômage a grimpé à 13% en 2023, avec une augmentation nette de 138.000 chômeurs en un an seulement. Les jeunes sont particulièrement touchés, avec un taux de chômage atteignant 35,8% parmi les 15-24 ans.

Ce n’est cependant pas faute d’initiatives, car le gouvernement peut toujours se targuer d’avoir lancé les programmes Awrach et Forsa. Il peut aussi revendiquer les montants importants mobilisés pour l’investissement : le 25 janvier dernier, Mohcine Jazouli, ministre de l’Investissement, de la Convergence et de l’Evaluation des politiques publiques, faisait état de 166 projets d'investissement d'un montant de 218 Mds de DH approuvés depuis octobre 2021 par la Commission nationale des investissements, dont 77% d’investissements portés par des entreprises marocaines.

Ces projets, qui concernent 16 secteurs et branches d'activités, devraient permettre la création de 110.500 emplois. Sauf que malgré ces investissements conséquents et les programmes lancés, le gouvernement Akhannouch n'arrive pas à créer des emplois. Et ce, dans un contexte marqué par une croissance économique irrégulière et relativement faible, tirée essentiellement par un secteur agricole malmené par des années successives de sécheresse. L’emploi n’est pas le seul rendezvous manqué du gouvernement actuel. Il y a également une autre promesse non tenue  : la réforme des retraites, une autre priorité pour le Maroc, qui a été reléguée aux calendes grecques.

Malgré l’engagement de boucler ce dossier en septembre dernier, il semble avoir disparu de l'agenda politique. On n’en parle plus. Il parait donc, au regard du bilan à mi-mandat du gouvernement, que la politique devient un jeu de miroirs où l'image projetée par les leaders politiques ne reflète pas toujours la vérité du vécu quotidien... et celle des chiffres. Peut-être est-il temps de faire l’économie des discours triomphants pour se concentrer sur de réelles actions transformatives, où les résultats parlent d'euxmêmes et où les promesses ne restent pas lettre morte. Qui disait que l'équipe gouvernementale a pour philosophie de «travailler plus et de parler moins» (sic !) ?  

 

 

 

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