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Business de la minceur : L'Ozempic, remède miracle ou dérive ?

Business de la minceur : L'Ozempic, remède miracle ou dérive ?

Une piqûre par semaine, et le corps change. Bien avant son arrivée officielle au Maroc en 2025, l'Ozempic n'avait plus grand chose d'un médicament comme les autres : c’était déjà devenu un fantasme, celui de la minceur sans effort ni contrainte. Sauf qu'il n'a jamais été conçu pour ça, et que le prix à payer, physique comme social, reste largement passé sous silence.

 

Par L. Ch

Il aura suffi de quelques mois pour qu'un antidiabétique devienne un phénomène de société. «L'Ozempic body», cette nouvelle silhouette amaigrie obtenue non plus à coup de régimes mais à coups de piqûres, est aujourd’hui beaucoup plus qu'une trend TikTok. Elle est passée dans le langage courant.

Et depuis son lancement officiel au Maroc en 2025, ce médicament à base de sémaglutide, injecté une fois par semaine, s'est retrouvé au cœur d'un double récit : celui, médical, d'une avancée thérapeutique pour les patients diabétiques. Et celui, plus trouble, d'un produit détourné pour perdre quelques kilos, y compris par des personnes qui n'en ont pas besoin médicalement.

Un dérapage que les autorités sanitaires observent déjà ailleurs, et qui inquiète jusque dans les rangs du corps médical.  Le contexte s'y prête. Selon un rapport du HCP, 10,3 millions de Marocains souffrent d'obésité ou de pré-obésité, dont 63,1% de femmes. Une réalité sanitaire indéniable, mais qui se heurte aujourd’hui à un usage esthétique du médicament, dans une société déjà saturée d'injonctions à la minceur. 

Un médicament détourné de son usage

Pour le Dr Tayeb Hamdi, le glissement est net : l'Ozempic «est indiqué dans le diabète de type 2», mais on a vite constaté que le sémaglutide «diminuait aussi l'appétit et entraînait une perte de poids». Résultat, un usage détourné s'est installé, «chez des personnes qui souhaitent simplement perdre quelques kilos», alors que le médicament «n'est ni un produit cosmétique ni une solution minceur destinée à tout le monde».

Sur l'efficacité, les chiffres qu'il avance sont clairs, mais à nuancer: aux doses spécifiquement étudiées contre l'obésité, les essais montrent une perte de poids pouvant approcher 15% du poids initial après environ 16 mois. Un résultat qu'il ne faut pas «attribuer automatiquement» aux doses prescrites pour le diabète. Et l'arrêt du traitement change tout : dans une étude publiée dans la revue médicale Diabetes, Obesity and Metabolism en 2022, les patients avaient repris environ les deux tiers du poids perdu, un an après avoir arrêté.

Un rappel utile, à l'heure où l'Ozempic est vendu au Maroc autour de 1.000 dirhams la dose mensuelle (contenant 4 seringues), sans prise en charge par la CNOPS, l'AMO ou la CNSS : un coût que peu de patientes pourront assumer sur la durée que suppose une véritable stratégie thérapeutique. Sur le terrain, le médecin reconnaît l'absence de données nationales précises, mais ne minimise pas le phénomène : «le détournement à visée esthétique existe», avec des offres qui circulent sur Internet et les réseaux sociaux, et un risque réel de circuits parallèle, contrefaçons, mauvais dosage, produits dont on ignore la composition. Il alerte aussi sur un effet collatéral : une demande tirée par la perte de poids pourrait, à terme, fragiliser l'accès au médicament pour les diabétiques qui en ont réellement besoin.

Sa position, en filigrane, résume tout le débat : «ni banaliser ces traitements ni les diaboliser», mais les réserver à une véritable indication médicale, sous prescription et suivi.  Ce que la minceur express dit de nous La journaliste Sarrae Bouayad regarde le même phénomène sous un autre angle : celui de ce qu'il révèle du rapport des Marocaines à leur corps. Pour elle, les injonctions n'ont pas reculé ces cinq dernières années, elles se sont «sophistiquées» : «avant, il fallait être mince, mais avec des formes au bon endroit. Aujourd'hui, on nous demande d'être mince, tonique, naturelle, parfaitement entretenue… tout en donnant l'impression de ne faire aucun effort». Une pression amplifiée par les réseaux sociaux, et qui se superpose, au Maroc, à des normes culturelles où le corps des femmes reste «énormément commenté, regardé, évalué».

Le body positivisme ? Il n'a pas disparu, dit-elle, mais il s'est fait discret. On serait passés du «aimez votre corps» à «l'optimisez». Un discours plus subtil, estime-telle, mais une pression tout aussi forte. Et une société devenue impatiente, qui veut «transformer son corps rapidement et avec le moins de contraintes possibles» et où, avant même de passer par la nutrition ou le sport, on choisit l'injection pour aller plus vite. 

Reste un constat, partagé des deux côtés : l'Ozempic n'est ni un coupe-faim de confort ni une solution miracle, mais un traitement médical, avec ses indications précises et ses effets qui s'effacent à l'arrêt. Entre une pathologie, en l'occurrence l'obésité, qui touche près d'une Marocaine sur trois, et une injonction sociale à la minceur qui ne faiblit pas, la ligne de crête est fine. Elle passe, selon le Dr Hamdi, par la prescription et le suivi médical. Elle passe aussi, pour Sarrae Bouayad, par notre capacité collective à ne plus faire d'un corps un problème à résoudre. Deux conditions, sans doute, pour que ce médicament en reste un. 

 

 

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