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Corruption : Un modèle économique invisible

Corruption : Un modèle économique invisible

La publication par Transparency International de l’Indice de perception de la corruption pour 2025 est révélateur d’un profond malaise que les discours officiels peinent à dissiper.

Avec un score de 39 sur 100 et une 91ème place mondiale sur 182 pays, le Maroc confirme une stagnation inquiétante. Depuis 2012, le Royaume navigue dans une zone grise et alterne entre espoirs et rechutes régulières.

L’embellie de 2018 (73ème sur 180 pays avec un score de 43), saluée à l’époque comme un tournant, apparaît aujourd’hui pour ce qu’elle fut sans doute, un sursaut plus qu’un changement de cap.

En sept ans, ce sont quatre points perdus et dix-huit places envolées, symbole d’une volonté politique perçue comme laxiste. Le contraste est d’autant plus saisissant que le Maroc a lancé en grande pompe, en 2016, sous la houlette du PJD, la stratégie nationale de lutte contre la corruption.

Ambitieuse sur le papier, avec ses seize axes, 239 projets, dix programmes et une enveloppe annoncée de 1,8 milliard de dirhams, elle s’était fixée des objectifs chiffrés précis à l’horizon 2025  : atteindre un score de 60 sur 100 à l’Indice de perception de la corruption, gagner vingt rangs dans le classement Doing Business et remonter de vingt-cinq places dans l’indice de compétitivité du Forum économique mondial.

Dix ans après, non seulement ces objectifs ne sont pas atteints, mais le Maroc se retrouve avec un indice inférieur à celui de 2018. La rupture la plus marquante ne se lit pas seulement dans les classements internationaux, mais dans les choix législatifs récents.

Le retrait de projets de loi structurants sur l’enrichissement illicite et l’occupation illégale des biens publics a envoyé un message désastreux. Celui d’un combat remis à plus tard, voire édulcoré. La suite n’a guère rassuré. L’adoption de textes controversés, notamment la réforme de la procédure pénale limitant l’action des associations dans les affaires de fonds publics, a accentué le sentiment d’un recul.

En restreignant l’accès à la plainte, on restreint mécaniquement la capacité de la société à se défendre contre les abus. A cela s’ajoute le «gel de la promulgation d’un corpus juridique anticorruption préconisé par la Constitution de 2011, notamment la loi régissant les conflits d'intérêts et la révision des lois connexes, y compris la loi sur le droit d'accès à l'information, la loi sur la déclaration de patrimoine et la loi sur la protection des lanceurs d'alerte», dénonce Transparency Maroc.

Or, sans ces garde-fous, la lutte contre la corruption se transforme en exercice théorique, déconnecté du quotidien des citoyens et des entreprises. Un fléau qui pèse lourd sur l’économie La corruption n’est pas seulement une question morale ou institutionnelle. Elle est devenue un paramètre économique à part entière. Les estimations de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) parlent d’un coût annuel avoisinant 50 milliards de dirhams, soit entre 3,5 et 6% du PIB.

Cette somme colossale échappe à l’investissement productif, aux politiques publiques et à la création d’emplois. Elle nourrit des rentes, consolide des positions acquises et creuse les inégalités.

Parmi les premières victimes, il y a les très petites, petites et moyennes entreprises, colonne vertébrale du tissu économique national. Or, ce sont précisément ces entreprises qui absorbent chaque année une partie des milliers de jeunes arrivant sur le marché du travail. Leur fragilisation se traduit directement par un chômage plus élevé.

Bref, la corruption au Maroc n’est pas un accident du système : elle en est devenue l’un des rouages silencieux. Tant qu’elle sera tolérée sous des formes banalisées, du petit billet présenté comme une faveur au grand détournement déguisé en habileté administrative, elle continuera d’étouffer l’économie et d’éroder le lien entre l’Etat et les citoyens.

 

D.William

 

 

 

 

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