Fiscalité allégée, retraites revalorisées, électricité gratuite pour les petites consommations, un million d’emplois et 350 milliards de dirhams mobilisés sur cinq ans : le Parti Authenticité et Modernité présente un programme résolument social pour les législatives de septembre.
A l’approche des élections législatives de septembre 2026, le Parti Authenticité et Modernité (PAM) a choisi de placer le quotidien des Marocains au centre de son offre politique. Son programme s’articule autour de cinq pactes : pouvoir d’achat, jeunesse, citoyenneté et services publics, souveraineté stratégique, croissance et durabilité.
Une architecture volontairement simple, déclinée en vingt engagements.
Le choix du pouvoir d’achat comme première priorité n’a rien d’anodin. Le PAM part du constat d’une pression persistante du coût de la vie et d’un chômage des jeunes élevé.
Tout en revendiquant les réalisations de la majorité sortante à laquelle il a participé (généralisation de l’AMO, aides sociales, logement, revalorisations salariales ou infrastructures), le parti estime que leurs effets restent insuffisamment perceptibles dans la vie quotidienne. D’où une formule qui pourrait devenir l'un des fils conducteurs de sa campagne : «changer de cap».
Ainsi, c’est sur le pouvoir d’achat que le PAM avance certaines de ses propositions les plus spectaculaires.
Le parti promet de ramener les prix des produits de première nécessité à leur «niveau normal», de rendre gratuite toute facture d’électricité ne dépassant pas 100 DH par mois, de porter les pensions de retraite à un minimum de 3.000 DH et de garantir au moins 1.000 DH au titre de l’aide sociale directe.
Mais c’est probablement sur l’impôt sur le revenu que le parti frappe le plus fort.
Le barème proposé prévoit un taux de 0% jusqu’à 15.000 DH brut par mois, 10% entre 15.000 et 46.000 DH et 20% au-delà. Selon le PAM, «la très grande majorité des salariés» se retrouverait ainsi exonérée d’IR.
Une proposition susceptible de parler directement aux classes moyennes, mais qui ouvre immédiatement une question budgétaire : combien coûterait cette baisse d'impôt aux finances publiques ?
Le dossier ne fournit pas de simulation détaillée du manque à gagner fiscal ni de son mode de compensation. Il reste également à préciser les modalités exactes d’application des nouveaux taux.
La jeunesse pensée comme un parcours
Deuxième grande priorité : les jeunes. Le PAM tente de rompre avec une approche compartimentée des politiques publiques. Éducation, formation, premier emploi, entrepreneuriat, mobilité internationale et logement sont envisagés comme les différentes étapes d’un même parcours.
Les volumes avancés sont conséquents : 300.000 jeunes par an dans le dispositif «Massar Intégration», environ 500.000 parcours de formation ou de reconversion, 500.000 premières expériences professionnelles en cinq ans, l’accompagnement de 60.000 entreprises, 125.000 opportunités de mobilité professionnelle internationale organisée et quelque 100.000 solutions de logement destinées aux jeunes.
Le parti introduit au passage une approche singulière de l’émigration professionnelle. Le départ à l’étranger n’est plus nécessairement considéré comme une perte pour le pays, mais comme un instrument organisé de mobilité et d’acquisition de compétences.
Sur l’emploi, le PAM affiche un objectif facilement mémorisable : au moins un million d’emplois nets à l’horizon 2031. Et fournit une ventilation sectorielle : 250.000 emplois dans l’industrie, 80.000 jeunes agriculteurs installés dans le monde rural, 40.000 emplois dans le sport, 270.000 dans les services à forte valeur ajoutée et les activités exportatrices, auxquels s’ajouteraient 360.000 emplois liés à la Coupe du monde 2030 et aux activités productives et de services qui l’accompagneront. Le total atteint exactement le million annoncé.
L’objectif est parallèlement de ramener le chômage de 10,8% à 7% en 2031. Mais une inconnue demeure autour des 360.000 emplois associés au Mondial : quelle proportion correspondra à des postes durables et combien seront directement liés aux chantiers, à l’événementiel ou aux besoins temporaires générés par la compétition ?
Au-delà des mesures elles-mêmes, le programme dessine une orientation économique assez nette. Le PAM revendique un Etat davantage présent dans la régulation des prix, l’électricité, le logement, l’emploi, le crédit, la mobilité professionnelle ou encore les marchés publics.
L’idée consiste notamment à ne plus seulement compenser les hausses des prix, mais à agir en amont sur leurs causes : circuits de distribution, intermédiaires, concurrence et situations de rente. Le programme dessine ainsi une économie de marché dans laquelle l’Etat entend jouer un rôle beaucoup plus actif, aussi bien dans la régulation que dans la redistribution.
Cette philosophie se retrouve dans le Pacte de souveraineté stratégique, qui associe quatre dimensions : énergie, eau, alimentation, science et technologie. Le PAM ambitionne notamment de porter à 52% la part des renouvelables dans la consommation électrique, de réaliser près de 400 ouvrages hydrauliques et six stations de dessalement. Il prévoit également la formation de 5.000 formateurs en intelligence artificielle et l’intégration de l’IA aux différents niveaux du système éducatif.
Reste enfin le nerf de la guerre : le financement. Le programme est chiffré à 350 milliards de DH sur cinq ans, soit 70 milliards par an. Le pouvoir d’achat absorberait 150 milliards, la jeunesse 50 milliards, la citoyenneté 100 milliards et la souveraineté stratégique 50 milliards.
En face, le PAM prévoit 300 milliards de DH de ressources supplémentaires provenant de l’effet de la croissance, 40 milliards mobilisés par les collectivités territoriales à travers le fonds TVA et 10 milliards issus de redéploiements et de gains d’efficience.
Sur le papier, les comptes tombent juste. Mais le dossier analysé ne détaille ni le scénario macroéconomique permettant de dégager cette somme, ni l'impact sur les recettes publiques de la spectaculaire réforme de l'IR proposée parallèlement.
D.W.