Dans son programme électoral, le Parti de l’Istiqlal décline une série de mesures qui dessinent un projet articulé autour du renforcement de l’Etat social et d’une intervention plus affirmée de la puissance publique dans l’économie.
L’Istiqlal place le portefeuille des Marocains au premier rang de ses priorités. Dans son programme électoral présenté sous le slogan «Mon pays, mon avenir», le parti consacre tout un axe à l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages et au renforcement de la classe moyenne. Le diagnostic posé est celui d’une pression persistante sur les budgets familiaux, notamment sous l’effet de l’augmentation cumulée des prix alimentaires.
Pour y répondre, l’Istiqlal propose notamment de relever progressivement le salaire minimum et les pensions et d’améliorer le revenu net des ménages des secteurs public et privé, selon un calendrier qui serait négocié avec les partenaires économiques et sociaux. Le parti veut également instaurer un mécanisme national transparent de suivi des marges bénéficiaires sur les produits et services directement liés à la vie quotidienne : alimentation, soins, transport ou encore fournitures scolaires. Il propose parallèlement la création de sociétés régionales chargées de l’achat, du stockage et de la distribution des produits agricoles et alimentaires, avec un approvisionnement direct auprès des producteurs et des coopératives.
Retraites : accélérer la réforme
Le dossier des retraites figure explicitement parmi les engagements. L’Istiqlal propose d’«accélérer la réforme des caisses de retraite et unifier leurs normes», tout en instaurant une révision périodique des pensions prenant en considération l’inflation et les capacités de financement du système. Le programme ne précise pas toutefois les paramètres d’une telle réforme, notamment concernant l’âge de départ, les taux de cotisation ou les modalités de calcul des pensions.
Sur le front social, le parti avance également l'idée d'un «contrat social de sortie de la pauvreté» destiné aux ménages classés pauvres ou vulnérables dans le Registre social unifié. Les différents dispositifs (aide sociale directe, AMO-Tadamon, aide au logement et soutien à la scolarisation) seraient regroupés dans une carte familiale et un paquet d’aides.
En contrepartie, les familles devraient notamment assurer la scolarisation des enfants, le suivi médical et l’engagement des membres aptes au travail dans une formation ou une recherche active d’emploi. L’Istiqlal annonce en parallèle un plan national de renforcement de la classe moyenne à l’horizon 2031, assorti d’incitations fiscales et sociales ciblées.
Le logement constitue un autre volet important du programme. Le parti propose un mécanisme national de financement du premier logement destiné aux jeunes et à la classe moyenne.
L’idée consiste notamment à adosser l’aide directe au logement à un mécanisme de garantie des crédits afin de diminuer l’apport personnel demandé aux ménages et d'allonger les durées de remboursement. L’Istiqlal veut aussi mobiliser le foncier de l’Etat et des établissements publics pour produire des logements à prix encadrés. Les avantages fonciers ou fiscaux consentis aux promoteurs devraient, selon le programme, se traduire directement par une diminution du prix payé par l’acquéreur. Une offre immobilière spécifiquement destinée à la classe moyenne est également proposée, de même qu’une «voie rapide du logement» reposant sur la numérisation des procédures d’urbanisme et de construction et l’instauration de délais contraignants pour l'instruction des autorisations.
Le monde rural n’est pas oublié. Le parti préconise une législation spécifique à l’urbanisme et à la construction rurale, accompagnée de procédures simplifiées de régularisation, d’un élargissement de l’aide directe à l’auto-construction et de la création d’un guichet unique communal.
Education & santé
Dans l’éducation, le parti promet un programme exceptionnel de mise à niveau des écoles rurales, montagneuses et oasiennes. Il vise la rénovation et la connexion à Internet de 100% des établissements ciblés avant la fin de la prochaine législature. Les enseignants travaillant dans ces territoires pourraient bénéficier d’une «prime d’enseignement rural» et d’un avancement professionnel accéléré. Le programme prévoit également la généralisation effective et gratuite du préscolaire pour les enfants de 4 à 6 ans, ainsi que la création d’une plateforme nationale d’apprentissage numérique utilisant l’intelligence artificielle pour personnaliser l’accompagnement des élèves et détecter plus rapidement les difficultés scolaires.
L’enseignement privé est lui aussi concerné. L’Istiqlal veut encadrer les frais de scolarité, imposer une transparence préalable sur l’ensemble des coûts et réglementer les augmentations en fonction de critères objectifs. Dans la santé, l’une des propositions phares consiste à créer une Agence nationale des urgences, placée sous la tutelle du ministère de la Santé et de la Protection sociale. Le parti propose un numéro national unique pour les urgences médicales et veut déployer un protocole national de triage dans 100% des services d’urgence avant fin 2028. Son objectif affiché est également de former 2.000 médecins urgentistes à l’horizon 2031.
Plus largement, l’Istiqlal défend une autonomie accrue de gestion des hôpitaux publics, une contractualisation pluriannuelle sur leurs objectifs et leurs moyens, ainsi qu’un financement davantage lié à la performance.
Aucun jeune sans solution pendant plus de six mois
L’emploi des jeunes occupe également une place importante. Avec le programme «Mon expérience», le parti veut permettre à chaque diplômé de l’université ou de la formation professionnelle d’accéder à une première expérience professionnelle encadrée de 6 à 18 mois, assortie d’une rémunération, d’une couverture sociale et d’un accompagnement.
Un second dispositif, baptisé «Horizons», repose sur un engagement plus ambitieux : aucun jeune ne devrait rester plus de six mois sans études, formation, emploi ou accompagnement.
Selon son profil, il devrait se voir proposer un emploi, un stage, une formation, un soutien à la création d’entreprise ou un service civique rémunéré.
L’Istiqlal promet également de former 100.000 jeunes aux métiers numériques, notamment à la programmation, à l’intelligence artificielle, au design, à la traduction et au travail indépendant à distance. Au-delà du volet social, le programme développe une conception extensive de la souveraineté. Celle-ci ne se limite plus, dans la doctrine du parti, à l’intégrité territoriale : elle englobe l’eau, l’alimentation, l’énergie, les médicaments, les données, les technologies et l’appareil industriel. L’Istiqlal propose ainsi la création d’une «Boussole nationale de souveraineté», chargée d’identifier chaque année les dépendances extérieures du Maroc dans les secteurs stratégiques. Tout projet ou marché dépassant 500 millions de dirhams dans un secteur vital ainsi que certaines acquisitions étrangères devraient faire l’objet d’une évaluation préalable de leur impact sur la souveraineté nationale.
Le parti veut aussi imposer des niveaux minimaux de stocks stratégiques : 60 jours de carburants dans un premier temps, puis 90 jours, quatre mois de céréales de base et six mois de médicaments et vaccins vitaux. L’eau fait naturellement partie de cette stratégie. L’Istiqlal propose que toutes les nouvelles stations de dessalement soient alimentées par les énergies renouvelables, de tripler la réutilisation des eaux usées traitées à l’horizon 2031 et de conditionner davantage les aides agricoles à l’efficacité hydrique. Le programme veut enfin utiliser la puissance de la commande publique pour accélérer l’industrialisation du pays. L’une des mesures les plus structurantes consiste à modifier la réglementation des marchés publics pour introduire un critère de «valeur produite au Maroc» représentant au moins 30% de la notation des offres.
Celui-ci tiendrait compte du taux d’intégration locale, mais aussi du nombre et de la qualité des emplois créés. Pour les marchés stratégiques de plus d’un milliard de dirhams remportés par des fournisseurs étrangers, le parti propose une obligation de réinvestissement local correspondant à 30% de la valeur du contrat, notamment sous forme de transfert de technologies, de formation ou de recherche avec les universités marocaines.Dans l’automobile, l’objectif affiché est de tendre vers 80% d’intégration locale à l’horizon 2031 contre 60% pour l’aéronautique.
Le parti propose aussi qu’au moins 30% des marchés liés aux grands chantiers et à l’héritage de la Coupe du monde 2030 soient réservés aux TPME marocaines.
A travers ces propositions, se dégage une ligne relativement nette : davantage de protection du pouvoir d’achat, un Etat social renforcé, une commande publique utilisée comme instrument de politique industrielle et une réduction des dépendances extérieures dans les secteurs stratégiques. Reste une question que l’énumération des engagements ne suffit pas à résoudre : celle de leur financement, de leur calendrier détaillé et de la capacité de l’administration à les exécuter simultanément. C’est sur ce terrain, au-delà de la promesse électorale, que se mesurera la faisabilité du projet porté par l’Istiqlal.
Par D. W.