C’est dans une atmosphère intimiste que l’autrice Françoise Benomar a présenté, jeudi soir à Artorium, son nouvel ouvrage «L’Œil des représailles», à la Fondation TGCC.
Devant un public attentif, l’écrivaine s’est prêtée aux échanges, allant spontanément à la rencontre des invités pour discuter de son œuvre et partager ses réflexions.
Une manière de briser les barrières entre l’autrice et ses lecteurs, laissant toute la place à l’art et au dialogue.
Modérée par Olivier Kambiré, chargé de la programmation littéraire et éducative de la Fondation TGCC, la rencontre a permis de plonger dans l’univers de ce roman que Françoise Benomar présente comme une œuvre à la croisée du réel, de la fiction et de la philosophie.
«Je suis tombée sur une réalité en Ouganda liée à la construction d’un pipeline. Des familles ont été déplacées, des vies bouleversées. À partir de là, j’ai créé le personnage de Victoria», explique-t-elle.
L’héroïne est contrainte de quitter son pays après avoir été chassée de ses terres. Son destin bascule ensuite dans une succession d’épreuves, notamment après les violences, dont un viol qu’elle subit au sein de sa famille d’accueil au Bénin.
Mais au fil de l’histoire, elle trouve sur sa route un autre personnage tout en symbole, Myriam Makeba, qui deviendra sa compagne de route dans un périple initiatique traversant plusieurs pays et plusieurs réalités africaines.
«Ce qu’elle vit est une réalité africaine. Mais ce qu’elle traverse peut aussi se vivre ailleurs dans le monde», souligne l’autrice.
De l’Ouganda au Bénin, en passant par le Cameroun, les États-Unis, Cuba puis Haïti, chaque étape du voyage possède une portée symbolique. Ces territoires deviennent autant de lieux de souffrance, d’apprentissage puis de reconstruction et de liberté.
Considéré comme un roman philosophique, «L’Œil des représailles» mêle ainsi événements réels, spiritualité et quête existentielle. Le titre lui-même renvoie à une présence protectrice et symbolique qui accompagne les personnages tout au long de leur parcours.
«Il m’a fallu deux ans pour écrire le livre et six mois pour le corriger. Rien n’a été fait de manière anodine. Chaque étape repose sur des recherches et sur des réalités qui existent», confie Françoise Benomar.
Au fil du récit, la musique et sa pratique apparaissent comme une force salvatrice. À travers la création artistique, les personnages parviennent à dépasser les traumatismes et à reprendre en main leur destin.
«L’art peut nous sauver de situations très difficiles. La musique est le fil conducteur de cette histoire», insiste l’écrivaine.
Malgré les drames et les violences qui jalonnent leur parcours, Victoria et ses compagnons finissent par trouver une issue heureuse. Une façon pour l’écrivaine de rappeler que l’espoir demeure possible, même après les épreuves les plus sombres.
Avec «L’Œil des représailles», Françoise Benomar, également photographe, historienne de l’art, commissaire d’exposition et critique d’art et de cinéma, livre ainsi une fresque romanesque et philosophique où la fiction dialogue constamment avec la réalité, portée par la conviction que l’art et la liberté peuvent ouvrir la voie à de nouveaux horizons.
Prolifique, l’écrivaine prépare déjà la sortie de trois autres romans, histoire de maintenir intact l’amour des mots et du verbe. À noter que l’ouvrage a été publié à travers sa maison d’édition «Écrans Blancs».
I.B