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Cancer du col de l’utérus: Une maladie vicieuse et mortelle

Cancer du col de l’utérus: Une maladie vicieuse et mortelle

Au Maroc, le cancer du col de l’utérus est le deuxième cancer qui touche la gente féminine après celui du sein. 

Chaque année, près de 3.400 cas sont détectés.

 

Par M. Boukhari

Le cancer, ce mal du siècle, ne cesse de faire des ravages dans le monde. Le Maroc n’est pas en reste, puisque le cancer du col de l’utérus (CCU), entre autres, y sévit depuis plusieurs années. Le constat est sans appel : c’est le second cancer féminin dans le Royaume. Bien qu’il soit considéré comme l’un des cancers les plus évitables et les plus curables, il n’en demeure pas moins qu’il continue d’arracher des milliers de vies annuellement. 

En effet, selon le Centre international de recherche sur le cancer (IARC)-Globocan 2018, le total des décès provoqués par le cancer du col de l’utérus, au Maroc, est passé de 1.076 en 2012 à 2.465 décès en 2018. En ce qui concerne le nombre de cas atteints dudit cancer, il a enregistré une hausse considérable, passant de 2.258 nouveaux cas par an en 2012 à 3.388 en 2018. 

«Selon le registre des cancers de la région du Grand Casablanca, l’incidence du CCU est de 14 nouveaux cas pour 100.000 femmes, ce qui représente un taux d’incidence élevé comparé aux pays occidentaux», fait savoir l’association Dar Zhor. Elle ajoute que le Maroc a le taux (8,1%, ndlr) de cancer du col de l’utérus le plus élevé dans la région EMRO (Méditerranée orientale) et la région MENA. 

 

Main dans la main

Prenant à bras-le-corps ce problème de santé publique, l’association Dar Zhor souhaite, à l’occasion du mois de janvier, mois de prévention et de sensibilisation contre le CCU, contribuer à deux niveaux :

• Information et sensibilisation à l’importance de la vaccination des filles de 9 à 15 ans ainsi qu’à la nécessité du dépistage chez les femmes; 

• Offre de soins non médicamenteux aux femmes adultes touchées par un cancer afin d’améliorer leur qualité de vie en leur apportant, à titre d’exemple, un soutien psychologique et nutritionnel, en plus de différentes actions d’accompagnement en fonction de leurs besoins. 

Outre le traitement communément admis, un accompagnement psychologique n’est jamais à exclure et est même d’une importance cardinale pour les femmes chez qui «les effets indésirables, tels que la ménopause induite viennent augmenter la détresse, en plus de celle provoquée par la maladie. La préservation de la qualité de vie constitue un objectif important et permanent dès le début du parcours de soins et durant toute la durée de la maladie et du suivi», précise l’association. 

 

Agissons vite !

Comme pour toute maladie, le temps perdu ne se rattrape jamais. De ce fait, une prise en charge tardive des patientes a, dans la plupart des cas, des conséquences irréversibles sur leur état de santé. D’où la nécessité de recourir, autant que possible, à deux mesures de prévention clés : la vaccination et le dépistage précoce, à savoir le test PAP (outil principal utilisé pour le dépistage du CCU). Ces deux recours gagnent davantage en importance lorsqu’on sait que le CCU progresse lentement et généralement sans symptômes.  Toutefois, dans le cas où le cancer est plus avancé, certains symptômes peuvent émerger. Il s’agit notamment de saignements vaginaux après les rapports sexuels, menstruations plus abondantes ou de plus longue durée, douleurs se situant au bassin ou au bas du dos, écoulements vaginaux nauséabonds, etc. 

Au Maroc, avant l’année 2010, près des deux tiers des cas de cancer du col utérin étaient diagnostiqués et pris en charge à un stade très avancé, et ce au niveau des différents centres d’oncologie. Afin de rectifier le tir, un «Programme national marocain de lutte contre le CCU» basé sur la pratique de l’inspection visuelle a été mis en place en 2010.

Ledit programme permettait un dépistage et, dans le cas échéant, un traitement immédiat des lésions précancéreuses. Là où le bât blesse, c’est au niveau de sa nonimplémentation dans toutes les régions du pays.  Un programme sur-mesure Suite aux défaillances détectées dans la première version du programme national de lutte contre le CCU, le ministère de la Santé et la Fondation Lalla Salma ont procédé à l’élaboration d’un nouveau plan baptisé «Plan national de prévention et de contrôle du cancer» (PNPCC 2020-2029).

Ce dernier a apporté plusieurs nouveautés relatives notamment à la gouvernance et la qualité des soins, tout en mettant en avant des actions novatrices dans l’ensemble des domaines.  Par ailleurs, dans le cadre de la mise en œuvre du PPNC, un programme structuré de détection précoce des cancers du sein et du col de l’utérus a été établi et a rendu possible le renforcement de l’offre de soins en termes de dépistage, de diagnostic et de prise en charge de ces deux cancers.  En 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé la Stratégie mondiale pour l’élimination du CCU. Elle s’articule autour de trois axes essentiels : la vaccination de 90% des filles contre le VPH, le dépistage des lésions précancéreuses chez 70% des femmes, en plus de l’accès au traitement et aux soins palliatifs pour 90% de celles qui en ont besoin.

«La combinaison de ces mesures pourrait réduire de plus de 40% le nombre de nouveaux cas et éviter 5 millions de décès d’ici à 2050», renchérit l’association. Notons que la vaccination contre l’infection HPV ou Human papillomavirus, principale cause du CCU, a été introduite dans le calendrier national de vaccination depuis octobre 2022. D’après l’association Dar Zhor, ce service délivré par les centres de santé au niveau national est gratuit et volontaire. La cible principale est, a priori, les fillettes de 11 ans, lesquelles reçoivent 2 doses à 6 mois d’intervalle.  

 

Trois questions au Dr. Fadwa Qachach, spécialiste en oncologie et radiothérapie 

 

Finances News Hebdo : Selon vous, quelles sont les principales causes du cancer du col de l’utérus ?

Dr. Fadwa Qachach : La cause principale reste l’infection par le HPV (Human papillomavirus) et plus particulièrement les sous types 16 et 18. Cette infection sexuellement transmissible est fréquente et peut, parfois, notamment sous l’influence d’autres facteurs, provoquer la formation de lésions précancéreuses, puis éventuellement cancéreuses. D’autres facteurs peuvent être incriminés, notamment la précocité des rapports sexuels, le fait d’avoir eu plusieurs enfants (multiparité), la multiplicité des partenaires, le tabagisme, la consommation abusive d’alcool, l’utilisation prolongée de contraceptifs hormonaux, l’immunosuppression ou certaines infections sexuellement transmissibles tel que le chlamydia ou l’herpès génital.

 

F.N.H. : Quels sont  les types de traitements proposés ?

Dr. F. Q. : Aux stades très précoces, appelés précancéreux, la guérison est obtenue quasisystématiquement. Le traitement est basé sur l’ablation par voie vaginale (conisation) de la partie du col portant les lésions. Cette technique permet de préserver la fertilité.  Aux stades strictement localisés, plusieurs traitements pourront être proposés. La chirurgie permettra d’enlever l’utérus (hystérectomie) ainsi que les ganglions pelviens et souvent les ovaires. Dans certaines situations, il s’agira d’une chirurgie plus conservatrice permettant de conserver l’utérus chez les patientes désireuses de grossesse. La radiothérapie est réalisée par irradiation externe et endovaginale (curiethérapie). Dans certains cas, une chimiothérapie peut être prescrite en complément. Une combinaison des traitements suscités peut être réalisée. Aux stades II (avec atteinte de l’enveloppe utérine) et III, le traitement consiste principalement en une combinaison de radiothérapie et de chimiothérapie. Aux stades IV métastatiques, la chimiothérapie est le traitement principal.

 

F.N.H. : Pouvez-vous nous citer quelques exemples de moyens de prévention contre le CCU ? 

Dr. F. Q. : La prévention du cancer du col de l'utérus se fait par deux moyens : le frottis de dépistage afin de détecter des lésions pré-cancéreuses du col ou l’infection par virus HPV et la vaccination contre ce dernier. Le frottis cervico-vaginal est réalisé chez les femmes dès les premiers rapports sexuels tous les 3 ans, après 2 tests normaux réalisés à un an d’intervalle, et ce jusqu’à 65 ans. La vaccination contre le virus HPV est réalisée chez les filles (et les garçons) entre 11 et 14 ans. Elle peut également être proposée en rattrapage jusqu’à 19 ans inclus. Cette vaccination est d’autant plus efficace qu’elle est faite avant les premiers rapports sexuels ayant pu exposer au papillomavirus. Pour les filles, une fois à l’âge adulte, cette vaccination ne change rien au rythme des examens de dépistage (frottis) décrit précédemment. Ce vaccin a été intégré au calendrier vaccinal des jeunes filles au Maroc en 2022. De plus, l’arrêt du tabac peut contribuer à prévenir ce cancer chez les femmes infectées par le HPV.

 

 

 

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