Le président américain Donald Trump a présenté son nouveau plan tarifaire mercredi 2 avril. Ce plan vise l’augmentation des droits de douane sur les importations américaines provenant de tous les pays.
Si le niveau des augmentations n’est pas le même pour tous les partenaires commerciaux des Etats-Unis, la décision de Trump induit le monde entier dans une nouvelle ère commerciale où le maître-mot serait le protectionnisme contre le libre-échange.
Après des décennies de guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis dont le but est de freiner l’essor économique de la Chine, Trump conduit-il le monde vers une guerre commerciale générale ?
Les prémices de la décision du président américain, dont l’effet le plus culminant reste l’arrêt du financement alloué à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), se succèdent depuis sa prise de fonctions en janvier dernier.
L'Organisation avait qualifié le plan Trump de «désastreux» et de «perturbateur» de l’action de l'organisation dans la promotion du commerce international et, par induction, sa capacité à stimuler l'économie mondiale.
Elle a appelé les pays touchés par les décisions de Trump de ne pas répliquer par des augmentations similaires afin d'éviter une guerre commerciale globale qui compromettrait la capacité de l'économie mondiale à créer de la croissance et des opportunités d'emploi.
Cependant, les dommages que le plan de Trump infligera aux pays touchés, en particulier à la Chine, les pousseront inévitablement à réagir pour protéger leurs économies.
Dans ce sens, la Chine n’a pas tardé à répliquer en augmentant les droits de douane sur les produits américains. Il est à rappeler que le plan de Trump prend effet dans un contexte de crise institutionnelle déjà paralysante au sein de l’OMC, marquée par le blocage du cycle de Doha initié en 2002.
Le président américain argumente sa décision en insistant sur le droit des Etats-Unis de défendre leurs intérêts et d’accéder, selon lui, à une justice commerciale en taxant les produits des pays qui appliquent des droits de douane sur les produits américains et par ceci finir avec l’exploitation des USA par l’ensemble du monde.
Parmi les secteurs qui seront fortement touchés par l’augmentation des droits de douane américains, on cite le secteur de l’industrie automobile, sur lequel des augmentations douanières importantes seront appliquées, dans le but de limiter les importations des voitures fabriquées hors des États-Unis.
Le secteur automobile est l’un des secteurs les plus sensibles aux crises et à la hausse des prix. Il a été lourdement touché lors de la crise financière mondiale de 2008, lorsque les ventes des voitures ont chuté d’environ 40% et plus d’un quart des travailleurs du secteur a été licencié
L’imposition de l’industrie automobile, bien qu’elle entraînerait une hausse des prix des voitures et une réduction de la demande de voitures étrangères sur le marché américain, ses effets s’étendront également au secteur automobile américain, qui dépend en grande partie de fournisseurs extérieurs.
Le secteur de l’acier et de l’aluminium sera aussi lourdement touché, dans le but de protéger l’industrie métallurgique américaine. Cela affecterait les exportations de métaux en provenance d’Allemagne, du Mexique et du Canada.
Au niveau national, les exportations marocaines vers les Etats-Unis seront confrontées à une augmentation de 10% des droits de douane. Cette augmentation, bien qu’inférieure aux augmentations moyennes connues par d’autres pays, impactera négativement les exportations marocaines vers les Etats-Unis (3% des exportations totales du Maroc).
Les effets du plan Trump sur le secteur de l’automobile au niveau international se répercuteront négativement sur l’industrie automobile nationale émergente, suite à la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales à toutes les étapes de la production.
Sur un autre registre, le Maroc profitera de la baisse du prix du baril du pétrole, induite par la réponse des marchés au plan Trump, anticipant la baisse de la demande mondiale surtout celle en provenance de la Chine.
Mais cette baisse ne sera pas durable (une décision de l’OPEP d’ajustement de l’offre est prévue) et en l’absence d’une stratégie nationale de stockage du pétrole, l’aubaine du prix du baril ne sera que passagère.
Le Royaume pourra également être impacté négativement par la baisse de la demande adressée de ses partenaires commerciaux, suite à l’ajustement de leurs productions en réponse au plan Trump.
Ceci étant, la politique commerciale protectionniste illustrée par le plan Trump est une réponse aux différentes crises subies par l’économie américaine lors des dernières années notamment les lourds effets de la pandémie de la Covid 19 ainsi que ceux des différentes tensions géopolitiques.
Aussi, le protectionnisme américain, dont le maître-mot est «America first», imposera une nouvelle ère pour le commerce international ainsi qu’une nouvelle génération de règles régissant les échanges internationaux et induira certes de nouveaux blocs commerciaux.
Dr Selma Sidki
Professeur d'économie internationale
Auparavant conseillère du ministre du Commerce extérieur