Le PAM arrive en tête avec moins de voix qu’en 2021, le RNI perd près des deux tiers de ses suffrages locaux et le PJD retrouve des électeurs.
Ces déplacements s’inscrivent dans un scrutin auquel n’a participé qu’un peu plus d’un Marocain en âge de voter sur cinq, selon les estimations disponibles.
Les 97 sièges du PAM lui donnent la première place à la Chambre des représentants. Ils ne disent pourtant pas combien de citoyens l’ont choisi, ni comment son assise a évolué.
Avec 1,04 million de voix locales, contre 1,40 million en 2021, le parti remporte les législatives en ayant perdu un quart de ses suffrages. Sa victoire traduit ainsi une meilleure résistance que celle de ses partenaires de gouvernement, davantage qu’un élargissement de son électorat.
Car le recul du RNI est autrement plus marqué. Ses voix locales passent de 2,10 millions à quelque 719.000, soit une chute de 65,8%, tandis que l’Istiqlal en perd 41,2%.
Ensemble, les trois partis de la majorité sortante abandonnent 2,26 millions de suffrages locaux. À l’inverse, le PJD retrouve des électeurs puisqu'il passe d’environ 323.000 à 696.000 voix, soit une progression de 115,7%.
Ce redressement ne permet cependant pas de conclure que les électeurs perdus par la majorité se sont directement reportés sur lui. Entre changements de parti, abstention et nouveaux votants, les résultats agrégés ne retracent pas les parcours individuels.
Pour mesurer ces évolutions sur une base comparable, les décomptes retenus ici portent exclusivement sur les voix locales. En 2026, le PAM en recueille précisément 1.043.781, devant l’Istiqlal avec 751.672, le RNI avec 718.630 et le PJD avec 696.031.
L’Istiqlal devance donc le RNI dans les urnes locales, alors que ce dernier dispose d’un siège de plus à la Chambre.
Ce décalage tient notamment à une attribution des sièges effectuée circonscription par circonscription : le total national des voix ne se transforme pas mécaniquement en représentation proportionnelle.


Il faut également tenir compte des deux choix proposés à l’électeur pour élire les députés, l’un pour une liste locale, l’autre pour une liste régionale.
Un même votant peut soutenir un parti au local et un autre au régional. Additionner ces suffrages ne donne donc pas le nombre de personnes ayant choisi une formation. Pour éviter ce double comptage, les voix régionales ne sont pas intégrées aux comparaisons présentées ici.
En dehors du classement, le choix du dénominateur modifie sensiblement la lecture des résultats. Sur les 4.900.377 suffrages locaux valides, le PAM en recueille 21,30%. Mais ses voix représentent 6,61 % de l’ensemble des électeurs inscrits. Pour l’Istiqlal, ces proportions sont respectivement de 15,34% et 4,76%.
Elles atteignent 14,66% et 4,55% pour le RNI, puis 14,20% et 4,40% pour le PJD. La position de chaque parti parmi les suffrages exprimés apparaît ainsi sous un autre jour lorsqu’elle est rapportée à l’ensemble du corps électoral.
Le taux de participation de 38,08 % annoncé par le ministère de l’Intérieur est lui-même calculé sur les 15,80 millions d’inscrits.
Il correspond à environ 6,02 millions de votants, laissant près de 9,78 millions d’inscrits à l’écart des urnes. Or, cette abstention ne couvre qu’une partie de la faible mobilisation : elle ne comprend pas les citoyens en âge de voter qui ne figurent pas sur les listes.
On estime cette population en âge de voter à 26,7 millions de personnes. Sur cette base, la participation représente environ 22,5%, soit un peu plus d’un adulte concerné sur cinq.
Ce rapprochement demeure indicatif, faute d’harmonisation complète du périmètre démographique avec celui des listes électorales, notamment pour les Marocains de l’étranger. Il souligne néanmoins l’importance de la non-inscription, que le seul taux officiel de participation ne mesure pas.
Enfin, tous les votes déposés ne deviennent pas des suffrages valides. En rapprochant les quelque 6,02 millions de votants des 4,90 millions de voix locales valides rapportées par Alyaoum24, l’écart est estimé à 1,12 million, soit environ 18,6 % des votants.
Ce calcul ne constitue pas un décompte officiel des votes blancs. Faute de ventilation nationale vérifiée, ceux-ci ne peuvent être isolés des autres votes non valides, lesquels peuvent notamment résulter d’erreurs de remplissage ou d’autres causes d’invalidation.
Si ces différentes données permettent de mieux mesurer l’assise électorale des partis, elles ne suffisent pas à attribuer une intention politique à ceux qui n’ont pas exprimé de choix valide.
Les non-inscrits, les abstentionnistes et les électeurs dont le bulletin a été invalidé ne forment pas une même famille politique. Les réunir sous une bannière de rejet reviendrait à leur prêter une position que les résultats ne permettent pas de connaître.
Ces rapports de force vont désormais peser sur la formation du prochain gouvernement. Arrivé en tête, le PAM est le parti au sein duquel le Roi doit nommer le chef du gouvernement.
Avec 97 sièges, il devra toutefois trouver des alliés pour réunir une majorité. Une reconduction de l’alliance avec le RNI et l’Istiqlal lui offrirait 228 sièges sur 395, mais les négociations diront si cette formule est retenue. Les trois partenaires disposeraient alors d’une majorité parlementaire malgré la forte érosion de leurs voix.