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Pouvoir d’achat : Les automobilistes, ces cocus du gouvernement !

Pouvoir d’achat : Les automobilistes, ces cocus du gouvernement !
 
Connaissez-vous l’application «Mahatati» ? Elle permet aux citoyens (particuliers ou professionnels) de savoir en temps réel les prix des carburants dans les différentes stations-service du Maroc. S’il y a peu elle ne suscitait pas forcément un très grand intérêt, actuellement, elle reste très utile. Avec la flambée des cours du pétrole à l’international, les automobilistes sont de plus en plus attentifs aux prix à la pompe qui, depuis plusieurs semaines, sont sur un trend haussier inquiétant. Nous avons donc parcouru notre fameuse application. Elle nous renseigne que d’une station à l’autre, l’écart de prix peut être important, et atteindre plus de 2 DH.
 
Dans cette conjoncture, c’est forcément avec beaucoup d’appréhension que l’on regarde le compteur tourner quand on décide de faire le plein. «Pour le moment, j’ai abandonné l’Excellium au profit du gasoil normal qui est moins cher, mais dont le prix du litre reste quand même élevé. Avec ma Ford Focus, il me fallait 320 DH pour faire le plein. Aujourd’hui, je dois dépenser 500 DH», affirme un collaborateur, visiblement dépité. 
 
Il y a du dépit, mais également de la colère. De la colère parce qu’il y a quelques années de cela, les automobilistes étaient dans leur zone de confort. Coup d’œil dans le rétroviseur. Une étude du haut-commissariat au Plan (HCP) publiée en juin 2018 montre qu’avant 2011, les prix des carburants ont connu une croissance modérée de 0,4%. Entre 2012 et 2014, la hausse moyenne s’est située à 8,3%. A partir de 2015, les fluctuations ont été relativement plus accentuées.
 
L’année 2016, qui marque le début de la libéralisation totale des hydrocarbures, a été un tournant majeur dans l’évolution des prix : le litre du gasoil, qui était 7 DH au début de cette année-là, est passé à presque 10 DH à fin mai 2018, soit une évolution de pratiquement 43%. Comparé à 2016, les prix du gasoil ont donc aujourd’hui plus que doublé, s’affichant à plus de 14,30 DH le litre.
 
 
La réponse du gouvernement
 
Quelle est alors la posture du gouvernement face à cette flambée des prix ? Elle peut se résumer ainsi : si vous êtes transporteur routier, vous bénéficiez d’une oreille attentive de la part de l’Exécutif. Si vous n’êtes qu’un «simple» automobiliste, vous n’êtes pas dans ses bonnes grâces et on vous ignore, si ce n’est du mépris. 
 
Pourquoi ce traitement que l’on peut qualifier de discriminatoire ? Les transporteurs routiers ont un pouvoir de nuisance terrible, en ce qu’ils peuvent paralyser toute l’économie nationale. Les automobilistes se contentent de brailler et fulminer sur les réseaux sociaux. 
 
C’est pourquoi les transporteurs routiers sont chouchoutés par le gouvernement. Après leur avoir octroyé un soutien financier… sonnant et trébuchant, qui semble cependant ne pas leur avoir suffi, le ministère du Transport a annoncé, le 5 avril, une mesure choc pour désamorcer une nouvelle grève qui s’annonçait : l’élaboration d’un projet de loi relatif à l’indexation des prix du transport routier aux prix du carburant. L’on ne connaît pas encore la teneur de ce projet de loi, mais il nous renseigne sur la puissance du lobby du secteur du transport routier. 
 
Il arrive à faire plier le gouvernement, pendant qu’en face rien n’est fait pour les automobilistes afin de préserver leur pouvoir d’achat. Au lieu d’apporter une solution globale à un problème structurel, l’Exécutif tente plutôt de s’acheter une paix sociale en adhérant aux exigences d’une profession, quitte à en frustrer d’autres. D’ailleurs, le secteur de la distribution s’est de suite introduit dans la brèche, demandant, lui aussi, sa part du gâteau. Par la voix de leur Fédération «Tijara», les professionnels tirent la sonnette d’alarme, estimant que «la hausse des prix du carburant devient une véritable entrave qui pénalise les acteurs de la distribution».
 
Dans un communiqué publié le 7 avril, elle souligne que «l’impact de la hausse du litre de 8,6 dirhams en moyenne en 2021 à 14 dirhams en 2022, génère une augmentation sur coût direct de 1,5 à 3% en fonction de la taille des distributeurs», tout en relevant que le secteur de la distribution «traite certes de gros volumes, mais contre des marges très réduites comprises seulement entre 1 et 2%». Ainsi, «les acteurs du secteur expriment leur étonnement d’avoir été exclus des aides gouvernementales», et «interpellent le gouvernement en demandant à être entendus par le ministre de tutelle et du Transport, proposant une réunion de crise et ce, en urgence afin de sauver le secteur». 
 
Cette hausse des prix du carburant touchant toutes les activités, gageons qu’après les opérateurs du secteur de la distribution, d’autres professions iront tambouriner aux portes du gouvernement pour demander, elles aussi, de l’aide. 
 
 
Le pouvoir d’achat en question
 
Le gouvernement avait fait une promesse, qui est d’ailleurs le socle sur lequel a été érigé la Loi de Finances 2022 : préserver le pouvoir d’achat des ménages. Pourtant, actuellement, c’est peu de dire qu’il a failli à sa promesse. Entre la hausse des prix des denrées alimentaires et celle des carburants, les citoyens passent pour de vrais cocus. 
 
Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de dire que l’Exécutif est responsable de cette inflation, mais il n’apporte pas les solutions appropriées pour contenir la cherté de la vie. C’est en tout cas le sentiment qui nourrit actuellement l’automobiliste qui va faire son plein d’essence ou de gasoil. D’autant que pour plusieurs observateurs, l’Etat dispose de leviers sur lesquels il peut agir, dont notamment le plafonnement du tarif des carburants et des marges des distributeurs d'hydrocarbures.
 
Il faut rappeler que les prix à la pompe dépendent du taux de change du Dollar et des coûts de revient des importateurs, des distributeurs, du stockage et des marges commerciales. Selon les opérateurs du secteur, le prix de vente du gasoil par exemple est constitué de près de 50% du prix d’achat, 35% de taxes et 15% de marges commerciales, indique le HCP. 
 
En février dernier, le ministre du Budget, Fouzi Lekjaa, qui analysait la hausse des prix à la consommation, a donné un complément d’informations intéressant : la taxe sur les produits pétroliers au Maroc s'élève à 10%, et le poids des taxes dans la composition du prix de vente final est de 37% pour le gasoil et 47% pour l’essence. Partant de ces chiffres, l’un de nos fidèles lecteurs, expert dans le domaine des assurances, a fait une analyse intéressante.
 
«Lorsque le Diesel est à 10 DH, l'Etat récupère 3,70 DH/litre. Quand le Diesel passe à 15 DH, l'Etat récupère 5,55 DH/litre. L'augmentation du prix du carburant de 50% implique une augmentation de 50% des recettes de l’Etat provenant du carburant, et probablement des recettes de toute la chaîne de distribution. En ces temps d'exception, il faudrait figer les taxes sur les carburants et les marges des distributeurs à un montant fixe en DH/litre et non plus en pourcentage. Ainsi, le consommateur ne supportera que l'augmentation du prix du baril, sans que celle-ci soit démultipliée pour donner l'augmentation du prix à la pompe», suggère-t-il.
 
Pour l’instant, le gouvernement a mis des boules quies. Car, quoi qu’on dise, il tire profit de cette conjoncture particulière. Plus les prix à la pompe montent, plus l’Etat engrange des recettes fiscales. Il ne va donc pas baisser les taxes sur les hydrocarbures, parce que ce serait un manque à gagner considérable pour le Budget. Il préfère ainsi laisser les automobilistes trinquer que de trinquer. Alimentant, tout autant, la grogne sociale.
 
 
 
Par F.Z Ouriaghli
 
 

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