Le Parti de la justice et du développement (PJD) met sur la table un programme particulièrement dense : 467 mesures réparties en cinq grands axes.
Sous le signe de la «dignité du citoyen», le parti articule son offre autour de l’identité et de la famille, de la réforme politique, des services publics et de la protection sociale, de l’économie et de la politique étrangère.
Le document assume d’emblée un diagnostic très sévère de la mandature gouvernementale qui s’achève.
Le PJD lui reproche notamment d’avoir approfondi les disparités sociales et territoriales, affaibli la confiance dans les institutions, insuffisamment créé d’emplois et échoué à tenir plusieurs engagements de son programme. Le parti qualifie même l’orientation économique suivie de «libérale sauvage, rentière et prédatrice».
Pour étayer ce réquisitoire, le programme met en avant plusieurs indicateurs : 1,6 million de chômeurs en 2025, un taux de chômage de 13%, dépassant 37% chez les 15-24 ans, et un jeune sur trois âgé de 15 à 29 ans qui ne serait ni en emploi, ni scolarisé, ni en formation.
Le parti souligne également que seuls 94.000 emplois auraient été créés entre 2022 et 2025, très loin, selon lui, de l’engagement gouvernemental d’un million d’emplois nets.
Sur cette base, le PJD veut construire une nouvelle offre politique dont le principe directeur est clairement énoncé : placer l’être humain au centre de l’action publique.
Le parti baptise ainsi son projet «Programme de la dignité», avec quatre droits mis en avant : un enseignement de qualité, une couverture médicale effective, un emploi décent et une société solidaire.
Pouvoir d’achat : surveillance des prix et marges sur les carburants
Le volet économique figure parmi les parties les plus offensives du programme. Le PJD veut passer de ce qu'il considère comme une économie de rente, de conflits d’intérêts et de monopoles à une économie fondée sur la production, la concurrence et l’égalité des chances.
Le parti place notamment au centre de sa doctrine économique le triptyque «investissement-croissance-emploi». Son constat : l’importance des investissements réalisés ne se traduit pas suffisamment en croissance et, surtout, en emplois.
L’objectif affiché est donc de passer de la «croissance pour la croissance» à une croissance durable créatrice d’emplois.
Parmi les propositions, figure l’organisation d’Assises nationales de l’investissement, de la croissance et de l’emploi, dont les recommandations seraient traduites dans une loi-cadre.
Le PJD veut également réserver une part des marchés publics aux très petites entreprises et simplifier leur accès à la commande publique.
Sur le terrain fiscal, une mesure retient particulièrement l’attention : le parti propose un taux d’impôt sur les sociétés de 40% pour les entreprises évoluant dans des secteurs en situation de monopole, de quasi-monopole ou d’oligopole, citant notamment les grandes entreprises des hydrocarbures, des télécommunications et du ciment.
A l'inverse, il propose de ramener l'IS à 10% pour les très petites et petites entreprises dont le bénéfice annuel est inférieur à 300.000 DH.
La question des carburants occupe également une place importante. Le PJD souhaite mettre en place un dispositif permanent de contrôle et de suivi permettant d’encadrer et de plafonner les marges bénéficiaires des sociétés d’importation et de distribution des hydrocarbures.
Il propose parallèlement de réhabiliter les capacités nationales de raffinage et de stockage et de lever les obstacles juridiques et pratiques à la remise en activité de la raffinerie Samir.
Pour les produits alimentaires de base, le parti préconise des commissions provinciales permanentes chargées de contrôler les prix et la qualité et de lutter contre la spéculation et les situations de monopole.
Le programme accorde par ailleurs une attention particulière aux TPE et PME. Le PJD propose notamment d’obliger les banques à consacrer une proportion déterminée de leurs crédits aux très petites, petites et moyennes entreprises ainsi qu'aux entreprises industrielles.
Un régime incitatif spécifique serait par ailleurs créé pour les microentreprises dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 3 millions de DH, dans le cadre d’un «Small Business Act» regroupant les différents mécanismes de soutien.
Pour les jeunes ni en emploi, ni scolarisés, ni en formation (NEET), le parti propose une politique publique spécifique associant formation, accompagnement social, stages et entrepreneuriat.
Le numérique n’est pas oublié. Le programme prévoit un statut spécifique pour l’entrepreneur numérique, l’intégration de formations à l’intelligence artificielle, à la programmation, à la gestion des données et à la cybersécurité dans les établissements de formation professionnelle, ainsi que la création d’une plateforme nationale de freelancing mettant en relation les jeunes compétences marocaines avec des opportunités de travail locales et internationales.
Protection sociale & éducation
Le troisième axe du programme est consacré aux services publics et à la protection sociale. Le PJD veut notamment revoir les critères et les seuils d’accès à l’aide sociale directe et harmoniser ceux de l’AMO Tadamon avec ceux du Programme d’aide sociale directe.
Le parti propose aussi que les consommations de base d’eau, d’électricité, de gaz et de téléphone ne puissent plus conduire à l’exclusion d’un ménage de ces dispositifs.
Il souhaite leur substituer des critères liés notamment au revenu réel, à la charge familiale, au handicap et aux maladies chroniques.
Le programme prévoit également l’amélioration du montant minimum des pensions et le traitement de la situation de plus de 54.000 veuves qui, selon le parti, auraient été exclues de l’aide sociale directe alors qu’elles bénéficiaient auparavant du programme d’aide aux veuves.
Sur la santé, le PJD avance plusieurs propositions : rétablir le droit à la couverture médicale de personnes anciennement bénéficiaires du RAMED, instaurer une couverture médicale indépendante pour les étudiants, intégrer les parents dans les droits des assurés et revoir la politique de tarification des médicaments.
En outre, en matière d’éducation, le parti propose de supprimer la distinction entre les «écoles pionnières» et les autres établissements afin, selon son programme, de garantir une école publique unifiée et de qualité.
Sur la question linguistique, le PJD souhaite faire de l’arabe la langue principale d’enseignement, tout en recourant à l’alternance linguistique pour certaines matières scientifiques et techniques dans une limite de 30% du volume d’enseignement concerné.
Il prévoit parallèlement de développer la place de l’amazigh à l’école.
Autre proposition : supprimer la limite d’âge de 35 ans pour participer aux concours de recrutement des cadres éducatifs et revenir aux règles appliquées dans la fonction publique.
Le parti ambitionne également de porter progressivement le financement de la recherche scientifique à 1,5% du PIB et de créer au moins un pôle universitaire intégré dans chaque région.
Sur le terrain institutionnel, le PJD entend remettre au premier plan la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts. Il propose de réactiver la Stratégie nationale de lutte contre la corruption et la Commission nationale chargée de ce dossier.
Le programme préconise également de criminaliser l’enrichissement illicite, renforcer la protection des fonctionnaires qui signalent des faits de corruption, revoir le dispositif de déclaration obligatoire du patrimoine et de légiférer sur les conflits d’intérêts.
La justice constitue un autre chantier. Le parti veut améliorer l’exécution des décisions de justice rendues contre l’Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics, renforcer les garanties du procès équitable et approfondir la réforme du système judiciaire.
Famille et identité : une ligne conservatrice assumée
Le premier axe du programme est consacré à l’identité islamique et nationale, à la famille et aux «valeurs marocaines authentiques».
Le PJD défend une politique familiale nationale intégrée comprenant notamment des mécanismes de lutte contre le divorce, la violence et le décrochage scolaire, des programmes de préparation au mariage et un fonds destiné à encourager le mariage des jeunes.
Sur le Code de la famille, la position est explicite : le parti entend s’opposer à toute révision qui, selon lui, porterait atteinte aux constantes constitutionnelles communes de la nation marocaine et aux principes qu’il rattache à la stabilité familiale.
Enfin, le cinquième axe est consacré à la politique étrangère. Le PJD place en tête la préservation de la souveraineté et de l’unité territoriale ainsi que le soutien aux efforts de défense de la marocanité du Sahara et à la mise en œuvre de l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine.
La Palestine constitue l’autre marqueur fort de ce chapitre. Le parti réaffirme son soutien à la création d’un Etat palestinien indépendant, avec Al-Qods Acharif pour capitale, et affiche une opposition frontale à la normalisation avec Israël, dont il demande la remise en cause sous différentes formes.
Ainsi, à travers ses 467 mesures, le PJD cherche ainsi à conjuguer ses marqueurs historiques (identité, famille, lutte contre la corruption et cause palestinienne) avec une offre davantage centrée sur les préoccupations économiques et sociales : emploi, pouvoir d’achat, santé, protection sociale, PME et services publics.
Le message politique qui traverse le document tient finalement dans l’opposition que le parti établit lui-même entre deux modèles : passer de «l’économie de rente, des conflits d’intérêts et du monopole» à
«l’économie de production, à la concurrence loyale et à l’égalité des chances».
C’est sur cette promesse de rupture que le PJD entend jouer sa partition lors du scrutin du 23 septembre.
D. W.