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Du pétrole au large de Gaza : Un «enjeu immense» dans cette guerre

Du pétrole au large de Gaza : Un «enjeu immense» dans cette guerre

Pour de nombreux spécialistes des situations géostratégiques au Proche et au Moyen-Orient, l’exploitation des gisements du pétrole et de gaz au large des côtes palestinienne et israélienne est l’un des facteurs majeurs dans la guerre dans les territoires palestiniens occupés, notamment dans la bande de Gaza.

C’est le cas de Alain Juillet, ex-patron de la DGSE française et analyste politique, qui affirme dans plusieurs tribunes et interviews que le problème de l’exploitation du pétrole au large de Gaza est un «enjeu immense» dans cette guerre : «Si l’armée israélienne arrive à chasser les populations palestiniennes de Gaza, Israël pourra alors bénéficier des ressources pétrolières et gazières au large de la bande».

Et d’ajouter que «De même qu’Israël a négocié avec le Liban et l’Égypte, l’État veut bénéficier des gisements marins, sauf que Gaza les ennuie» dans la concrétisation de cet objectif à la fois géostratégique et économique.

Pour comprendre l’ampleur du projet pétrolier d’Israël, il faut revenir sur quelques chiffres. 

D’abord, les champs gaziers de Gaza Marine 1 et 2 sont identifiés depuis 1999. Ils constituent selon les études faites par de nombreuses firmes internationales (USA, Grande-Bretagne et Pays-Bas) des réserves extractibles estimées à environ 35 milliards de m3 et une capacité annuelle de production de 1,5 milliard de m3 sur une période de 12 ans.

Le montant des investissements pour les développer avant exploitation est d’environ 1,4 milliard de dollars. Le champ est situé à 36 kilomètres à l’ouest de Gaza et a été développé d’abord par British Gas en 2000, puis par Royal Dutch Shell qui l’a quitté aussi en 2018.

Entre-temps, les négociations entre les autorités israéliennes et l’Autorité palestinienne se sont poursuivies durant plus de dix ans pour trouver un accord satisfaisant pour les trois entités concernées, incluant l’Égypte, mais sans le Hamas dont le fief est la bande de Gaza.

«Dans le cadre des processus en cours entre l’État d’Israël, l’Égypte et l’Autorité palestinienne, en mettant l’accent sur le développement de l’économie palestinienne et le maintien de la stabilité sécuritaire dans la région, il est décidé de faire avancer le développement du champ gazier en face de Gaza (Gaza Marine)», avait déclaré le bureau du Premier ministre israélien à la presse locale.

Ce qui avait poussé en 2021 l’Autorité palestinienne à signer un protocole de coopération avec l’Égypte pour développer le champ gazier et les infrastructures nécessaires à son exploitation. Un processus qui est resté en stand-by à cause de la situation sécuritaire dans la région. Il a fallu attendre une reprise des pourparlers entre l’État hébreu et l’Autorité palestinienne en mai 2023.

Ces «discussions secrètes» entre Israël et l’Autorité palestinienne autour de l’exploitation du champ gazier avançaient doucement mais sûrement, comme l’avait annoncé la chaîne de télévision israélienne Channel 13.

Dans cette configuration, Hamas, exclue des accords, ne l'entendait pas de cette oreille, ce qui explique, pour de nombreux analystes, cette escalade qui a dégénéré en guerre totale soldée par l’invasion de la Bande de Gaza par l’armée israélienne.

Toujours pour les spécialistes en géopolitique, le dossier du pétrole et du gaz pèse lourd pour Tel-Aviv, qui refuse toute discussion avec le Hamas, qui veut sa part des bénéfices. Pour l’Autorité palestinienne (AP), cette exploitation pourrait représenter «un revenu annuel compris entre 700 et 800 millions de dollars», comme on peut le lire sur le site Middle East Eye.

C’est dans cette perspective qu’il faut lire les différentes négociations entre Israël, l’Autorité palestinienne et l’Égypte, habituel médiateur entre les deux parties.

Tous les pourparlers ont fini dans une impasse : celle du cas Hamas. Le positionnement du Hamas palestinien, ennemi d’Israël et du Fatah, qui contrôle l’AP, est simple.

Si Israël veut exploiter le pétrole au large de Gaza, les Gazaouis doivent en bénéficier pour développer leurs territoires. Sans oublier que le Hamas ne voit pas d’un bon œil que le Caire puisse profiter de ces accords pétroliers. En effet, Israël considère que l’AP n’a pas les moyens d’exploiter ce champ.

C’est pour cela que les deux parties avaient convenu de céder l’exploitation à une société égyptienne pour chapeauter le projet en distribuant 55% des bénéfices à l’Autorité palestinienne et 45% à la compagnie égyptienne. 

Dans ce sens, en octobre 2022, le Fonds d'investissement palestinien a déclaré qu'il était sur le point de conclure un accord technique avec l'Egyptian Natural Gas Holding Company (EGAS) en vue de l'extraction du gaz du champ de Gaza Marine au large de la Bande de Gaza. Mais cet accord exclut de facto le Hamas, ce qui l’aurait poussé à revendiquer une place autour de la table des négociations.

Devant le refus net de Tel-Aviv et des représentants du Fatah, la seule option qui restait, était d’obliger les deux parties à accepter le partage avec le Hamas.

Sauf que cela a accouché, selon les observateurs, d'une attaque qui a plongé toute la région dans le chaos. Pourtant, les discussions sont toujours en cours avec des sociétés européennes pour exploiter Gaza Marine 1 et 2 à l’horizon 2025.

Dernier fait en date, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que son gouvernement allait accélérer l’exploitation du gisement de gaz naturel au large de la Bande de Gaza : «Dans le cadre des accords existants entre Israël, l'Egypte et l'Autorité palestinienne, le gouvernement va accélérer le projet de développement du champ gazier de Gaza Marine, au large de la Bande de Gaza», a affirméé le bureau de Netanyahu, dans un communiqué.

 

Par Abdelhak Najib, Écrivain-journaliste
 

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