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Cherté de la vie : Et les pauvres ? Qui s’en soucie ?

Cherté de la vie : Et les pauvres ? Qui s’en soucie ?

La phrase de ce père de famille, impuissant devant les charges qu’il doit assumer pour ce mois de septembre, sonne comme un couperet pour des millions de familles marocaines, qui vivent les mêmes difficultés et traversent le même purgatoire à chaque rentrée des classes : «A-t-on au moins conscience de notre souffrance ? Est-que les responsables de ce gouvernement savent ce que c’est que d’être pauvre et d’être impuissant devant la vie ? On ne sait plus où donner de la tête. Quand on est pauvre, on peut crever la gueule ouverte et personne ne se souciera de notre sort».

 

Une phrase comme celle-ci frappe là où ça fait très mal, au cœur de certaines terribles réalités marocaines, qui s’aggravent avec les crises successives qui s’abattent sur le Maroc, depuis quelques années. 

Il est Insoutenable de voir toutes ces familles pauvres essayer, sans moyens ni ressources, de faire face à la cherté de la vie, sans y arriver, la mort dans l’âme. Malgré la résilience légendaire des Marocains, quand ça touche l’os, la douleur est intense et le désespoir devient la règle. 

La rentrée scolaire et ce qu’elle impose comme dépenses, la fin des vacances pour ceux qui ont pu souffler un peu, (parce que des millions de Marocains ne savent pas ce que le mot vacances veut dire), la marmite qu’il faut assurer surtout quand on a femme et enfants, le loyer, l’eau et l’électricité, le téléphone, les frais de médecin en cas de pépin de santé, quelques habits pour la nouvelle année scolaire, s’acquitter d’un crédit sinon deux ou trois…

Quand on gagne très peu, quand on a une paie de misère, quand on a un travail précaire, quand on est instituteur, petit fonctionnaire, vendeur, commerçant à la petite semaine, ouvrier, maçon, menuisier, caissier, chauffeur, peintre en bâtiment, garçon de café, serveur, femme de ménage, gardien…, il est mathématiquement impossible d’assurer son rôle de père ou de mère de famille.

On ne peut ni scolariser ses enfants ni leur assurer à manger et à boire suffisamment pour ne pas sombrer dans l’extrême pauvreté. On ne peut ni les soigner ni les protéger face aux aléas de l’existence. On assiste à la misère humaine dans ce qu’elle a de plus terrible et on se rend compte que malgré tous les discours sur la croissance économique, sur le progrès et le développement, certaines catégories sociales, et elles sont nombreuses, en sont exclues. 

On a beau tourner le sujet dans tous les sens, on y perd toutes notions de bon calcul. 2.000 dirhams ou 3.000 dirhams à tout casser pour un travail ingrat, avec autant de charges et de frais, l’équation s’avère insoluble. Prenons le cas de ce père de famille qui a prononcé cette phrase lancinante au début de ce texte : il touche 3.500 DH comme chauffeur. Il a deux enfants scolarisés.

Il loue à 1.600 dirhams un petit deux-pièces à Attacharouk. La femme s’occupe des gosses. Que pouvez-vous faire avec les 1.800 dirhams qui restent après avoir payé le loyer ? «200 dirhams pour l’eau et l’électricité. 100 dirhams pour la pharmacie. 800 dirhams pour les légumes, et de temps à autre, des sardines ou du poulet. 600 DH pour un crédit à la consommation.

Il me reste 200 dirhams pour gérer tout le mois, pour acheter les fournitures scolaires et les vêtements, pour le transport aussi. Je suis obligé de m’endetter encore, comme chaque année. Mais la question est : qui va pouvoir me dépanner puisque tous ceux que je connais sont dans la même situation que moi ?». 

Inextricable. Sans issue pour un homme de 56 ans qui essaie de gagner dignement son pain quotidien sans jamais s’en sortir. Il a beau essayer, c’est tout bonnement impossible. Tout est cher : les habits, les légumes, le gasoil, les produits de première nécessité comme l’huile, le thé, le pain et le sucre. «Non, le lait, on n’y touche pas. C’est un luxe pour nous», assène le même bonhomme, cynique et résigné. Le médecin est cher. Les médicaments sont chers. Les fruits sont hors d’atteinte. La viande, n’y pense même pas. «Alors on fait semblant de vivre, sauf que la misère, elle, ne fait pas du tout semblant. Elle frappe là où ça fait mal et elle est sans merci». Amen.

 

Abdelhak Najib 
Écrivain-journaliste 

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