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Mariage précoce au Maroc : Pas touche aux mineures !

Mariage précoce au Maroc : Pas touche aux mineures !

La réforme en cours du Code de la famille offre une opportunité sans précédent de mettre un terme définitif à cette violation des droits fondamentaux des enfants.

Dans le tissu social marocain, une pratique dévastatrice continue d'entraver l'épanouissement des filles mineures, tout en sapant les fondements mêmes de notre société : le mariage des enfants. Malgré les avancées législatives et les appels incessants à l'action, cette réalité sombre persiste, prenant en otage l'avenir de milliers de jeunes vies. 
Dans un pays où la modernité se conjugue avec la tradition, où les valeurs humaines s'entrelacent avec les normes culturelles, le défi pour éradiquer cette pratique réside dans notre capacité collective à défendre les droits fondamentaux de chaque enfant, à protéger leur innocence et à cultiver leur potentiel.

En 2004, l'adoption de la nouvelle Moudawana avait été perçue comme une avancée majeure dans la protection des droits des enfants, notamment en fixant l'âge légal du mariage à 18 ans. Cependant, les dispositions dérogatoires prévues pour des situations exceptionnelles ont été détournées de leur objectif initial, ouvrant ainsi la voie à une banalisation insidieuse du mariage des mineures. Les chiffres alarmants de 2022 révèlent la persistance de cette pratique, avec près de 12.940 mariages d'enfants enregistrés. Ces statistiques ne rendent cependant pas compte de l'ampleur réelle du phénomène, d’autant qu’elles excluent les mariages informels non-officiels, à l’instar des mariages par la «fatiha».


L'impact socioéconomique du mariage des mineures est profondément préoccupant. En privant ces jeunes filles de leur droit à l'éducation et à la formation, en les reléguant à un rôle domestique précoce, cette pratique perpétue un cycle de marginalisation et de dépendance économique. En outre, elle compromet leur santé physique et mentale, exposant ces jeunes épouses et leurs enfants à des risques accrus. En limitant les opportunités d'épanouissement personnel et professionnel pour les filles, le mariage précoce entrave également le potentiel de développement économique et social de notre nation.


Face à cette réalité alarmante, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a émis des recommandations claires et pertinentes pour mettre fin à cette pratique néfaste. À travers une stratégie articulée sur trois axes, le CESE appelle à la pleine harmonisation du cadre juridique avec la Constitution et les conventions internationales ratifiées par le Royaume, à une action concertée pour prévenir les pratiques préjudiciables aux enfants, et à un suivi rigoureux des progrès réalisés dans l'éradication du mariage des enfants, à travers notamment la mise en place d’un système d’information.

La réforme en cours du Code de la famille offre une opportunité sans précédent de mettre un terme définitif à cette violation des droits fondamentaux des enfants. En cela, il faut espérer que l’Instance chargée de la révision du Code de la famille, qui a remis samedi, au chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, ses propositions en vue de les soumettre à la haute appréciation du Roi Mohammed VI, ait pris la pleine mesure de cette problématique sociale.

Car en abrogeant toute possibilité de mariage des personnes considérées comme mineures par la loi marocaine (moins de 18 ans), en renforçant les mécanismes de protection de l'enfance et en sanctionnant sévèrement les contrevenants, le Maroc peut envoyer un message fort : celui de son engagement indéfectible envers la justice, l'égalité et le progrès.

Toutefois, les réformes législatives ne suffiront pas, à elles seules, à éradiquer cette pratique profondément enracinée. Il est essentiel d'engager un dialogue ouvert et inclusif avec l'ensemble de la société, de sensibiliser aux conséquences néfastes du mariage précoce et de promouvoir des alternatives éducatives et professionnelles pour les jeunes filles. L'éducation et la sensibilisation sont les armes les plus puissantes dans notre lutte pour un avenir meilleur pour tous ces enfants marocains.

C’est dire que le mariage des filles mineures demeure un défi majeur pour notre société, un obstacle à notre quête collective de justice et de progrès. Aujourd'hui, il urge de briser les chaînes de l'oppression et d’offrir à chaque jeune fille la possibilité de réaliser son plein potentiel. Car l'avenir de notre nation dépend de notre capacité à protéger et à préserver l'innocence de notre jeunesse et à garantir un avenir digne et prometteur pour chaque fille et chaque garçon du Maroc.


F. Ouriaghli

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